Sahara. Aux portes du Mur (de sable)
Médecine. Le labyrinthe des tests cliniques
Ahmed Zaïdi. "Nous ne sommes pas des béni-oui-oui"
Débat. S'ouvrir à l'autre
Consommation. "Du hallouf made in Morocco"
Insolite ! Le viagra du pauvre
Tendance. Parlez-vous Tecktonik ?
Agriculture. L'opportunité du bio
Enseignement. À l'école des bonnes soeurs
Algérie. La terreur, sans répit
États-Unis. CIA, mensonge et vidéos
Livre. Le monde à quatre mains
Électricité. L'ONE sous haute tension
FIFM. Chroniques festivalières
Musique. Rap de "bonne famille"
Cinéma. Citizen Chahine
Révélation. Enfant du peuple
 
N° 302
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est



La semaine Maroc

Les accusés de Ksar El Kébir ont
été condamnés à des peines
de prison ferme.
(DR)

Affaire Ksar El Kébir. L’injustice a sévi…


Mercredi 12 décembre, le débat était animé sur le plateau de l’émission télé de la deuxième chaîne, “Moubacharat maâkoum”. Le thème annoncé (le nouvel ordre moral) avait donné le ton. Actualité oblige, le débat s’est donc focalisé sur l’affaire du prétendu “mariage gay” de Ksar El Kébir. Tous les invités sont tombés d’accord sur deux points : la responsabilité d’une partie de la presse à travestir les faits et la manipulation des islamistes pour amplifier l’affaire. Tous, donc, sauf le député PJD Abdelilah Benkirane. Remonté, le dirigeant islamiste a
apostrophé Khadija Rouissi, coupable d’avoir mal déclamé un verset du Coran, par un cinglant : “Je vais t’apprendre ce que ton père ne t’a pas appris !”. Benkirane s’est aussi fait remarquer en déclarant que l’organisateur de la fameuse fête privée de Ksar El Kébir (qui a failli se faire lyncher par la foule) n’a eu, en somme, que ce qu’il méritait. Terrible, terrible… A signaler que, deux jours plus tôt, la justice enfonçait le clou, condamnant, en première instance, les six accusés de Ksar El Kébir à des peines allant de quatre à dix mois de prison pour “homosexualité”. Réaction de leur avocat, Mohamed Sebbar, président du Forum vérité et justice : “On a condamné les six prévenus sans preuve puisqu’il n’y a aucun témoignage du prétendu délit”. Cette même semaine, l’organisation de défense des droits de l’homme, Human Rights Watch (HRW), a publié un communiqué, demandant que les peines prononcées soient annulées, et les condamnés libérés. À suivre.


Moulay Hicham. Le prince vert

La fibre écolo du prince Moulay Hicham se précise. Après avoir monté en Asie un méga-projet d’énergie “verte”, le cousin de Mohammed VI récidive en Grande-Bretagne avec le lancement d’une unité de production de biodiesel, au coût global de 60 millions de dollars, l’un des plus importants du pays. Au Maroc, le prince “vert” attend toujours le déblocage des autorisations nécessaires au lancement de son projet de ville écologique à Oum Azza, dans la région de Aïn Aouda, près de Rabat. En attendant les premiers coups de pioche, cette ville a hérité d’un voisin pas très écologique : la décharge publique d’Oum Azza qui entre en service le 17 décembre !


Insolite. Colis (royaux) coupables

“Nous nous excusons pour ce retard dû au chargement d’une cargaison de colis destinés au palais royal”… C’est, en substance, le contenu du message d’excuses formulé par l’équipage d’un vol de la RAM assurant la liaison Paris-Rabat, dans la soirée du 12 décembre. Un passager témoigne : “Plus que le retard de 45 minutes, c’est le motif invoqué par le commandant de bord qui a semé l’embarras parmi les voyageurs, dont une délégation du ministère français des Affaires étrangères”. Arrivés au Maroc, une cinquantaine de passagers ont découvert que leurs bagages sont restés en France, après avoir été débarqués de la soute pour laisser place aux colis royaux, visiblement volumineux !


Fatwa. Parkings pour les morts

Au Conseil supérieur des oulémas, la gestion des cimetières fera prochainement l’objet d’une fatwa. À cause de la rareté du foncier, ces espaces publics sont devenus un sérieux frein à l’aménagement urbanistique, surtout ceux se trouvant en plein centre-ville. “Nous avons reçu plusieurs plaintes de tout le Maroc”, nous confie un membre du Conseil. Les oulémas devront bientôt autoriser la reconversion des lieux de sépulture, qui ont dépassé 40 ans, en parkings ou en jardins publics. Dans les grandes villes, les oulémas étudient sérieusement la possibilité de remplacer les cimetières par des catacombes à plusieurs niveaux souterrains, pour réaliser des économies d’espace !


Haraka. Touche pas à mes chefs !

Le Mouvement populaire vient de mettre à la porte un deuxième mécontent. Réuni il y a une semaine, le bureau politique a décidé de révoquer Mohamed Soukrate, membre du comité central, pour “ses agissements non conformes à la ligne du parti”. L’intéressé demandait le départ de Mohand Laenser, l’accusant d’avoir échoué dans les négociations gouvernementales. Quelques semaines plus tôt, son collègue Mohamed Mansouri, lui aussi chassé du parti, demandait la tête de Mahjoubi Aherdane. À la Haraka, le meilleur moyen de prendre la porte est de s’en prendre directement à Aherdane ou Laenser, les deux chefs du parti. Commentaire de ce membre du parti, qui a requis l’anonymat : “Notre malheur, c’est qu’on n’a jamais eu de guerre d’idées, comme à l’USFP…”.


Arryadia. La dernière promesse

Plusieurs fois annoncé et reporté, le célèbre match de foot Maroc – Algérie de 1979 (1-5 à l’arrivée) devrait en principe être rediffusé par Arryadia vendredi prochain dans le cadre de Hadath wa tarikh (Evènement et histoire), l’émission animée par le journaliste sportif Najib Salmi. C’est du moins ce que vient de nous apprendre une source proche de la direction de la chaîne : “Les téléspectateurs auront droit à 23 minutes du match, l’interview de quelques joueurs des deux équipes, ainsi qu’un historique des matchs Maroc-Algérie”. Espérons seulement que cette fois-ci sera la bonne. Et que les six buts figurent dans la sélection de 23 minutes concoctée par la chaîne !


Facebook. Un prince sur le Net

Sur les cinquante millions d’internautes inscrits sur le site communautaire Facebook.com, on compte plusieurs dizaines de milliers de Marocains, parmi lesquels un VIP : Moulay Ismaïl Alaoui, qui a cédé à son tour à la facebookmania. À moins qu’il ne s’agisse d’un de ces (nombreux) usurpateurs d’identité qui sévissent sur le Net, le profil princier trône déjà sur les 20 000 inscrits sur le réseau Maroc. Néanmoins, il faut se pencher sur son écran pour reconnaître le cousin du roi sur la photo. Et au grand dam des internautes curieux, il a restreint l’accès à son profil princier. Même sur la Toile, n’est pas l’ami du prince qui veut…


Morjana Alaoui. Chauve qui peut

Quel est le point commun entre Sigourney Weaver, Demi Moore et l’actrice marocaine Morjana Alaoui ? Toutes ces actrices ont été obligées de se raser le crâne pour jouer dans un film. C’est donc (presque) sans un poil sur le caillou que l’actrice, découverte dans Marock, de Laïla Marrakchi, a repris du service pour son deuxième film, selon le bimestriel marocain 16/9ème. Mais dans un registre moins militant que son précédent film, puisque Martyrs -réalisé par le français Pascal Laugier- est un film d’horreur, racontant l’histoire de Lucie, une fillette retrouvée après 14 mois de disparition. Morjana Alaoui, qui interprète un des rôles principaux de cette production franco-canadienne, n’a pratiquement rien tourné depuis le film de Laïla Marrakchi.


Solidarité. Formidable élan !

Succès sans précédent pour le “Forum entreprises associations” ! Organisé les 12 et 13 décembre par la CGEM pour mettre en contact des ONG porteuses de projets de développement et des bailleurs de fonds, ce Salon a permis de trouver des financements à… la totalité des 50 projets présentés la semaine dernière dans une édition “Spécial solidarité” de TelQuel. Au total, près de 5 millions de dirhams de dons ont été levés en deux jours. Bravo !


Al Adl Wal Ihsane. Missive pour ne rien dire

Le cercle politique d'Al Adl Wal Ihsane vient de mettre en ligne un document intitulé : “Lettre ouverte à toute conscience responsable”. Dans cette missive, que l’on peut consulter sur le site de la Jamaâ, les hommes de Cheikh Yassine livrent leur analyse de la situation (politique et générale) du pays. Tout y passe, des élections à la formation du gouvernement, en passant par l’analphabétisme, ou encore le mode de gouvernance, avec une mention spéciale pour la famille royale qui, d’après les frères de la Jamaâ, “use et abuse de 20% du PIB, c’est-à-dire de plus du 1/5 de la richesse nationale”. Le document chute, dans tous les sens du terme, sur une formule vaguement mystique, concrètement très peu compréhensible : “Il n’y a que le despotisme absolu en attendant que Le Tout Puissant fasse don de virilité à qui Il veut et leur inspire, après repentir, de rallier les rangs de ce peuple opprimé et humilié”. Brrrrr…



3 questions à Noureddine Saïl
[Vice-Président de la fondation du FIFM]


Pour la 7ème édition du FIFM, un seul film marocain a été retenu en compétition, alors que les fonds injectés par l’Etat, via le CCM, dont vous êtes le directeur, ne cessent de croître. Pourquoi ?
Il n’y a aucun rapport entre le Budget alloué au Festival de Marrakech et le nombre de films marocains en compétition. Nous avons des exigences pointues en termes de qualité. Cette année, la commission du Festival a estimé que seul le film de Latif Lahlou, Les Jardins de Samira, méritait de concourir. D’ailleurs, aucun long-métrage espagnol, tunisien ou égyptien n’a été sélectionné pour la compétition, alors que ces pays produisent d’excellents films.

Le choix du film, les Jardins de Samira, qui traite notamment la question de l’impuissance sexuelle, c’est pour encourager le cinéma de l’audace ?
Il est vrai que le film est particulièrement osé, comparé à ce qui se fait dans le cinéma arabe. Nous revendiquons la subjectivité dans le choix des films, mais la qualité est une condition sine qua non. Et puis, audace et talent ne vont pas forcément de pair. Les Jardins de Samira a en revanche réussi à concilier les deux.

L’édition 2007 a-t-elle été un bon cru ?
Nous sommes contents de la programmation. Un maximum de pays a pu y prendre part et aucun pays n’a été représenté par deux films. Et nous pouvons être fiers du jury, qui a réuni de grands noms du cinéma comme Milos Forman, John Hurt ou encore Claude Miller. C’est important.

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Humeur. Mon voisin

Karim Boukhari
k.boukhari@telquel.info

À la question de savoir ce qu'il redoute le plus (pour le Maroc), il cochera plus vite que son ombre : l'athéisme ! Mon voisin est un homme pieux. Jellaba et mosquée le vendredi, des phrases qui commencent ou se terminent par Allah. Sa femme ne porte pas de nom, il l'appelle simplement Hiya (elle), L'mra (la femme), parfois Chrifa, Hajja. Le pieux homme a été suffisamment à l'école pour craindre Dieu et son prophète, pas assez pour découvrir autre chose, l'histoire du monde, Nietszche, deux ou trois extras. Il aime nos rois “parce qu'ils sont musulmans”, et pas notre gauche “parce qu'elle est athée”. Mon voisin sait que Dieu est unique, mais il n'existe “que pour les musulmans”. Il ne lit jamais rien, sauf le Coran qu'il avale tous les ramadans. Jeûneur, prieur, prédicateur, il emploie deux fillettes à la maison, se fait embrasser la main par tous ses enfants, et ne sourit jamais à un inconnu. De peur que l'autre ne soit athée ! Cet homme droit, Marocain moyen, peut tuer sa femme pour un dîner mal servi. Il parle fort mais n'écoute personne. Et il n'aime pas les chats ! Mon voisin ne me connaît pas. On se croise, lui rentrant de la mosquée, moi sortant sans raison. On s'effleure, on ne se parle pas. On ne se regarde jamais. Si pieux, mais si détestable. J'ai du mal avec le parfum de musc qui enveloppe son haleine et habite la cage d'ascenseur sans discontinuer. Je suis loin, loin, de cet homme lettré qui n'a jamais écrit que son nom. Jamais aimé que Dieu. Je ne le comprends pas. Je n'aime pas sa manière de marcher comme si le ciel allait le rappeler à tous les instants, ses yeux globuleux, soulignés au Khol, si pauvres en expressions. Mon voisin est une caricature. Pas citoyen, simplement pieux comme un mur peut être droit. J'ai la chance qu'il ne me lit pas !



VITES !

Le premier geste de Mohamed Elyazghi depuis son éviction de la tête de l’USFP a été…de partir à la Mecque. Le super-ministre sans portefeuille préside en effet la délégation officielle qui partira au haj cette année. Pendant un moment, l’haj Mohamed pourra oublier les tracas de la vie politique. Amen !


800 m2 couverts, c’est la superficie d’une nouvelle unité de soins mentaux (pour femmes et enfants) du centre psychiatrique Ibn Rochd de Casablanca, dirigé par le professeur Driss Moussaoui. D’un coût total de 3,5 millions de dirhams, cette unité, inaugurée cette semaine, pourra accueillir 20 personnes.


Le juge espagnol Juan Del Olmo arrive lundi au Maroc, pour les besoins de son enquête sur les attentats de Madrid. Il devrait, entre autres, relever les empreintes du “chimiste” Saâd Houssaïni, l’une des principales figures du terrorisme marocain, arrêté en mars dernier. C’est ce que vient de révéler le quotidien El Mundo.


Le fameux tableau inspiré par l’Origine du monde, que l’on doit au tandem Fouad Bellamine - Mohamed El Baz, vient d’être vendu à un particulier. De source sûre, l’acquéreur marocain de cette œuvre (déjà) culte est une figure connue de la bourgeoisie et des milieux d’affaires à Casablanca et Rabat.



Spécial Journée mondiale des droits de l’homme
Par Cerise Maréchaud


Détenus du 1er mai. Le printemps de l’arbitraire

Grève de la faim pour tout le monde : lundi 10 décembre, Journée mondiale des droits de l’homme, les huit détenus politiques du 1er mai se sont passé le mot pour dénoncer des condamnations iniques, alourdies en appel – jusqu’à quatre ans fermes – pour “atteinte aux valeurs sacrées du royaume”, après avoir manifesté en mai et juin à Agadir, Ksar El Kébir et Béni Mellal. Thami Akhyat, Mehdi El Barbouchi, Ahmed El Kaatib, Youssef Erragab, Oussama Benmassoud, Abderrahim Krad, Mohamed Rissouni et Mohamed Bougrine (72 ans) : ces membres de l’AMDH ou syndicalistes UMT sont soutenus par Amnesty, Attac, l’AMDH, la FIDH et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), qui ont récemment interpellé la Commission européenne. Quant à ce que cela rompe le mutisme des autorités…


Réfugiés. Coup de pouce juridique
Refus de carte de résidence, atteinte au droit au logement, à la liberté de circulation, harcèlement policier, violences sexuelles, etc. Les 770 réfugiés et 800 demandeurs d’asile au Maroc vivent une grande précarité. Fruit d’un partenariat entre le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) et l’OMDH, un centre d’assistance juridique doit ouvrir à Rabat en janvier 2008, et sera tenu par un réseau d’avocats spécialisés et de bénévoles. “Il n’aura pas vocation à faire le travail du HCR”, rappelle-t-on à l’instance onusienne pour désamorcer les critiques qui y voient une tentative de “sous-traitance” du problème. Ajoutant toutefois : “Ce ne sont pas nos réfugiés, mais ceux de la société marocaine”.


Salafistes. Double peine
Lundi 10 décembre, près de 200 détenus de la Salafiya Jihadia, répartis entre Oukacha, Kénitra, Aïn Borja, Meknès, Agadir et Tanger, bouclaient un mois de grève de la faim pour dénoncer leurs conditions d’incarcération. Au centre de Salé, réputé le plus dur pour un bon tiers des prisonniers salafistes – 360, la majorité en détention préventive - huit associations ont enquêté le 23 octobre, pointant cas de torture, transferts abusifs, isolement, entassement et autres mauvais traitements… Interdite de visite, c’est pourtant l’association Ennassir qui entretient le contact le plus étroit avec 427 détenus, sur le millier estimé, dont 29 sont condamnés à la peine de mort.


AMDH. Rappel à l’ordre
Lauréate du Prix des droits de l’homme 2007 de l’association andalouse APDHA, l’AMDH rappelle les priorités marocaines, à commencer par les droits économiques et sociaux : “Cette année, on a vu des personnes perdre la vie devant des hôpitaux par manque de moyens”, s’indigne Khadija Ryadi. La présidente dénonce aussi l’importance du droit au travail, pointant “la multiplication des licenciements abusifs” et demandant l’abolition de l’article 288 du Code pénal, qui criminalise le droit de grève. Sans surprise, la présidente dénonce le “retour vers une forme de répression” (loi anti-terroriste, torture, procès pour “atteinte à la sacralité du roi”) et rappelle l’urgence de respecter les recommandations de l’IER (cas de disparitions non élucidés, adhésion au CPI, réforme constitutionnelle, indemnisations des victimes des années de plomb, abolition de la peine de mort). “En avril, la participation du Maroc au Conseil des droits de l’homme de l’ONU sera révisée. Espérons qu’il sera interrogé sur ces questions”, avertit-on à l’AMDH, qui a envoyé son rapport le 20 novembre dernier.


Vite!
“Domination de la minorité panarabiste”, “déni identitaire”… Dans une déclaration du 10 décembre, le Congrès mondial amazigh tance le Maroc, dont il doute de la “sincérité” au vu du “régime de harcèlement et d’intimidations juridico-administratives” contre citoyens et militants, notamment à Errachidia.

 
 
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