Sahara. Aux portes du Mur (de sable)
Médecine. Le labyrinthe des tests cliniques
Ahmed Zaïdi. "Nous ne sommes pas des béni-oui-oui"
Débat. S'ouvrir à l'autre
Consommation. "Du hallouf made in Morocco"
Insolite ! Le viagra du pauvre
Tendance. Parlez-vous Tecktonik ?
Agriculture. L'opportunité du bio
Enseignement. À l'école des bonnes soeurs
Algérie. La terreur, sans répit
États-Unis. CIA, mensonge et vidéos
Livre. Le monde à quatre mains
Électricité. L'ONE sous haute tension
FIFM. Chroniques festivalières
Musique. Rap de "bonne famille"
Cinéma. Citizen Chahine
Révélation. Enfant du peuple
N° 302
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Ziraoui

Tendance. Parlez-vous Tecktonik ?

Les “gosses” se retrouvent
dans la rue pour pratiquer
leur danse favorite.
(AFP)

En boîte de nuit, dans la rue, sur le Net et dans les foyers… La Tecktonik est décidément partout ! Retour sur un concept marketing, devenu le signe de ralliement d’une certaine jeunesse.


Coupe mulet bétonnée au gel, T-shirt fluo, jeans ultra-slims et baskets vintage, Amine, 17 ans, enfourche son scooter et se dirige à toute vitesse vers le quartier du Maârif. Ce samedi après-midi, une bande de copains l’y attendent, pour squatter des heures durant les trottoirs bondés. Au programme, une séance de drague usuelle, mais aussi une
session de leur dernière lubie, la Tecktonik. “Ce n’est pas seulement un déhanché sur de la house et à la techno. C’est aussi une danse revendicative, qui consiste à réaliser des battements de pied sur la terre, pour faire bouger les choses”, affirme-t-il, d’un air très sérieux. Tout comme sous d’autres cieux, Amine a créé son team, un groupe d’une dizaine de personnes, garçons et filles, qui se déplacent souvent en bande, pour rejoindre des “points Tecktonik”, lieux de ralliement des danseurs. Et quand ce n’est pas dans les cours de lycée, c’est en pleine rue que les adeptes de cette danse se donnent rendez-vous, renouant ainsi avec la mode du smurf des années 80, où des jeunes adeptes des tourniquets sur le dos s’offraient en spectacle aux passants. Une vingtaine d’années plus tard, la nouvelle danse s’appelle Tecktnonik. Elle a fait d’abord son apparition en France, pour s’étendre à d’autres pays, dont le Maroc. “J’ai découvert la Tecktnonik par des amis qui suivent leurs études en France. Ils m’ont appris quelques pas, puis rapidement, j’ai pu perfectionner ma technique, grâce aux vidéos postées sur youtube ou dailymotion, ou encore sur tecktonikmaroc.com”, explique Mehdi, adolescent casablancais, look rock-électro à l’appui, et serre-poignets de rigueur.

Une marque déposée
Succès grandissant oblige, les organisateurs de soirées tentent de récupérer le phénomène. La semaine dernière, une boîte d’événementiel organisait une soirée 100% Tecktonik, reprenant un concept existant sous d’autres cieux. Les premières soirées Tecktonik étaient en effet organisées au Métropolis, une boîte de nuit de la banlieue parisienne. Mais à l’origine, la danse porte le nom de hardstyle et le jumpstyle. Quelques années plus tard, en 2006, la direction du Métropolis décide de baptiser la danse Tecktonik, allant jusqu’à déposer la marque, déclinée dans la foulée sur des T-shirts, souvent estampillés d’un aigle argenté… et même en boisson énergisante. “Il est évident qu’au départ, la Tecktonik est un concept marketing. Mais quand on la pratique, on n’est pas obligé de reverser des royalties à ses concepteurs”, plaisante Zakaria, qui, quelques semaine plus tôt, organisait une soirée dédiée à la danse. Succès assuré pour l’organisateur, qui n’avait compté que sur le bouche-à-oreille comme moyen de promotion. “On ne pouvait pas faire entrer tout le monde à la soirée, du coup, la fête s’est prolongée à l’extérieur du domicile”, explique-t-il. Mais l’attroupement ne fait pas que des heureux : les Tecktnonikeurs ne sont pas passés inaperçu. Le look devait y être pour quelque chose, les décibels régurgités par les enceintes XXL aussi. Affolés, des riverains alertent le moqaddem, qui avise les forces de l’ordre, qui se déplacent illico pour mettre fin à ce que les voisins ont qualifié “d’attroupement de jeunes bizarrement accoutrés, sursautant sur de la musique folle”.

Des vidéos sur le Net
“C’est un réflexe de réactionnaire. Mes grands-parents disaient la même chose des hippies à cause de leurs cheveux longs”, rétorque Hanane, jeune lycéenne, et adepte de la première heure. D’autres sont simplement dépassés par les évènements : “Lors d’une soirée Tecktonik, je me suis senti tout à coup vieux. J’ai essayé d’improviser quelques pas, de vieux restes de mes années smurf, mais j’avais l’air ridicule. J’ai préféré tirer ma révérence”, explique Tarik, jeune cadre dans un établissement bancaire de la capitale. C’est qu’on ne s’improvise pas danseur de Tecktonik du jour au lendemain. “C’est un véritable sport qui nécessite plusieurs heures d’entraînement”, assure Imane, qui passe quotidiennement une bonne heure devant son miroir, non pas pour lui demander qui est la plus belle, mais pour “corriger les défauts et sortir des mouvements fluides”, lance-t-elle, ravie d’avoir créé sa propre chorégraphie.

Une fois satisfaite, Imane se filme et poste ses vidéos sur le Net. Souvent, les commentaires des internautes fusent. Mais si certains se congratulent d’avoir pu caser un nouveau pas de danse, d’autres y vont de leur critique : “Leurs gesticulations me donnent l’impression qu’ils sont en train de prendre leur douche”, lance Ahmed, designer. “Ce qui est certain, c’est que je ne me mettrais jamais à la Tecktonik”. Il ne faut jamais dire : “Fontaine, je ne boirai jamais de ton eau”…

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2009 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés