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Par Youssef Ziraoui
Musique. Lhomme orchestre
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Jauk Armal entend se faire
une place dans la nouvelle
scène musicale marocaine.
(STEFANO BERCA)
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Le Gnaoui blanc est de retour au pays, après de nombreuses années en France. Percussionniste de renommée internationale, Jauk Armal entend bien se faire (re)connaître du public marocain.
Jauk Armal est attablé dans un bar casablancais. Il décline un Au clair de la lune, en be-bop, à la gnaouie et en latino, en tapotant de son briquet sur la table. Un rien semble amuser ce petit homme chétif, qui, la soixantaine entamée, garde une étincelle dans les yeux. À moins que ce ne soit leffet des vapeurs éthyliques du lieu. Chemise à |
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carreaux, gilet de chasseur et chapeau à la Indiana Jones vissé sur le crâne, il explique entre deux bouchées de pop-corn, en quoi son Takztatataktak est le dénominateur commun de tous les Marocains. Dailleurs, il lexpliquera à de nombreuses reprises ce soir. Après quelque dix années dabsence, le Gnaoui blanc parle de son retour au Maroc, de ses six années de traversée du désert, ponctuées de problèmes familiaux et de santé, avant de revenir à la musique, (dé)formation professionnelle oblige, et de se lancer dans une interminable tirade sur le code percussif et de syntaxe jazzistique. Ne cherchez pas lexpression dans un quelconque manuel de solfège, ce sont des mots de mon invention, cest le musicologue qui vous parle là, et il a beaucoup de choses à vous dire, lance-t-il, mi-sérieux, mi-amusé.
Créateur de la fusion
Beaucoup de choses
Un album en perspective par exemple ? Pourquoi faire ? Jai déjà des dizaines de titres à remastériser, répond-il. Auteur, compositeur, interprète, Jauk traîne dans une mallette, adossée à sa chaise, quarante ans de carrière, sous forme darticles et de feuilles jaunies, quil est prêt à dégainer à la moindre sollicitation. Lhomme, qui a une quinzaine dalbums à son actif, déclare avoir un press-book pour chaque décennie de sa carrière, preuve de son parcours prolifique. Né El Maleh - puis rebaptisé Armand Le Mal, après le remariage de sa mère, ce natif de Casablanca en 1944 a grandi dans un mellah dans la misère noire du ghetto. Mais là-bas, il se passait aussi des choses merveilleuses. Dans sa jeunesse, il découvre le style gnaoui et sabandonne aux plaisirs des percussions, dabord sur les gamelles de la cuisine, puis, sur une vraie batterie. Ce sont les troubadours gnaouis qui mont ouvert le chemin de la musique, répète-t-il. Plus tard, il découvrira le jazz et le rock, et le Coca-Cola dans les bases de G.I.s américains. La vingtaine à peine entamée, Jauk part pour lHexagone. Là-bas, il inventera la fusion jazz-gnaoui, dont il revendique aujourdhui la paternité. Et jai les vinyles pour le prouver, défie-t-il. Comme nul nest prophète en son pays, cest dabord en France que son talent est reconnu. Il se fera remarquer lors dun free-jazz, organisé par un centre américain de Paris, allant jusquà susciter ladmiration dun jazzman noir américain, qui lui témoigne son respect en lui embrassant la tête.
Objets sonores non identifiés
Dans les années 70, il formera ses premiers jauks (orchestre en arabe), nom quil préférera au band, de rigueur à lépoque. Le surnom mest resté. Jauk est alors de tous les festivals. On le croise à Angoulême, il fait des duos à Nîmes. La prestigieuse Université de la Sorbonne crée même une chaire où il dispense son enseignement. Il donne alors libre cours à son imagination, en trafiquant dimprobables instruments. Avec son bidon électrique rempli deau et dhuile, (mon objet sonore non identifié) et une distorsion à la Jimi Hendrix, il fait swinguer des danseuses en tutu sur les rythmiques des Ahouache. Cela fait partie de moi, je suis un berbère pur jus, mes grands-parents viennent dIghrem, dans la région de Taroudant, tient-il à rappeler. De son séjour en France, Jauk gardera des souvenirs plein la tête, des bufs dans les gargotes parisiennes, à lhommage rendu par le fabricant dinstruments de percussion Paiste, qui le mentionne dans son classement des 100 meilleurs percussionnistes mondiaux. Mais cest probablement tout ce que Jauk a ramené dans ses bagages. Lhomme, qui vivote aujourdhui grâce à une maigre pension, refuse toutefois de verser dans le misérabilisme. Hamdoullah, je nai jamais mangé de pain sec, lance-t-il, fier. Et puis, avec Malek, je me suis remis dans la bain, avec quelques tournées. Aujourdhui, Jauk aspire à reconquérir le public marocain. Je me sens entièrement à ma place dans ce quon qualifie de nouvelle scène, lance-t-il sans complexe. Avant de conclure : Cest cela, le luxe du visionnaire. |
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