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Par Fahd Iraqi
Électricité. LONE sous haute tension
Chiffres clés.
Production nationale délectricité : 19 822,3 gigawatts
Besoin en électricité : 21 104,6 gigawatts
Chiffre daffaires de lONE : 15,06 milliards de dirhams
Nombre de clients : 3 286 915
Effectif : 8873 personnes
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Les besoins accrus en électricité
poussent lONE à revoir à la hausse
ses projets dinvestissement.
(DR)
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Une consommation qui augmente, une production qui stagne et des investissements en berne
le risque de coupures électriques est aujourdhui bien réel. Et pour couronner le tout, les députés sen mêlent.
Vendredi 31 août 2007. Le staff dirigeant de lOffice national délectricité (ONE) a des sueurs froides. Et ce nest pas à cause de la température caniculaire. Cest plutôt en raison de la panne produite sur la liaison haute tension qui traverse la Méditerranée et qui permet au Maroc de puiser dans le réseau européen. Sans électricité en |
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provenance dEspagne, le royaume est privé dune source qui lui fournit 10% de ses appels en énergie. Pour compenser, lOffice na dautre choix que de pousser au maximum les turbines de la centrale thermique de Jorf Lasfar, gérée par les Emiratis de Taqa. À défaut, cest toute une partie du royaume qui risque de plonger dans la pénombre. Ce nest certes pas comparable à la grande panne délectricité qui a frappé les Etats-Unis en 2003 ou les capitales européennes en 2004. Mais nous avons échappé de justesse à un black-out assez important, confie une source proche du dossier. Au sein de lONE, on cherche à relativiser une panne pratiquement passée sous silence. Cela fait partie des risques usuels de lactivité, explique une source autorisée. LONE maîtrise la situation et dispose dun plan daction préétabli pour remédier à de tels incidents. Et effectivement, lincident a été maîtrisé, au point quil na même pas été remarqué. Mais lépisode du vendredi noir braque les projecteurs sur la fragilité de lalimentation électrique du pays. Un secret de polichinelle que les politiques feignent de ne pas voir depuis de longues années. Il a fallu que Younès Maâmar, le nouveau patron de lOffice, tire lui-même la sonnette dalarme. Sept mois après sa prise de fonction, lex-Monsieur énergie de la Société financière internationale (SFI) dressait un diagnostic alarmant de lapprovisionnement en électricité. À Marrakech ou Tanger, la demande enregistre des taux de croissance à deux chiffres, sans que les investissements électriques ne suivent, lançait-il sur les colonnes dun hebdomadaire de la place. Un franc-parler qui lui a valu de se faire remonter les bretelles, même par le très conciliant Premier ministre de lépoque, Driss Jettou.
Objectif : produire plus
Pourtant, le risque dinsuffisance de la production électrique est évident. Avec le développement industriel du pays, léquipement de plus en plus important des ménages dans les villes et lélectrification du monde rural, la consommation augmente en moyenne de 8,5% par an. Cest pratiquement trois fois les taux de progression observés durant la seconde moitié des années 90. Une croissance de 8,5% par an, cest une nouvelle ville de la taille de Rabat quil faut alimenter chaque année, et pour laquelle il nous faut réaliser des moyens de production, de transport et de distribution. En chiffres, il sagit dun besoin de près de 10 à 15 milliards de dirhams par an dinvestissement, nous explique-t-on au sein de lONE. Et pour cause, la mise en place de loutil de production accuse un sérieux retard. La moitié de lélectricité distribuée aujourdhui provient de la centrale de Jorf Lasfar. Dautres centrales thermiques utilisant du fuel, du charbon ou du gaz naturel produisent quelque 8000 mégawatts (MW). Le dispositif de lONE compte aussi 26 usines hydrauliques et un modeste parc déoliennes, qui contribuent pour quelque 1500 MW. Hormis la production thermique, les autres sources de production ne sont pas si fiables. Une année de sécheresse ou de manque de vent suffirait pour produire une crise au niveau de lapprovisionnement, surtout si lEspagne nest plus capable de fournir le reliquat de sa consommation nationale, compte tenu de laugmentation de ses propres besoins, explique un parlementaire qui se penche sur le dossier ONE. Pour combler ce déficit, lOffice a lancé divers projets dinvestissements. Parmi eux, des plans durgence qui livreront une capacité additionnelle de 900 MW dès 2009. Il sagit des turbines à gaz de Mohammedia, des turbines diesel de Tan Tan et Aïn Beni Mathar, en plus du projet dun parc éolien à Tanger. Le financement de ce programme est bouclé. Les marchés ont été adjugés et, aujourdhui, ils sont en cours dexécution selon le planning retenu, assure-t-on à lOffice. Toutefois, ces 900 MW additionnels savèrent insuffisants, sachant que la consommation augmente de quelque 2000 MW chaque année ! Des projets denvergure sont du coup prévus, mais leur réalisation semble prendre du temps. Il faut compter 3 à 4 ans avant quun projet de centrale électrique ne devienne opérationnel, confie ce spécialiste. Ceci sans compter tous les blocages administratifs qui peuvent survenir. Exemple : le projet de Cap Ghir (au nord dAgadir) avait été annoncé en grande pompe en 2006, avec, à la clé, une enveloppe de cinq milliards de dollars pour la construction de deux unités de production, dune puissance de 660 MW chacune. Elles étaient censées entrer en service en 2011. Il nen sera rien. Le projet a été freiné par le veto des élus de la région et, au sein de lONE, on parle désormais dun site de substitution en cours de validation par les autorités compétentes.
Lexamen du Parlement
Pourtant, les investissements de lONE sont loin dêtre un luxe. Pour les prochaines années, lOffice devra même mettre les bouchées doubles pour lancer son plan stratégique, dont le slogan est éloquent : Lénergie au rendez-vous du développement. Conscient de ce besoin important, lEtat ne lésine pas sur les moyens. Le programme à réaliser par lONE, durant la période 2007-2011, sélève à 34,26 milliards de dirhams, sans compter les investissements exécutés par les concessionnaires, peut-on lire sur le rapport dédié aux entreprises publiques, qui accompagne le Budget 2008. Un Budget qui réserve une enveloppe de 11,6 milliards de dirhams pour lONE, soit 20% du total des investissements prévus par les entreprises publiques. Ce montant a produit leffet dune décharge de 220 volts chez les députés lors de lexamen de la Loi des Finances. Sous la pression du groupe USFP, le président de la Commission des Finances vient duser des dispositions de larticle 41 du règlement intérieur de la Chambre des représentants, qui lui permettent de convoquer le directeur dun office public. La procédure suit pour lheure son cours normal et la lettre ne devrait pas tarder à arriver à destination, confie un député. Côté ONE, on se dit prêt à affronter et convaincre les députés. Latmosphère promet dêtre électrique
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Finances. Des comptes au rouge
Linquiétude des élus est aussi justifiée par la situation financière peu reluisante de lONE. Depuis plusieurs années, le déséquilibre au niveau de lexploitation est devenu quasi structurel. En dautres termes, lONE vend lélectricité moins cher que ce que lui coûte sa production. Et les résultats de lOffice sont aggravés par des charges financières dues à un fort endettement, surtout à long terme (plus de 16 milliards de dirhams), et à une trésorerie déficitaire de près de 3 milliards de dirhams. Pour ne rien arranger, le redressement fiscal auquel a eu droit lONE en 2006 a engendré une perte abyssale de 1,7 milliard de dirhams, alors que les provisions sur des créances clients quasiment irrécupérables lui coûteront près de 1,5 milliard de dirhams. LOffice doit en plus débourser quelque 13,5 milliards de dirhams pour externaliser sa caisse de retraite, un montant quil ne pourra mobiliser par ses propres moyens. Une recapitalisation de lOffice est dailleurs prévue dans le projet de loi sur la libéralisation du secteur de lélectricité, projet qui tarde à atterrir dans le circuit législatif. Parallèlement, lONE poursuit une restructuration interne qui commence à donner des fruits. À la fin du premier semestre 2007, lOffice devrait renouer avec les bénéfices, avec un résultat avoisinant les 50 millions de dirhams. |
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