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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Séverine Sannom,
avec agences

Algérie. La terreur, sans répit

L’attentat du quartier Hydra a
dévasté le bâtiment du HCR et fait
des dizaines de victimes.
(AFP)

À Alger, la branche armée d’Al Qaïda au Maghreb a encore frappé. Face à ces nouveaux actes meurtriers, les forces de sécurité algériennes semblent impuissantes.


L’Algérie est plongée, une fois de plus, dans le chaos terroriste. Mardi dernier, le pays a connu les deux attaques les plus meurtrières de son histoire depuis les violences de la “décennie noire” (voir encadré). Dans la matinée, à Alger, le quartier huppé de Ben Akmoun, et plus précisément le siège du Conseil constitutionnel, sont les premiers visés. À bord d’une voiture piégée, un kamikaze se fait exploser contre un bus scolaire. Dix minutes plus tard, à Hydra, autre quartier résidentiel, une seconde bombe dévaste le bureau du Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).

Le bilan humain est lourd. Les premiers chiffres officiels font état de 22 morts et 177 blessés. Mais le lendemain, le quotidien El Watan l’évalue à 72 morts et plusieurs dizaines de blessés. Les Algérois sont sous le choc. Au milieu de bâtisses détruites, certains ne savent toujours pas ce qu’il est advenu de leurs proches. Une femme, en pleurs, déclare à un journaliste de l’AFP : “Je suis ici pour m'informer, mais il n'y a pas d'information ou personne ne veut nous en donner.” Alors que cet acte n’était pas encore revendiqué, le ministre de l’Intérieur, Yazid Zerhouni, l’attribuait déjà à l’ex-GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat), baptisé en septembre dernier BAQMI (Branche armée d'Al Qaïda au Maghreb islamique). Mardi soir, un communiqué diffusé sur un site islamiste confirme l’accusation. L’identité des deux kamikazes est même donnée, photographies à l’appui. Les auteurs du message sont clairs : “Cette attaque vient rappeler aux Croisés, qui occupent nos terres et qui pillent nos richesses, la nécessité de prêter l'oreille aux exigences et aux discours de notre cheikh et émir Oussama Ben Laden”.

Insécurité chronique ?
Le choix des sites, cibles des attentats, a suscité l’étonnement des Algériens : “Beaucoup d'habitants sont choqués que les poseurs de bombe aient pu pénétrer dans des quartiers aussi bien protégés, car ils abritent l'élite algérienne, des ambassades, des locaux d'agences des Nations Unies ou les domiciles de certains grands investisseurs étrangers”, rapporte l’agence de presse Reuters. Pourtant, en octobre dernier, la police avait mis les bouchées doubles en dressant davantage de barrages dans les grandes villes et en étoffant son réseau d'informateurs dans les milieux islamistes. Les moyens déployés par le chef d'état-major de l'armée, le général Salah Gaïd, ont finalement été insuffisants. Et les Algériens se sentent en danger : “Nous devons organiser une marche pour dénoncer le terrorisme, mais aussi pour que le gouvernement nous protège mieux”, lance une habitante à un journaliste de Reuters. Les Algériens résidant en France sont encore plus critiques vis-à-vis de la politique menée par le gouvernement. Rafik Hassani, député du Rassemblement pour la culture et la démocratie, qui représente les Algériens de France, déclare à l’AFP être “complètement atterré mais pas étonné” et s'indigne du discours routinier des autorités à chaque attentat sur le “terrorisme résiduel”. Et d’ajouter : “Nous disons que ce sont des Algériens qui ont commis cet acte, que ce sont des terroristes intégristes qui continuent à s'activer grâce à la politique de concorde nationale qui a permis aux groupes armés de se reconstituer”. En effet, en 1999, le président Abdelaziz Bouteflika demande aux groupes islamistes de déposer les armes, en échange d’une amnistie et d’une réinsertion sociale. Selon des chiffres donnés par le Pouvoir, 4 000 terroristes auraient bénéficié de cette stratégie de “concorde nationale”. Six années plus tard, en 2005, le projet de Charte de réconciliation nationale fut adopté par référendum à 97%. Selon Aziouz Mokhtari, journaliste pour le portail d’actualités dzira.com, cette initiative est une “chimérique illusion” qui consiste à “amadouer les ‘égarés’ ou les ‘Algériens qui ont dévié du droit chemin’”. Mais le ministre de l’Intérieur n’en démord pas : le quotidien algérien La Tribune rapporte sa confiance vis-à-vis du dispositif sécuritaire “qui ne souffre d’aucune défaillance”… tout en reconnaissant que “les terroristes ont profité de la baisse de vigilance après les élections locales” et qu’il restait facile de poser une bombe, même à Alger. Toujours selon le ministre, les citoyens doivent rester mobilisés, car la sécurité n’est jamais totale, preuve en est l’état d’urgence en vigueur depuis 1992 et toujours effectif aujourd’hui.

Démonstration de force
Le chiffre 11 est désormais un chiffre de mauvais augure. On pense forcément au 11 septembre 2001, mais pas seulement. Le 11 avril dernier, la BAQMI avait revendiqué deux attentats simultanés, dans la banlieue est d’Alger, ciblant le Palais du gouvernement et un commissariat de police. Le 11 juillet, un kamikaze au volant d’une voiture s’était fait exploser en Kabylie, près d'une caserne de l’armée, tuant huit personnes. Les méthodes utilisées ne changent pas : les véhicules, bourrés d’explosifs, se lancent toujours sur des édifices ciblés. Après l’attentat du 6 septembre visant le président Bouteflika (22 morts, 100 blessés), et celui du 8 septembre (32 morts, 45 blessés) contre une caserne des garde-côtes de Dellys (sud-est d’Alger), revendiqué par la même organisation, la brève période d’accalmie s’achève. Depuis 2000, l’Algérie a été le théâtre d’une quin-zaine d’actes terroristes, dont sept en 2007 ! Pourtant, tout portait à croire à un affaiblissement de la BAQMI. Fin mars 2007, l’armée algérienne avait abattu l’émir Soheib, haut responsable de l’organisation terroriste, lors d’une opération qui avait duré plusieurs jours, sur les hauteurs d’Amizour, près de Bejaïa (250 km à l’est d’Alger). Moins d’un mois plus tard, Samir Saïoud, le numéro 2 du groupe armé, était tué lors d’un ratissage de l’armée algérienne à une quarantaine de kilomètres de la capitale.

C’est ce qui fait dire à Anis Rahmani, rédacteur en chef du quotidien Ennahar qu’avec cette nouvelle vague d’attentats, “Al Qaïda au Maghreb cherche à démontrer qu'elle est toujours efficace, malgré la perte de plusieurs de ses dirigeants”. Et d’ajouter : “Maintenant, le problème principal est que les conditions sociales permettent toujours aux terroristes de recruter”.



Bilan. Des résidus de la “décennie noire”

Les nouveaux attentats ne sont pas sans rappeler la période des années 1990/2000, baptisée “la décennie noire”. Ce conflit entre le gouvernement et les terroristes aurait coûté la vie à près de 200 000 personnes entre 1992 et 2002. C’est l’annulation des élections de 1991 par le gouvernement qui ouvre les hostilités. Par crainte de voir le Front islamique du salut (FIS) arriver au pouvoir, le parti est interdit et nombre de ses membres sont arrêtés. Plusieurs groupes armés se forment, tels le Mouvement islamique armé (MIA), basé dans les montagnes, et le Groupe islamique armé (GIA), installé dans les villes. L’Algérie s’embrase et les civils commencent à être touchés. En 1994, le GIA déclare la guerre au FIS, qui avait ouvert des négociations avec le gouvernement. Pendant ce temps, le MIA et d’autres groupes islamistes se regroupent pour former l’Armée islamique du salut (AIS.) L’année suivante, une nouvelle élection a lieu. Le général Liamine Zeroual devient président, tandis que les conflits entre GIA et AIS s’intensifient. Lorsque le Rassemblement national démocratique (RND) remporte les élections parlementaires, l’AIS dépose les armes et opte pour un cessez-le-feu. Le GIA se déchire en interne et disparaît en 2002. Alors que l’Algérie va se doter de son nouveau président, Bouteflika, un groupe dissident voit le jour en 1998, basé en Kabylie : le fameux GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat), connu aujourd’hui sous le nom de Branche armée d’Al Qaïda au Maghreb.

 
 
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