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Par Youssef Ziraoui
Médecine. Le labyrinthe des tests cliniques
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Au Maroc, la loi permet aux
volontaires pour les essais
cliniques de se retirer à tout
moment des tests.
(AFP)
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Celui qui a tant attendu à lombre, successivement, de Bouabid et de Youssoufi, vient dêtre démissionné par ses troupes. Comment un tel séisme politique a-t-il pu avoir lieu ? De quels changements risque-t-il dêtre porteur ?
Il y a trois semaines, laffaire avait fait grand bruit : Un laboratoire international souhaite utiliser des pensionnaires du Centre universitaire psychiatrique Ibn Rochd comme rats de laboratoire, titrait un quotidien de la place, pour justifier la réaction de la direction du Centre hospitalier universitaire (CHU) Ibn Rochd de Casablanca, qui a refusé |
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que le test dun médicament contre la schizophrénie se déroule dans ses murs. Une première, sachant que le Maroc a connu plus dun millier dessais cliniques durant ces vingt dernières années. Des tests qui ont concerné différentes classes thérapeutiques : neuroleptiques, anti-inflammatoires, produits dermatologiques
Aujourdhui encore, une dizaine dexpérimentations sont en cours dans les différents centres hospitaliers du pays. En début de semaine, le Comité déthique pour la recherche biomédicale de la Faculté de médecine et de pharmacie de Casablanca (CERBC), dont la vocation est de réglementer la recherche médicale dans les hôpitaux et cliniques de la ville, et qui avait lui-même avalisé le projet, organisait une conférence de presse aux relents de contre-attaque. Pour loccasion, la crème de la médecine casablancaise avait fait le déplacement : Nezha Guessous, qui vient dachever son mandat de présidente du Comité international de bioéthique à lUnesco, Hakima Himmich, présidente de lAssociation de lutte contre le sida (ALCS), le Pr Driss Moussaoui, chef de service de lUnité psychiatrique d'Ibn Rochd et, plus inattendu, Saâd Eddine El Othmani, secrétaire général du PJD, également membre du CERBC et accessoirement docteur en psychiatrie. Mais ce jour-là, le numéro 1 du parti islamiste ne revêtait pas sa casquette de médecin, mais celle de théologien. Pour être le plus représentatif possible, le Comité déthique se doit en effet de compter dans ses rangs des intervenants dhorizons divers, a expliqué lintéressé, avant de préciser : Cest en tant quhomme de religion que jai décidé dapporter mon soutien au comité. La caution religieuse du CERBC a donc apporté son appui aux autres membres du Comité, qui clament en chur : Il sagit pour nous de faire front pour faire entendre notre voix. Le projet a été bloqué sans aucune explication par le directeur du CHU de Casablanca. Une explication que TelQuel a cherché à obtenir auprès du concerné, mais ce dernier na pas souhaité donner suite à notre demande. Pourtant, a priori, rien ne laissait présager un tel refus, la procédure ayant suivi son cours normal. Comme à laccoutumée, le laboratoire était entré en contact avec linvestigateur (terme désignant la personne chargée de coordonner la recherche, en loccurrence Driss Moussaoui). Celui-ci a avisé la direction du médicament, dépendant du ministère de la Santé, qui a chargé le CERBC dexaminer le dossier. Quelques semaines plus tard, le Comité déthique a donné son aval. Ceci ne suffira pas pour convaincre la direction du CHU casablancais dautoriser le déroulement du test.
Flou juridique
Et pour cause : la procédure dautorisation des essais cliniques est particulièrement complexe
sans être légalement verrouillée. Ainsi, quand lavis est défavorable, le secrétaire général du Comité déthique adresse à linvestigateur ses réserves. Dans 30% des cas, nos expertises débouchent sur une demande de modification des dossiers soumis, voire sur un rejet pur et simple, explique Farid Hakkou, membre du Comité déthique. Par la suite, linvestigateur est tenu daviser, et uniquement daviser, lhôpital où est censée se dérouler lexpérience. Mais jusquici, cela sest fait de manière tacite, car aucune loi ne régit cette activité, apprend-on du côté du ministère de la Santé. Le directeur du CHU peut dautant plus se permettre dapposer son veto que le Comité déthique ne représente aucun caractère administratif ou juridique, peut-on lire sur un document du CERBC.
Surtout, pour procéder à des tests dans un établissement hospitalier, le passage par ledit Comité déthique nest pas obligatoire. Mais dans les faits, aucun laboratoire marocain ou étranger na réalisé de recherche au Maroc sans passer par la direction du médicament, nous assure cette source au ministère de la Santé. En ce sens, la pratique est allée plus vite que la loi. Normal, on nallait pas rester les bras croisés, à attendre que le législateur prenne la peine de se pencher sur la question, justifie une source médicale.
En labsence de règles juridiques, lusage vaut droit. Et lusage en question voulait que, jusquici, linvestigateur se contente daviser le directeur de lhôpital. La même procédure est suivie dans dautres pays plus avancés dans les questions juridiques en matière déthique médicale, comme la France. Et même si, au Maroc, la loi de protection des cobayes nen est encore quau stade de projet, le patient sur qui on teste le produit a des droits. Cest complètement aberrant de parler de cobaye pour qualifier les volontaires aux expériences médicales, oppose le Pr Driss Moussaoui. La médecine a effectivement recours à des cobayes, même pour tester une crème cosmétique. Mais fatalement, il faut tôt ou tard expérimenter le produit sur lêtre humain si on veut vérifier son applicabilité, poursuit-il. Dailleurs, le patient, après avoir donné son consentement - en signant une décharge - a toute latitude daccepter ou de refuser de participer à lexpérience, et de se retirer de celle-ci quand bon lui semble. Il nen fut pas toujours ainsi. Jusquau début des années 90, on exigeait seulement un consentement oral du patient. Raison avancée ? Pour une population analphabète, la signature ne traduit pas un engagement. Et les coutumes des transactions daffaires se pratiquent dans une bonne proportion par entente orale, tentait-on de justifier. Et si sous dautres cieux, certains patients participant à la recherche sont rémunérés, au Maroc, la question nest pas dactualité. Pour Naïma Trachen, présidente de lAssociation des parents et amis de personnes souffrant de troubles psychiques, participer à une expérience de recherche médicale ne peut quêtre profitable, car à lissue de celle-ci, on peut révolutionner le monde médical et guérir nos enfants. Pour Hakima Himmich, les expériences réalisées dans les pays du Sud constituent une véritable manne. Nous revendiquons dêtre partie prenante dans la recherche médicale. Lexpérimentation sur des sujets marocains permet de prendre en considération un certain nombre de caractéristiques propres à nos populations, comme linfluence du mode de vie, les spécificités génétiques et la nature de la pathologie elle-même, explique la chercheuse. Exemple : pour le cas du paludisme, il vient immédiatement à lesprit que les tests doivent être réalisés dans les pays touchés par cette maladie. En effet, on imagine mal un laboratoire mener cette expérience dans un pays européen. De plus, le Comité se targue de militer systématiquement pour que les malades ayant participé aux essais du produit aient un accès gratuit après la validation du produit. Nous sommes des chercheurs, mais aussi des militants. Cela nous a même valu des cas de refus de la part de grands laboratoires internationaux, pour qui la charge financière supportée était dissuasive, renchérit un membre du Comité.
Une question de risques
Pour parer à tout risque, les laboratoires couvrent leurs arrières, en ayant recours à des contrats dassurance. Sil y a assurance, cela implique que le test est dangereux, affirme ce médecin. Faux, rétorque-t-on du côté du Comité déthique. De toute façon, le risque zéro nexiste pas. Même un cachet daspirine quon se procure dans une épicerie peut provoquer un arrêt cardiaque. Le principe, cest de tester un produit pour lequel le risque est minimal. Mais lessai médical, ce nest pas non plus un test consommateur, qui tient plus de la séance de dégustation. Dans les années 90, un laboratoire américain découvre quun médicament permet de se prémunir contre le virus HIV en cas de rapport sexuel avec des personnes atteintes. Lefficacité du produit sest vérifiée aux Etats-Unis, mais il fallait létendre à dautre pays. Le Cameroun a alors été choisi pour abriter lexpérience sur des professionnelles du sexe. Cependant, les femmes censées avoir des relations non protégées nétaient pas assez informées, selon les associations locales de lutte contre le sida, qui se sont mobilisées contre le test. Le projet a donc été stoppé net, pour des questions éthiques, mais aussi parce que les bénéfices médicaux escomptés doivent être supérieurs au risque, martèle une source médicale. Des bénéfices dont jouissent aussi bien les malades que les investigateurs des recherches. Car lorsquun laboratoire entreprend une recherche dans un pays, il investit dans le service en charge de la réalisation des essais, en achetant du matériel médical et en dispensant des formations souvent pointues. Beaucoup dargent transite dans la recherche, ce qui peut susciter la convoitise, voire la jalousie des personnes qui en sont exclues, affirme ce chercheur qui a préféré garder lanonymat. Mais cela fait partie du métier. Cest la seule manière davancer dans le domaine de la recherche médicale. |
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El Othmani. La caution morale du Comité déthique
Le Comité déthique pour la recherche biomédicale de la Faculté de médecine et de pharmacie de Casablanca a vu le jour en 1989 à linitiative dun groupe denseignants. Ce dernier comprend des personnalités dhorizons divers. Des médecins chercheurs, des personnalités de la société civile et même des théologiens ! Depuis 1990, Saâd Eddine El Othmani, numéro 1 du PJD, également psychiatre, siège au sein de ce Comité. Il y a quelques années, le service des maladies infectieuses du CHU Ibn Rochd à Casablanca a demandé à participer à un essai sur un médicament contre le sida. Cétait la première fois quun pays maghrébin participait à une étude test sur le VIH, se souvient Hakima Himmich, présidente de lAssociation de lutte contre le sida (ALCS). Le laboratoire américain, producteur du médicament, a épluché le dossier, avant de refuser que lexpérience se déroule au Maroc
arguant que le Comité comprenait uniquement des médecins. Les membres du comité ont alors sorti leur joker, en la personne dEl Othmani. Il siégeait en tant que théologien, et non en tant que médecin, se remémore ce membre du Comité. Largument a visiblement fait mouche, puisque le laboratoire américain est revenu sur sa décision initiale. |
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