En lisant cette étrange prose, ZB sest demandé ce que cet homme voulait dire.
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Cest en circulant en plein Casablanca, à deux pas de Derb Ghallef, que notre homme Zakaria Boualem est tombé sur ce panneau énigmatique : riparation duchapemons radiatoure elecetriciti out-mobil. Oui, exactement tel quil est retranscrit. Il arrive parfois que certains chroniqueurs prennent des libertés avec la réalité pour la rendre plus drôle, ou pour servir une théorie quelconque. Au Maroc, cest, bien entendu, inutile : la réalité bat la fiction à plate couture, tout le temps. Le panneau, donc, qui stipule : riparation duchapemons radiatoure elecetriciti out-mobil est parfaitement véridique et vous pouvez aller le vérifier près des bouchers clandestins de Derb Ghallef, ce qui est un autre sujet dailleurs
En lisant cette étrange prose, Zakaria Boualem sest sincèrement demandé ce que cet homme voulait dire. Que vend-il ? Que veut-il dire ? Quelle est sa compétence ? Il est clair que ce nest pas le français, ni la conception de panneaux publicitaires
Cest un pot déchappement, placé à côté du panneau, qui a mis notre homme sur la voie. Et cest ainsi quil a pu reconstituer la phrase dorigine, avant le passage de lEducation nationale : réparation des échappements, radiateurs, électricité automobile. Il y a donc au minimum une faute par lettre, et cest tout simplement formidable. Passé létape de la stupéfaction, Zakaria Boualem se met à réfléchir. Certes, le français est terrible, mais comment en est-on arrivé là ? Quelle chaîne dincompétences a produit pareille monstruosité ? Analysons étape par étape la catastrophe linguistique. Le garagiste, sans doute compétent par ailleurs, veut signifier au monde quil répare des échappements, ce |
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| qui est son droit le plus légitime. Pour ce faire, plutôt que de recruter un crieur public, il a estimé nécessaire de passer par lécrit, ce qui est plutôt une bonne idée. Quel choix se présente alors à lui ? Il aurait pu écrire le panneau en arabe, le vrai. Cest la langue officielle de notre pays. Sauf que personne ne sait dire pot déchappement en arabe. Une enquête serrée permet détablir que ça se dit massorat assiyara. Sil avait écrit ça sur son panneau, il est probable que personne naurait jamais rien demandé au garagiste, faute davoir compris ce quil proposait. Sauf peut être un Syrien égaré, ce qui aurait réduit considérablement la puissance commerciale de son entreprise. Il aurait pu lécrire en darija, et parler ainsi de chagma, qui a lavantage dêtre comprise par tout le monde. Mais sil ne la pas fait, cest sans doute parce quon lui a dit que ce nétait pas bien. Notre Premier ministre lui-même a estimé que la darija nétait pas une langue, et quil ne lutilisait jamais, même chez lui. Il na peut-être jamais eu de problème de chagma, sinon il aurait compris que cette position était difficile à défendre. Le même Premier ministre a également ajouté que la montée de la darija était due à un lobby étranger, qui a pour objectif de déstabiliser les arabes, les pauvres. Donc, le garagiste, probablement effrayé à lidée dêtre manipulé par létranger, a écarté la darija et a basculé aussitôt vers le français, avec le résultat que lon sait. On rigole, mais cest tout de même une catastrophe nationale. Pour écrire, on a le choix entre deux langues quon maîtrise mal et une troisième dont on nous dit quelle nexiste pas. Il faut y ajouter les trois berbères, que seule une poignée dinitiés savent écrire, et on arrive à la conclusion quon est très mal parti, et merci. Une solution ? Zakaria Boualem nen a pas. Il est juste convaincu quil est rigoureusement impossible den être arrivé là sans la ferme volonté de le faire. Ce nest pas lui, avec ses maigres neurones, qui va réussir à trouver une issue à ce que des cerveaux brillants ont construit sur plusieurs générations : lanalphabétisation massive du peuple marocain. |