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Par Nadia Lamlili
Parkings. La fin des sabots ?
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Malgré la déclaration du ministre
de lIntérieur, la pose de sabots
continue de plus belle.
(AIC PRESS)
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Le ministère de lIntérieur compte réviser les contrats des sociétés dhorodateurs. Motif : la pose des sabots est un acte illégal. Les professionnels se rebiffent.
La scène se déroule dans une petite ruelle du centre-ville de Casablanca. Un automobiliste tempête devant sa voiture. La cause : un employé de la société qui gère les parcmètres de la commune de Sidi Belyout, vient dimmobiliser son véhicule, puisquil a dépassé le délai de stationnement pour lequel il avait payé. Mettre un sabot pour un quart dheure de retard, cest trop !, râle-t-il. En face, lagent reste impassible. Notre conducteur a beau hausser le ton, il ne pourra libérer sa voiture quaprès avoir payé la pénalité de 30 DH. Devant le spectacle, un passant décide de simproviser conseiller juridique : Vous navez pas le droit dinstaller un sabot, lance-t-il à lagent avant de se retourner vers lautomobiliste : Vous devriez les poursuivre en justice, la loi est de votre côté. Cest que la gestion privée des parkings est devenue le sujet de lheure à Casablanca et à Rabat (les deux seules villes où les horodateurs existent), surtout depuis une déclaration choc du ministre de lIntérieur au Parlement, largement reprise par la presse. Mardi 11 décembre, Chakib Benmoussa annonçait aux conseillers que les contrats signés avec les sociétés de parkings seront révisés, à cause des problèmes juridiques causés par la pose des sabots. Les automobilistes interprètent légitimement cette annonce à |
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leur manière : ces appareils jaunes sont illégaux et les agents chargés de les installer sont des hors-la-loi.
Vide juridique
Une interprétation que ne partagent pas les concessionnaires des espaces de stationnement. PAG Parkings, la société espagnole qui gère les parcmètres de la commune de Sidi Belyout (depuis mars 2007), dénonce lénorme quiproquo né de cette déclaration. Notre activité est tout à fait légale. Nos agents sont habilités à immobiliser les voitures en vertu du contrat que nous avons signé directement avec le ministère de lIntérieur, senflamme José Pizarro Perales, directeur général de la société. Vérification faite, larticle 14 de ce contrat stipule que le concessionnaire peut utiliser le sabot en temps nécessaire. En revanche, il se garde bien de détailler les cas où limmobilisation devient nécessaire. Un simple oubli ? En tout cas, pour le concessionnaire espagnol, le mot nécessaire sapplique à tout automobiliste nayant pas payé son ticket de stationnement ou ayant dépassé le délai demandé. Nous avons loué ces parcelles publiques à la commune et nous avons donc le droit de pénaliser tous ceux qui transgressent notre territoire, tient à préciser le directeur de PAG Parkings, qui gère 10 000 places de stationnement, moyennent une redevance annuelle de 13 millions de dirhams versée à la Communauté urbaine. Se disant donc parfaitement en règle, la société espagnole ne se sent nullement concernée par le problème soulevé par le ministre de lIntérieur. Du côté de la mairie de Casablanca, les responsables sont plutôt gênés. La sortie du ministre de lIntérieur les a visiblement pris au dépourvu : Concernant la révision des contrats, nous navons encore rien reçu dofficiel, précise Taoufik Ahmed Naciri, chargé de la division des autorisations au sein de la Communauté urbaine. Néanmoins, un projet se prépare au sein du ministère et il concerne spécifiquement le problème des sabots, ajoute-t-il. Toutefois, après les déclarations de Benmoussa, la Ville est rattrapée par un vide juridique quelle a totalement ignoré au moment de la signature du contrat. La pose des sabots nest pas du tout illégale, se défend Naciri. Ce qui lest, cest la manière dont cette opération se fait. Normalement, toute immobilisation de véhicule relève de la compétence des agents de la commune, assimilés à des éléments de la police administrative. Le problème, cest que ce corps nexiste pas encore au Maroc, nous explique-t-on. Du coup, en labsence de cette police, les agents des sociétés concessionnaires se chargent eux-mêmes de la besogne. Mais en ont-ils le droit ? Cette tâche administrative peut-elle être concédée à un opérateur privé ? La justice sest prononcée sur ces deux questions. Et son verdict est riche denseignements.
Procès en série
Cest Abderrahmane Benameur, lancien bâtonnier de Rabat et fervent défenseur des droits de lhomme, qui a déclenché la polémique. Lannée dernière, il a contesté, devant la justice, la légalité de limmobilisation de sa voiture par les employés de la société Rabat Parking. Se basant sur les dispositions de la charte communale, le tribunal a conclu que toute concession des compétences de la police administrative est contraire à la loi. Benameur a alors gagné son procès et même obtenu 3000 DH de dommages et intérêts. Je défends actuellement cinq affaires du même genre, nous déclare le célèbre avocat. Me Abdellatif Wahbi, un autre avocat, est allé encore plus loin, demandant la résiliation pure et simple de la décision administrative qui a habilité le président de la commune de Hassan à signer un contrat de concession avec Rabat Parking. Laffaire est toujours en cours. Pour linstant, les jugements prononcés ont concerné uniquement le concessionnaire rbati. Créée en 1997, cette société espagnole aurait profité des largesses du système Basri. Lancien ministre de lIntérieur lui aurait concédé la gestion de deux zones stratégiques : la commune de Hassan et le centre-ville (place Mamounia). Au début, les Rbatis payaient 2 DH lheure de stationnement. Aujourdhui, ce tarif correspond à une durée de 40 minutes seulement. La pénalité, en cas dinfraction, est également plus élevée quà Casablanca : 40 DH au lieu de 30. En plus, les automobilistes en infraction doivent attendre longtemps avant que lagent ne se manifeste pour leur retirer le sabot. Cest une perte de temps et dargent, assure un automobiliste rbati. Les agents de Rabat Parking font vraiment de lexcès de zèle. Normal, puisquils perçoivent une commission sur le nombre de sabots posés, surenchérit un employé de la mairie de Rabat. Nombreux sont donc les habitants de la capitale qui lient la gestion controversée de cette société à la réaction du ministre de lIntérieur. Contactés par nos soins, les responsables de Rabat Parking nont pas souhaité donner suite à nos multiples sollicitations. Pourtant, des sources concordantes parlent de privilèges gracieusement accordés par la mairie. Et ce nest pas la dernière sortie médiatique de Omar El Bahraoui qui risque de lever ces soupçons. Dans une interview accordée le week-end dernier au quotidien Al Ahdat Al Maghribia, le maire a déclaré que Rabat Parking avait pleinement le droit dimmobiliser des véhicules, avant de réitérer son intention de généraliser lexpérience à dautres quartiers de la capitale. Conclusion : ce nest pas demain la fin de la pose du sabot. Parce que les concessionnaires nont aucun autre moyen pour obliger les fraudeurs à payer, nous explique un cadre du ministère de lIntérieur. La question est de savoir comment poser le sabot dans le respect de la loi. Pour lheure, on penche pour un redéploiement du personnel de la commune, qui accompagnerait les agents des sociétés de parking pour chaque immobilisation de véhicule. Et cest ainsi que naîtra, probablement, la première police administrative du Maroc
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Ailleurs. Des PV, plutôt que le sabot
En Europe, la pose des sabots nest pas systématique. Dans de nombreux pays, les sociétés gestionnaires dhorodateurs ne procèdent pas à limmobilisation du véhicule, mais se contentent de verbaliser les automobilistes indélicats, qui sont tenus de payer une amende dun montant assez important. Les procès-verbaux dressés par le concessionnaire sont transmis à la police, qui peut aller jusquà arrêter les contrevenants et saisir leur véhicule. Mais cest le système portugais qui semble avoir le plus séduit les responsables marocains. Les numéros des voitures en stationnement sont stockés dans une base de données, qui détermine exactement lheure et le lieu des dépassements de délais. En cas dinfractions répétitives, lusager est sommé de payer une amende. Le système marche parce que les usagers travaillent généralement dans la zone où se trouve le parking et sont donc facilement identifiables, précise un responsable de la Compagnie générale des parkings de Rabat. Cette filiale de la CDG sest dailleurs inspirée de ce modèle pour gérer ses parkings dans la place Moulay El Hassan et Hay Ryad. Un des scénarios envisagés est de constituer une base de données clients, sans recourir aux sabots. Cela sappelle une concession intelligente
et totalement conforme à la loi. |
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