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Propos recueillis par
Mehdi Alaoui Sekkouri
Interview.
Michaël Chrétien Basser. Mon cur ma dit de jouer pour le Maroc
Dates clés.
1984. Naissance à Nancy, en France.
2001. Intègre lAS Nancy Lorraine en CFA.
Février 2004. Signe son premier contrat professionnel avec lAS Nancy.
2005. Champion de Ligue 2 avec lAS Nancy.
2006. Vainqueur de la Coupe de la ligue avec Nancy.
2006. Acquiert la nationalité marocaine et participe à son premier match avec le Maroc. |
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Michaël Chrétien Basser, le nouveau latéral droit des Lions de lAtlas.
(AFP)
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À quelques semaines de la CAN 2008, le jeune et talentueux latéral droit de lAS Nancy et des Lions de lAtlas revient sur les chances de léquipe nationale dans la compétitions continentale, ainsi que sur les raisons qui lont poussé à choisir le maillot rouge et vert.
Comment se porte léquipe nationale, à près dun mois de la Coupe dAfrique des nations ?
Je dirais que tout va pour le mieux. Il y a une très bonne ambiance au sein du groupe et la motivation est au rendez-vous, surtout quon reste |
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sur de bons résultats devant les équipes de France et du Sénégal. Maintenant, il faut continuer sur cette lancée et confirmer lors des prochaines échéances.
Daprès vous, quelles sont nos chances dans cette compétition ?
Récemment, tout le monde a pu constater que cette équipe avait de grandes qualités. Du coup, je nai pas peur de dire que le Maroc est lun des premiers favoris pour le sacre continental. Je suis persuadé que nous pouvons aller très loin dans cette CAN, à condition de nous donner à fond comme nous lavons fait jusquà présent, et de miser sur notre jeu collectif.
Depuis larrivée dHenri Michel, on assiste à un réveil des Lions de lAtlas. Comment lexpliquez-vous ?
Il est vrai que depuis la nomination dHenri Michel à la tête du groupe, une nouvelle dynamique sest installée. Et ce nest pas un hasard : Michel est incontestablement un grand coach. Il sait encadrer son équipe comme il le faut, arrive à tirer le maximum de ses joueurs et trouve toujours les mots justes pour les encourager et leur donner confiance. Jusquici, tous ses choix se sont avérés judicieux et ont fini par porter leurs fruits. Espérons que cela ne sarrêtera pas en si bon chemin.
Quest-ce qui ne marchait pas avec son prédécesseur, Mhamed Fakhir ?
Je nai pas envie de verser dans la critique, sachant que Mhamed Fakhir a malgré tout atteint ses objectifs, en qualifiant léquipe du Maroc pour la CAN. Mais je me souviens quà lépoque, lambiance au sein du groupe était moins bonne. Nous ne posions pas trop de questions : nous nous contentions de faire ce quon nous disait de faire. Aujourdhui, les choses sont différentes. Les joueurs sont vraiment contents dêtre là et sont visiblement plus motivés. Nous sommes mieux encadrés physiquement et nous avons plus de liberté, que ce soit sur le terrain ou en dehors. Henri Michel nest pas toujours derrière notre dos : cest quelquun qui a su nous responsabiliser et nous faire confiance. Il sait que nous sommes des professionnels.
Comment vous êtes-vous retrouvé au sein de la sélection marocaine ?
En 2005, peu de temps après avoir annoncé publiquement vouloir jouer pour les Lions de lAtlas, Baddou Zaki ma convoqué pour un match amical. Malheureusement, je nai pas pu jouer à cause dun problème dordre administratif : je navais toujours pas ma nationalité marocaine. Et pour que mon club, lAS Nancy, me permette de rejoindre la sélection, il fallait absolument que je lui présente un passeport ou une carte didentité marocains. Jai finalement dû attendre plus dun an pour obtenir ce précieux sésame et que la situation se débloque.
Comment avez-vous été accueilli par le reste du groupe ?
Je ne connaissais personne à part Youssef Hadji qui, à lépoque, ne jouait pas encore à lAS Nancy. Je suis arrivé un matin, jai seulement dit bonjour et je me suis tu. Tout le monde ma alors regardé avec de grands yeux, en se demandant doù je pouvais bien débarquer. Cétait, je le reconnais, un peu difficile pour moi, vu que personne nétait venu vers moi. Je me suis retrouvé tout seul dans mon coin. Mais ça na pas duré longtemps. Au fur et à mesure quon se retrouvait sur le terrain, des liens se sont créés avec les autres joueurs.
Pourquoi avez-vous décidé dopter pour le Maroc, sachant que vous aviez
déjà évolué avec léquipe de France espoirs ?
Du point de vue sentimental, cétait très important pour moi. Mon père est marocain et jai encore de la famille au Maroc. Jai également grandi dans une banlieue avec beaucoup de Maghrébins, qui suivaient et supportaient les sélections de leurs pays dorigine. Javoue que cela ma énormément influencé. Je me souviens que tous les jeunes rêvaient de jouer avec le Maroc, la Tunisie ou lAlgérie. Et puis, sur le plan sportif, jétais convaincu que javais plus à apporter à la sélection marocaine quà léquipe de France.
Était-ce une décision facile à prendre ?
Pas vraiment. Lorsque jai eu mes 18 ans, mon agent est venu me demander si cela mintéressait de jouer pour le Maroc. Je navais pas de réponse. Je ne savais pas de quoi mon avenir était fait. Jétais jeune et je me posais beaucoup de questions. Je nétais pas encore passé professionnel et je devais dabord me concentrer sur mon rendement au sein de lAS Nancy, sachant que les clubs français hésitent à recruter des joueurs africains qui jouent en sélection. Au bout dun an et demi de réflexion, alors que je commençais à mimposer dans mon club, jai enfin annoncé publiquement mon choix.
Et si vous aviez reçu une convocation de léquipe de France A, quauriez-vous fait ?
Du moment que javais déjà pris et annoncé ma décision, rien ni personne ne pouvaient me faire changer davis.
Vous navez aucun regret aujourdhui ?
Vraiment aucun. Ce qui mennuie actuellement en France, ce sont ces journalistes qui me rappellent sans cesse que jaurais pu continuer avec léquipe de France. Et, des fois, cela ressemble à des reproches. Mais ce quils ne comprennent pas, cest que je ne suis pas un opportuniste. Je dois jouer avec mon cur et mon cur me dit de défendre le Maroc. Je le dis encore une fois, je suis très fier de porter les couleurs du Maroc et si javais pu le faire plus tôt, je laurais fait.
Comment avez-vous vécu ce match contre les tricolores au Stade de France ?
Cest toujours particulier de rencontrer lEquipe de France qui est, faut-il le rappeler, lune des plus grandes sélections du football mondial. Pour nous, cétait un excellent match de préparation pour la CAN. Mais au-delà de cet aspect, cette rencontre représentait beaucoup de choses pour certains joueurs, comme moi, qui ont grandi en France et qui sont même français. Sans oublier cette ambiance incroyable quil y avait dans les gradins ce soir-là. Ce fut un grand moment de bonheur et de fierté pour les joueurs.
Côté marocain, on avait limpression que cétait plus quun match amical
En effet, Nous avons tout donné lors de cette rencontre. On voulait vraiment montrer que nous pouvions rivaliser avec les plus grandes équipes, et je pense quon a atteint cet objectif. En France, avant ce match, personne ne nous prenait au sérieux. Lorsque je revenais dans mon club, après un match en sélection, et que je disais à mes coéquipiers quon avait par exemple battu la Namibie, tout le monde se mettait à rigoler. Il était temps quon remette les pendules à lheure : cétait une question de fierté.
Durant ce match, vous est-il arrivé de vous dire que vous auriez pu être dans le camp adverse ?
Franchement, et même si cest difficile à croire, cela ne ma jamais traversé lesprit. Les choses étaient très claires dans ma tête : javais choisi le Maroc et la France faisait désormais partie du passé. Ce soir, jétais à 300% marocain et fier de lêtre.
Que pensez vous des sifflements qui ont accompagnés le chant de lhymne français ?
Honnêtement, jétais gêné. Jai même eu un peu honte. Heureusement, il ny avait quune petite minorité derrière ce geste, que je considère comme un manque de respect. Pour autant, jétais vraiment très content et très fier de lambiance quil y avait au stade ce soir-là. Le public a montré quil savait se tenir, surtout quà la veille de cette rencontre, tout le monde prédisait des débordements, de la violence. Cest une belle leçon administrée aux mauvaises langues.
Vous figurez parmi les révélations de la Ligue 1. Cest une consécration ?
Cest surtout le résultat de beaucoup de travail. Jai aussi la chance davoir un entraîneur qui ma toujours fait confiance. Cest ma sixième année en tant que titulaire. Cela me permet davoir beaucoup de temps de jeu et autant doccasions de progresser. Cest un peu à limage de ce qui arrive cette saison à lAS Nancy, qui est la véritable révélation du championnat.
Il paraît que vous êtes convoité par de nombreux clubs européens. Quen est-il ?
Cest vrai que, récemment, de nombreux de clubs ont montré leur intérêt. Je pense à lOlympique Lyonnais, LOlympique de Marseille, le FC Séville ou encore lAS Rome. Mais je nai pas envie de précipiter les choses. Je ne me vois pas partir ailleurs au prochain mercato. Mais à la fin de la saison, jaimerais bien tenter ma chance ailleurs, de préférence dans le championnat espagnol. Jespère en tout cas que, dici là, tout ce beau monde continuera à sintéresser à moi.
Au fait, Chrétien, ce nest pas un patronyme courant pour un Marocain
Oui je sais, tout le monde me fait la remarque. Chrétien est le nom de famille de ma mère française, avec qui jai grandi et qui na jamais été mariée avec mon père marocain, dont le nom est Basser. En fait, jai toujours préféré quon mappelle Basser. Dailleurs cest le nom qui est inscrit sur mes papiers.
Vous savez que vous portez le même nom quun des plus grands attaquants du football marocain ?
Oui je sais, vous devez faire référence à Salaheddine. Mais lui, cest Bassir, et non Basser (Rires). Dailleurs, on ma chanté à plusieurs reprises la chanson Bassir, Bassir, ouh ouh. Je suis très admiratif devant ce quil a pu réaliser durant sa carrière. Jespère pouvoir en faire autant. |
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