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Par Youssef Ziraoui
Enseignement. À lécole des bonnes surs
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Soeur Marie-Berthe, entourée des
élèves de son établissement.
(TNIOUNI / NICHANE)
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Elles sont une poignée de religieuses à perpétuer la tradition de lenseignement catholique, présent au Maroc depuis soixante-dix ans. Entre-temps, ce dernier a su sadapter aux réalités locales.
Notre établissement refuse chaque année autant de dossiers quil en accepte, lance Sur Thérèse, la gardienne du temple, en simulant des deux mains une imposante pile de dossiers. Le temple en question, lécole Carmel Saint-Joseph, sise au quartier de lOasis de Casablanca, est une vieille bâtisse du siècle dernier, abritant les locaux de |
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létablissement. Ici, les départs volontaires à la retraite, cest plutôt rare. À soixante-dix ans passés, Sur Thérèse est léconome de létablissement. Cet été encore, elle a mis la main à la pâte, et pas quau figuré, pour lorganisation du jubilé des 70 ans dexistence de létablissement, en présence de la Mère Générale, qui a fait le déplacement du Liban, spécialement pour loccasion. Cest que la visite de la Mère Générale, cest un peu comme un contrôle fiscal. Comme ses trois consurs, Sur Thérèse ne porte pas de voile. Cest quelque chose de facultatif dans les pays lointains, explique-t-elle. Et puis les surs préfèrent mener une existence discrète, souffle cet employé de létablissement. Elles sont ainsi une vingtaine de religieuses à officier dans plusieurs grandes villes du pays (Casablanca, Rabat, Kénitra, Marrakech, Meknès, ou encore Mohammedia). Au total, les quinze établissements de lEnseignement catholique au Maroc (ECAM) accueillent plus de 11 000 élèves, essentiellement des Marocains. À titre de comparaison, lenseignement français, plus communément connu sous lappellation de mission, en compte quelque 16 000. Cest dire limportance du dispositif pédagogique de lECAM, organisme bien plus discret que son homologue affilié au ministère des Affaires étrangères français. Aujourdhui, les surs se cantonnent à des tâches purement administratives. Mais dans le passé, elles occupaient elles-mêmes les postes denseignantes dans des écoles ouvertement catholiques. Créées par la confrérie carmélite pour accompagner linstallation du protectorat français, elles ouvraient leurs portes exclusivement aux enfants de colons. Mais lindépendance du royaume marque un tournant radical, avec le retour progressif des Européens vers le Vieux continent et, avec eux, une bonne partie des religieuses de lECAM. Quant aux établissements, ils se défont de leur statut religieux et se transforment, tant bien que mal, en structures classiques denseignement.
Des nonnes parlant en darija
Trente ans plus tard, larabisation de lenseignement apportera également son grain de sel. Du jour au lendemain, on nous a imposé de dispenser des cours en arabe. Cela revenait à revoir de fond en comble notre manière denseigner, se souvient cette institutrice dune école catholique. Larchevêché de Rabat, qui chapeaute lECAM, se retrouve face à un dilemme : mettre la clé sous la porte et redéployer les effectifs vers dautres pays, ou poursuivre laventure au Maroc en sadaptant à la nouvelle donne. Cest finalement la deuxième option qui est retenue. Le Deus ex machina viendra des surs des Saints Curs, une congrégation de surs libanaises, appelées à la rescousse par larchevêché de Rabat pour reprendre les rênes des établissements de lECAM. Le choix de cette congrégation nest pas anodin : dorigine libanaise ou syrienne, ces religieuses parlent aussi bien larabe que le français. Elles pouvaient, par conséquent, assurer linterface avec ladministration marocaine et être plus facilement acceptées par les parents délèves locaux. La langue arabe constitue un facteur dintégration. Elle nous rapproche des Marocains, affirme Sur Marie Berthe, directrice de lécole Carmel Saint-Joseph, qui poursuit : Nous sommes chrétiennes, mais nous avons beaucoup dexpressions communes avec les musulmans, comme Soubhane Allah ou Ma chaallah. Aujourdhui, lenseignement est dispensé en partie en arabe, pour se conformer au programme du ministère de lEducation nationale, et est complété par des cours en français. Et sur Katia, la plus jeune de la congrégation, sest même mise à la darija. Au passage, les établissements sont devenus bien moins élitistes. Les enfants scolarisés dans notre établissement sont aujourdhui davantage issus de classes moyennes. Les tarifs que nous pratiquons ne dépassent pas les 600 DH par mois, confie la directrice de létablissement, sous une photo de Mohammed VI en compagnie du défunt Pape Jean-Paul II. Un cliché qui illustre à merveille la subtilité toute diplomatique dont font preuve les représentants de lECAM.
Un engouement réel
Pour la petite histoire, lors de la visite papale au Maroc en 1985, un haut responsable marocain se serait adressé au souverain pontife, pour lui formuler la requête suivante : La première chose que nous vous demandons, cest de maintenir vos écoles catholiques au Maroc. Le vu a été visiblement exaucé, avec même un petit bonus qui a des allures de révolution : léducation islamique est désormais intégrée au programme des établissements de lECAM ! Nous sommes là pour faire de nos enfants de bons citoyens et de bons musulmans, renchérit Sur Marie Berthe, comme pour couper court aux mauvaises langues qui prétendent que ce genre décoles verse dans le prosélytisme. Et la clientèle suit, attirée par un enseignement de qualité et des tarifs abordables : Carmel Saint-Joseph compte aujourdhui près dun millier délèves. Mais étant un organisme à but non lucratif, lECAM réinvestit systématiquement lintégralité des bénéfices dans le fonctionnement et laménagement de ses écoles. Nous ne sommes pas là pour nous enrichir. Nous avons fait vu de pauvreté. Nous ne sommes même pas autorisées à avoir un compte en banque, explique fermement Sur Marie Berthe. Tout aussi ferme est le règlement pédagogique des écoles de lenseignement catholique au Maroc. Les enfants ne sont pas autorisés à courir dans la cour de récréation, par mesure de sécurité, peut-on y lire. Voilà pour la théorie, car dans les faits, les enfants semblent faire peu de cas de cette restriction. Sur Thérèse, venue veiller au bon déroulement de la sortie des classes, est bousculée par de petites têtes brunes, qui se ruent sur elle pour lui montrer leur affection. Que voulez-vous ? Cest ainsi, nous portons le fardeau de la pédagogie, samuse sur Thérèse. |
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Zoom. Une vie de nonne
au Maroc
À lécole Carmel Saint-Joseph, elles sont quatre petits bouts de femme qui se ressemblent comme deux gouttes deau. Elles mènent une vie communautaire pratiquement en vase clos, à labri des regards. Chaque jour, cest la levée aux aurores, à 5h30 du matin. Mais ici, on est entre adultes :aucune cloche ne sonne le réveil des novices. Nous sommes présentes dans lenceinte de lécole du matin au soir. Nous faisons des prières communes et des réunions spirituelles pour ne pas nous couper de nos pays dorigine. Nous cherchons la paix pour pouvoir la rayonner, explique Sur Marie Berthe, la directrice de létablissement. Dans cette vie de sacerdoce, les religieuses se laissent aller de temps à autre à quelques coquetteries, comme une grasse matinée
toute relative : en langage de bonne sur, cela signifie un réveil à 8 heures tapantes ! La dernière recrue, sur Katia, qui a rejoint Carmel Saint-Joseph depuis bientôt deux ans, est une ancienne étudiante en Sciences religieuses à lUniversité Saint-Joseph, au Liban. Envoyée pour trois ans au Maroc, au lendemain de la guerre au Liban de lété 2006, elle symbolise la génération montante des carmélites. Agée de 25 ans, elle vient de réaliser le site Internet de lécole Carmel Saint-Joseph et soccupe accessoirement du volet communication de létablissement. Preuve que la relève est assurée
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