|
Par Samir Achehbar avec Séverine Sannom,
(envoyés spéciaux à Marrakech)
FIFM. Chroniques festivalières
Le Festival de Marrakech sest déroulé dans un climat - relativement - morose. Moins de stars, moins de soirées people. Et toujours autant de rumeurs, de ragots et de médisances. Un film au scénario convenu.
|
Leonardo DiCaprio
(TNIOUNI / NICHANE)
|
Catch me if you can
Leonardo DiCaprio a été la star esseulée d'une édition du Festival sans paillettes. L'acteur américain a fait un saut rapide à Marrakech depuis Ouarzazate, où il tourne sous la direction de Ridley Scott. Il donnait l'impression d'être venu surtout pour faire plaisir à Martin Scorsese, à nouveau présent cette année. La star a donné de son temps au Festival lors de la cérémonie d'ouverture, se fendant même d'un discours. Après cela, il est devenu plus avare : une minute de star, ça vaut son pesant d'or. Prêt à en payer le prix, les Marrakchis ont pris d'assaut la place Jemaâ El Fna une heure avant l'arrivée de Leonardo DiCaprio. |
|
| Tous attendaient la projection d'Aviator en plein air, en présence du jeune premier. Tous mais pas toutes : Les filles sont derrière, c'est trop dangereux ici, s'est exclamé un jeune homme à l'adresse d'une touriste égarée au premier rang. La réplique la laissa perplexe. Une partie du public masculin lui a éclairci les idées, à coups de mains baladeuses, alors qu'elle s'extirpait de la foule. De retour à l'hôtel Saâdi où il logeait, DiCaprio a été surpris par une caméra de la TVM. Rien de bien trash : il prenait un rafraîchissement au bar, entouré de ses gardes du corps. Prise en flagrant délit, l'équipe de la TVM a eu droit à un traitement spécial : saisie de la cassette, appel à un technicien afin de vérifier si les images étaient bien effacées, et direction : la sortie. L'histoire est vite arrivée aux oreilles de l'organisation qui, mal informée par la direction de l'hôtel, a interdit l'accès du Palais des Congrès aux équipes de
2M. Et Leornado s'en fut
|
Profession reporter de cocktails
Décrocher l'interview d'une star est la grande affaire des journalistes couvrant le Festival de Marrakech. Sauf qu'en la matière, les médias étrangers se taillent la part du lion et les Marocains ramassent les miettes. Bonjour, vous avez un entretien avec Aure Atika à 11h, vous annonce au téléphone une chargée de relations presse. La belle actrice française a servi de lot de consolation pour l'interview du réalisateur Milos Forman : beaucoup de demandes pour le président du jury et bien peu d'élus marocains. Dans cette foire d'empoigne entre presse étrangère et locale, à défaut d'entretiens avec des pointures, les laissés pour compte se rabattent sur les conférences de presse. Et là aussi, les journalistes marocains ont eu droit à un traitement de défaveur. Une lettre, leur demandant d'aller voir les films avant d'assister aux conférences de presse, les attendait dès le premier jour du Festival. Des stars se sont plaintes des questions sans intérêt qu'on leur avait posées, justifie Jalil Laguili, secrétaire général de la Fondation du Festival. Il est pourtant loin le temps où une conférence de presse pouvait s'ouvrir par un atterrant : C'est la première fois que vous venez au Maroc ?, lancé à n'importe quel réalisateur ou acteur qu'il soit néo-zélandais ou papou. Mais pas assez loin pour les organisateurs, toujours envahis de faux journalistes nationaux et vrais pique-assiettes, demandant des accréditations. J'ai dû chasser une cinquantaine d'entre eux, dont un qui appartenait à une obscure revue publiée à Béni Mellal, témoigne Abdellatif Abouricha, chargé de tamiser la presse locale. Mais jouer aux parasites n'est pas une exception culturelle marocaine : Des journalistes étrangers tentent aussi de s'offrir des vacances à Marrakech tous frais payés, alors que nous ne les avons pas accrédités, nuance un membre de la Fondation. |
Whatever Melita wants
Le Festival de Marrakech bruisse à chaque édition des conflits d'ego et de préséance entre les têtes de la manifestation : Melita Toscan du Plantier, Noureddine Saïl et Fayçal Laraïchi. Cette année pourtant, la guerre des trois n'a pas eu lieu : aucune confidence perfide sur l'autre en aparté. Les débats entre nous sont très animés, mais tout le monde rame dans le même sens, se veut rassurant Jalil Laguili, secrétaire général de la Fondation du FIFM. C'est une fausse paix des braves : la hache de guerre n'est pas enterrée, elle se fait juste plus discrète, puisque Melita Toscan Du Plantier et Noureddine Saïl ont failli en arriver aux mains lors d'une réunion de préparation. Selon la version officielle, tout le monde il est beau tout le monde il est gentil
Et tout le monde travaille de concert : Les trois se partagent les tâches en fonction de leur caractère. Laraïchi, discret de nature, ne court pas après les caméras. Saïl, davantage dans la réflexion, se tient en retrait. Melita, quant à elle, communique car elle a un don pour ça, explique un autre membre de la Fondation. Et un sens du placement digne de Pipo Inzaghi, l'avant-centre du Milan AC. Lors de la présentation d'Aviator par Leonardo DiCaprio, sur la place Jamaâ El Fna, Melita Toscan Du Plantier a dirigé le caméraman de manière à toujours apparaître près de la star. Elle avait déjà fait le coup lors de l'arrivée de Martin Scorsese au Palais des Congrès pour sa leçon de cinéma. La première dame du Festival était collée au réalisateur américain, sur un pied d'égalité, reléguant Fayçal Laraïchi à larrière-plan, tandis que Noureddine Saïl est resté hors champ, on ne sait où
|
En attendant Jacques Doillon
Najat Bensalem est l'inconnue la plus illustre du Festival de Marrakech. La jeune femme a remporté le prix d'interprétation au FIFM 2001, pour son rôle titre dans Raja, de Jacques Doillon. Six ans plus tard, elle est revenue à la case départ et vend des cigarettes au détail à Jamaâ El Fna. De ses rêves partis en fumée, il ne reste que des volutes auxquelles elle se raccroche à chaque nouvelle édition du Festival. C'est ainsi que rangeant sa boîte de Marquises, elle traîne ses guêtres entre le Palais des Congrès et les cafés adjacents, quémandant une invitation à une soirée privée à Noureddine Lakhmari ou un sandwich à Hakim Belabbès. Je connais les visages des stars marocaines, mais pas leurs noms, lâche-t-elle en vous taxant une cigarette ou votre téléphone pour passer un coup de fil. Les premiers temps, ces petites sollicitations passaient comme une lettre à la poste, les artistes étant indulgents avec Najat, car émus par sa mésaventure cinématographique. Aujourd'hui, l'agacement semble avoir remplacé l'apitoiement. Najat le sent, mais supporte comme elle peut les regards qui se détournent pour ne pas la voir. Ils restent moins douloureux pour elle que les brûlures au troisième degré, infligées par les feux de la rampe. De vieilles brûlures, mais toujours à vif. |
Ennemis intimes
Marrakech fête cette année les cent ans du cinéma égyptien. Pour souffler les bougies, le Festival a invité une cohorte d'acteurs et professionnels du pays des Pharaons. Ils ont été très étonnés. Même chez eux, on navait jamais programmé autant de films égyptiens dans un festival, signale Mohamed Bakrim, du Centre cinématographique marocain (CCM). Emmenée par Nour Cherif, la délégation égyptienne a envahi la scène du Palais des Congrès le soir de l'hommage au cinéma des rives du Nil, sans pour autant déclencher l'hystérie attendue dans le public. On chante et on danse aussi égyptien à Marrakech. Mais pour nous, le cinéma fondamental reste indien, explique Imane, une fan de Bollywood, très déçue par l'absence de films des rives du Gange. On leur a fait trop d'honneur. Ils sont insupportables , se plaignait, pour sa part, un acteur marocain dans le hall de l'hôtel. Il va falloir se réveiller tôt demain pour le petit-déjeuner, car ils vont piller le buffet, plaisantait, pour sa part, un réalisateur marocain. Cet hommage appuyé avait réveillé le vieux complexe du cinéma marocain vis-à-vis de son homologue égyptien. C'est ainsi que l'acteur de théâtre Mustapha Dassoukine a voulu se lancer dans un concours de popularité avec Nour Cherif. Mal lui en prit : il a été battu à plate couture. |
|