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Par Fahd Iraqi
El Nene. La grande évasion
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Ahmed Taieb El Ouazzani,
alias El Nene
(DR)
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Profitant de complicités internes, Ahmed Taieb El Ouazzani, alias El Nene, a réussi à sévader de la prison centrale de Kénitra. Les recherches sorientent aujourdhui vers la piste espagnole.
Ahmed Taieb El Ouazzani na pas eu à se faire tatouer un plan sur le corps, à limage du héros de la série Prison break, pour déserter ses geôles. Celui que lon surnomme El Nene a eu recours à une technique bien plus classique pour séchapper du plus grand centre pénitentiaire du Maroc : il lui a suffi dun simple (mais généreux) bakchich, glissé à |
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ses gardiens, pour franchir, le plus paisiblement du monde, le portail principal de la prison.
Condamné en 2005 à une peine de huit ans demprisonnement et à une amende de 100 000 DH pour complicité dans des actes criminels, lhomme est lune des grosses prises de la célèbre affaire Mounir Erramach, feuilleton judiciaire de lannée 2004 où se mêlent trafic de drogue et trafics dinfluence.
Grâce au pouvoir de son argent et de ses relations, El Nene a pu transformer sa détention en un séjour au Club Med. En connivence avec les gardiens, le baron de la drogue pouvait presque rentrer et sortir de prison à sa guise. On ne compte plus les soirées que le détenu aurait passées dans les boîtes de nuit ou dans les villas de Mehdia, la station balnéaire proche de Kénitra. Certaines de ses permissions officieuses se prolongeaient même durant plusieurs jours. Et cest justement lors dune de ces sorties habituelles, au cours de la première semaine de décembre, quEl Nene a décidé de sévanouir dans la nature. Son évasion a été camouflée jusquau vendredi 14 décembre, quand, alerté par lappel anonyme dun détenu, le ministère de la Justice constitue une commission pour se rendre à la prison centrale de Kénitra et constater que la cellule dEl Nene était déserte. Pourtant, le nom dEl Ouazzani figurait bel et bien sur la liste de lappel quotidien, confie une source proche de ladite commission.
La piste espagnole
Une enquête est aussitôt diligentée par le ministère de la Justice, qui fait auditionner 14 responsables du centre pénitentiaire. Six dentre eux sont toujours en état darrestation pour complément denquête.
Les témoignages donnent une idée assez précise du train de vie que menait El Nene en prison. Comme beaucoup de détenus VIP des pénitenciers marocains, le richissime baron de la drogue ne se refusait rien. À commencer par une cellule digne dune suite de palace, avec écran Plasma, lecteur DVD et connexion Internet pour tuer le temps en journée. Et durant la soirée, cétait alcool, drogues et filles à gogo. Et quand ce détenu hors normes sennuyait, il pouvait soffrir à loisir quelques escapades nocturnes en boîte de nuit
parfois en compagnie de ses propres geôliers ! La légende raconte quEl Nene sest même permis le luxe de modifier les plans de la prison, en annulant la construction de nouvelles cellules au profit de la réalisation dun terrain de football faisant face à son pavillon.
Ces privilèges, El Nene en bénéficiait déjà à la prison de Oued Laou, où il était incarcéré dans un premier temps. Cest dailleurs suite à une émeute déclenchée par les détenus, en septembre 2005, pour protester contre les avantages dont jouissait le caïd du Nord, que ce dernier fut transféré à la prison centrale de Kénitra.
En réalité, lévasion dEl Ouazzani est tout sauf une surprise, tant lhomme est réputé être un spécialiste en la matière. En octobre 2002, il était sorti en permission (cette fois-ci légale) de la prison de Victoria Kent de Madrid
pour ne plus jamais y revenir. Cest à cette époque que ce Sebtaoui, trentenaire, est venu sinstaller au Maroc, pour reprendre ses activités illicites. Il serait dailleurs considéré par la police espagnole comme lun des plus importants acteurs du trafic de drogue sur la Costa Del Sol.
Des antécédents qui auraient dissuadé le plus culotté des malfrats de fouler de nouveau le sol espagnol. Pas El Nene. Les enquêteurs lancés à ses trousses privilégient en effet la piste espagnole : le fugitif aurait fêté son évasion à Sebta et aurait même été vu dans les artères de Marbella. Abdelmajid Chadli, le directeur du bureau dInterpol à Rabat, aurait dailleurs signé en début de semaine un avis de recherche international, au nom de Ahmed Taieb El Ouazzani, et enclenché une procédure pour coordonner les recherches avec la police espagnole. Cela suffira-t-il pour retrouver les traces dEl Nene ? |
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