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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Nina Hubinet,
correspondance de Paris

Palestine. L’argent, en attendant l’Etat

Le Premier ministre palestinien
Salam Fayyad aux côtés de Bernard
Kouchner, ministre des Affaires étrangères français, lors de
la Conférence de Paris.
(AFP)

La Conférence des donateurs pour l’Etat palestinien a permis de collecter plus de 7 milliards de dollars de promesses de dons. Un succès qui ne masque pas les obstacles à la relance du processus de paix.


7,4 milliards de dollars… La somme paraît colossale, et Mahmoud Abbas peut afficher un large sourire. Les flashs crépitent, et tout le monde se congratule : Nicolas Sarkozy savoure un énième succès médiatique, Condoleezza Rice affiche sa satisfaction, Ban Ki-Moon son optimisme. Pourtant, tous savent qu’il faudra se battre pour obtenir
l’argent promis et, plus encore, pour qu’il soit utilisé efficacement. Considérée comme le volet financier de la réunion d’Annapolis du 27 novembre, la Conférence des donateurs de Paris ne pouvait se permettre un échec. La crédibilité de la communauté internationale était en jeu : le monde devait manifester son soutien à l’engagement qu’ont pris Israéliens et Palestiniens à Annapolis de “tout faire pour permettre la création d’un Etat palestinien viable avant la fin de l’année 2008”. C’est ce que les 87 délégations présentes ont fait, à grand renfort de dollars. Il y avait urgence : l’Autorité palestinienne n’a jamais été si proche de la faillite. Le déficit annuel de son budget avoisine les 800 millions de dollars. “Entre 1999 et 2007, le PIB palestinien a baissé de 80%, selon Hind Khoury, la déléguée générale de Palestine en France. Et 85% des Palestiniens de Gaza et 60% des habitants de Cisjordanie vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté”.

Le plan Fayyad
Le pari des Palestiniens est de relancer une économie moribonde grâce à l’argent récolté à Paris. Celui-ci doit en effet financer le plan du Premier ministre et ministre des Finances palestinien, Salam Fayyad, réputé pour ses compétences et son intégrité. Un plan ambitieux, qui vise à ranimer le secteur privé. Mais ces projets risquent d’être contrariés. Toute relance économique est limitée par la répartition de la somme : les deux tiers des 7,4 milliards de dollars seront en effet consacrés au budget de l’Autorité, à commencer par le paiement des salaires des fonctionnaires. Ces frais de fonctionnement incluent aussi les réformes de secteurs-clés comme l’éducation, la santé, la justice et la gouvernance, susceptibles de créer des emplois. La bonne nouvelle, c’est qu’en matière de lutte contre la corruption, de réels progrès semblent avoir été réalisés depuis un an. “La Banque Mondiale et le FMI nous ont assuré que les circuits financiers d’aide aux Palestiniens étaient beaucoup plus fiables qu’il y a un an”, affirme Pierre Duquesne, le représentant de la France à la Conférence, au quotidien Le Monde. “Chaque trimestre, ces deux institutions nous fourniront un rapport sur la gestion des finances publiques dans les territoires palestiniens”, poursuit-il.

Relance de l’économie
Reste que la dynamisation du secteur privé n’a qu’une place marginale dans l’utilisation des dons. La relance de l’économie palestinienne reste donc un horizon lointain. Mais ce qui la rend encore plus illusoire, c’est le problème monumental et pour l’instant insoluble que représente Gaza. Depuis juin 2007, le territoire est le bastion du Hamas, qui a dénoncé la Conférence des donateurs comme “une dangereuse conspiration”, destinée à “diviser les Palestiniens en réarmant les forces du Fatah”. Pourtant, l’Autorité palestinienne jure que l’aide internationale parviendra aussi aux Palestiniens de Gaza, qui connaissent la crise humanitaire la plus grave. Le blocus israélien instauré en juin dernier ne laisse en effet rien entrer d’autre à Gaza que l’aide humanitaire, dont dépend l’immense majorité de ses habitants. Question : comment secourir les Palestiniens de Gaza sans remplir les caisses du Hamas ? “Tous les fonctionnaires de Gaza - professeurs, médecins et autres services publics – seront payés”. Tous, sauf les fonctionnaires de police. En fait, ne recevront leur paie que ceux restés fidèles au Fatah. Les Palestiniens de Gaza semblent donc une nouvelle fois pris au piège. Du côté israélien, le Premier ministre Ehud Olmert a déjà fait part de son intention de régler prochainement le problème de Gaza et des roquettes tirées sur Israël par une opération militaire. Quand on se rappelle la réussite de Tsahal contre le Hezbollah, pendant l’été 2006, on ne peut que douter de l’efficacité d’une telle entreprise.

Asphyxie économique
Le dernier et peut-être principal obstacle à une relance économique demeure l’attitude israélienne. Depuis des années, la Banque Mondiale ne cesse de répéter que l’aide internationale, aussi importante soit-elle, n’aura qu’un effet limité sur l’économie palestinienne, tant que les entraves à la liberté de circulation imposées par Israël ne seront pas assouplies. Une enquête de l’armée israélienne vient par ailleurs de révéler qu’un quart des soldats de Tsahal reconnaissent avoir été témoins, actifs ou passifs, de violences contre les Palestiniens aux check-points. “Lorsque vous empêchez des milliers de personnes chaque jour de circuler, cela ne peut se faire aimablement”, avoue l’un des soldats interrogés. “Le pari est qu’Israël lève progressivement les restrictions à la circulation, au fur et à mesure que le système de sécurité palestinien se développe”, explique Pierre Duquesne. Mais malgré les entorses aux droits de l’homme et la paralysie économique induites par les 550 check-points, Israël ne change pas son mot d’ordre : la sécurité avant tout. “C’est une question d’équilibre à trouver. Si, demain, il n’y a plus de barrières en Cisjordanie, les personnes de bonne foi comme les personnes de mauvaise foi pourront passer. Et si une bombe explose, nous n’aurons plus le soutien de l’opinion publique pour continuer le processus de paix”, plaide Nina Benami, la porte-parole de l’ambassade d’Israël en France.

Les colonies sont un autre vieux contentieux soulevé lors de la Conférence de Paris. Le président Mahmoud Abbas a appelé une nouvelle fois à l’arrêt de la colonisation. Ehud Olmert s’était engagé à Annapolis à geler les colonies avant de les démanteler, mais la construction de 300 nouveaux logements a été lancée dans la colonie Ha Homa à Jérusalem-Est quelques jours plus tard. “Ce n’est pas une colonie, Ha Homa fait partie du Grand Jérusalem, comme Maale Adoumim”, avance Nina Benami. Une argumentation que le Quartette (UE, Etats-Unis, ONU, Russie) pour le Proche-Orient n’a pas retenue, puisque le chantier a été largement critiqué par son émissaire, Tony Blair. Si les liquidités drainées par la Conférence des donateurs vont permettre, à court terme, la survie de l’Autorité palestinienne, elles ne changeront rien à la réalité de la région, à long terme, tant qu’aucune perspective politique réaliste n’est offerte aux Palestiniens. Au-delà du rôle de banquier, la communauté internationale devra surtout assumer un rôle d’instance judiciaire.



Première. Bush en Palestine en janvier

Mieux vaut tard que jamais ! C’est ce qu’a dû se dire George W. Bush en décidant, à quelques mois de la fin de son mandat, d’effectuer son premier voyage en Israël et dans les territoires palestiniens, en janvier prochain. Une soudaine mobilisation pour la paix au Proche-Orient avait saisi le président américain depuis la rentrée : la conférence-éclair d’Annapolis le 27 novembre a donné lieu à une sympathique séance photo, mais aussi à la signature d’une déclaration commune de Mahmoud Abbas et Ehud Olmert sur la création d’un Etat palestinien avant fin 2008. Un joli coup, qui ne sera cependant suivi d’effets que si l’administration américaine s’investit de manière plus ferme et durable dans le processus enclenché. Chose peu probable, puisque Bush quittera le bureau ovale en 2009. C’est que cette initiative de dernière minute a pour principale fonction de redorer son blason sur un sujet – le conflit israélo-palestinien – qu’il a pris soin d’oublier pendant ses six années passées à la Maison blanche. D’ailleurs, la porte-parole de Bush a déjà fait savoir qu’il ne prendrait part à aucune négociation durant ce voyage.

 
 
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