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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Propos recueillis par
Hassan Hamdani

Cinéma.
John Hurt. “Je préfère les films indépendants”


Filmographie.

1979 :
Alien de Ridley Scott Nomination à l’oscar du meilleur second rôle dans Midnight Express d’Alan Parker
1980 : La Porte du paradis (Heaven’s gate) de Michael Cimino.
1981 : Nomination à l’oscar du meilleur acteur pour Elephant Man de David Lynch
1983 : The Hit de Stephen Frears
1984 : 1984 de Michael Radford
1995 : Dead Man de Jim Jarmush
2001 : Harry Potter à l’école des Sorciers de Chris Colombus
2003 : Dogville de Lars Von Trier
2008 : Sera à l’affiche de Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal de Steven Spielberg


(AFP)

Membre du jury du dernier Festival du film de Marrakech, John Hurt a joué sous la direction de grosses pointures du cinéma. L’interprète d’Elephant Man revient sur les films et les réalisateurs qui l’ont marqué.


Vous êtes un acteur anglais qui joue beaucoup dans des films hollywoodiens. Pourquoi ne tournez-vous pas dans votre pays ?
J’aimerais beaucoup, mais il est difficile de trouver des producteurs anglais prêts à financer des films du cru. Et il est tout aussi dur de trouver des distributeurs pour diffuser ces œuvres.

Vous travaillez aussi avec des réalisateurs à succès, mais indépendants de Hollywood, comme Guillermo Del Toro. Un mot sur votre collaboration ?
Guillermo Del Toro est fantastique comme metteur en scène. J’ai beaucoup aimé tourner sous sa direction et j’aimerais d’ailleurs retravailler avec lui.

Comment choisissez-vous vos films et les réalisateurs avec lesquels vous travaillez ?
J’ai travaillé avec beaucoup de metteurs en scène différents. Mais, à chaque fois, l’essentiel, c’est que le film ait la possibilité d’atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés. Je fais le maximum pour y contribuer, sans me soucier de savoir si j’interprète le premier rôle ou un personnage secondaire. Ce n’est pas cela qui me préoccupe en priorité.

Comment jugez-vous la qualité d’un film ?
La question est bonne et la réponse difficile. Je dirais que cela dépend de vos attentes par rapport au film. Cherchez-vous à être ému ? Voulez-vous réfléchir ? Une seule chose est sûre : un film ne peut être jugé comme bon ou mauvais uniquement à l’aune de son succès au box office et de l’argent qu’il rapporte. J’ai tourné dans des films qui ont été des échecs commerciaux, alors qu’ils étaient une grande réussite sur le plan artistique. Ce fut notamment le cas pour Dead Man, de Jim Jarmush, qui est à mes yeux un film remarquable, original et avec des choses à dire.

Quel film regrettez-vous d’avoir tourné et celui dont vous êtes le plus fier ?
Interrogé sur son film préféré, Jack Nicholson a répondu : Easy Rider. Car grâce à cette œuvre indépendante, la conception du public et des producteurs de la manière de faire un film a changé. Je reprendrais à mon compte la réponse de Jack Nicholson. Je préfère les films indépendants auxquels j’ai participé et, notamment, The Hit, sous la direction de Stephen Frears. Même Elephant Man n’est pas un film de studio. Il n’a coûté que 2 millions de dollars, chose que peu de gens savent. Cela dit, comme tout acteur, j’ai commis des erreurs, j’ai fait de mauvais choix. Je ne suis d’ailleurs jamais content de mes choix (Rires). Sur ce point, je suis la personne la plus critique sur mon travail, davantage que ne pourrait l’être quelqu’un d’autre.

Vous êtes l’un des nombreux acteurs anglais de théâtre ayant réussi à Hollywood. Préférez-vous les planches ou les plateaux ?
C’est une grande question, que je me pose souvent. Quand on débute, on pense faire uniquement du théâtre, et jamais du cinéma. Mais les choses finissent par s’enchaîner d’elles-mêmes dans ce métier. On ne choisit pas, car c’est votre job d’acteur qui l’exige. En tout cas, cela s’est passé ainsi pour moi. Aussi, j’alterne désormais théâtre et cinéma. La différence essentielle étant qu’un acteur a le temps de préparer son rôle sur les planches. Sur les plateaux de cinéma, le temps étant compté, il faut vite comprendre ce qu’attend de vous le metteur en scène.

Vous avez été dirigé par de grands noms du cinéma. De qui avez-vous appris le plus ?
Sans doute de Fred Zinnemann. J’ai quasiment fait mes débuts au cinéma sous sa direction en 1966, en tournant un des premiers films qui ont compté pour moi : Un homme pour l’éternité.



L’anecdote. Le chauffeur de Mr Hurt

Durant ses rencontres avec la presse marocaine, John Hurt n’a pas échappé à la question inévitable : “C’est la première fois que vous venez au Maroc ?”. La réponse est non. L’acteur anglais avait déjà tourné un film au Maroc, à la fin des années 80, à Agadir plus précisément, où la production avait mis à sa disposition un chauffeur inattendu : Ahmed Boulane. À cette époque, le futur réalisateur des Anges de Satan travaille comme assistant sur des productions étrangères : “John Hurt étant quelqu’un de colérique, les producteurs ont pensé qu’il aurait davantage de pudeur à engueuler un Marocain qu’un Anglais”, raconte Boulane. Un week-end de relâche, l’auteur de Ali, Rabia et les autres entraîne John Hurt à Salé pour un déjeuner familial. “Je lui ai présenté ma mère, qui lui a préparé un tagine de kefta”, précise Boulane, fier comme un paon. Plus de vingt ans plus tard, l’acteur britannique et son chauffeur se sont croisés à nouveau lors du dernier Festival de Marrakech. L’acteur britannique a découvert, étonné, qu’Ahmed Boulane ne conduisait plus de voitures. Il ne pilote que des films désormais.

 
 
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