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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

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Excuses.

Excuses. Dans une actualité réservée la semaine dernière à l’idéologue islamiste Ahmed Raïssouni, nous avions conclu, pour souligner la radicalité de certains de ses récents propos, sur l’injonction “attention, chien méchant”. Même si, en langue française, cette expression ne signifie rien d’autre qu’“attention, danger”, l’image était indéniablement mal choisie. Traduite en arabe, elle se retrouve en effet dépouillée de son second degré et laisse penser que nous avions voulu insulter M. Raïssouni en le qualifiant personnellement de chien. Ce n’était évidemment pas notre intention. On peut être en désaccord idéologique avec quelqu’un, mais cela ne doit en aucun cas exclure le respect. C’est pourquoi nous présentons nos sincères excuses à M. Raïssouni pour ce malencontreux écart de langage.

TelQuel



Le cousin tangérois de ZB

Zakaria Boualem a un cousin, tangérois de surcroît. Primo Boualem - appelons-le ainsi - découvre à son réveil, avec un grand désarroi, que la demi-finale de la Coupe du monde des clubs (ex-Coupe intercontinentale), impliquant l’AC Milan, est déjà en cours. Pire : un rapide coup d’œil sur sa Citizen authentique lui indique 11h30, c’est-à-dire qu’une heure s’est déjà écoulée de ladite rencontre. Rossonero dans l’âme - mais fauché jusqu’à la moelle (donc n’ayant nullement accès à ces chaînes payantes où “fqih-poète panarabe” et commentateur sportif se confondent), il s’empresse de s’engouffrer dans un café du quartier. En cours de route, il fantasme déjà sur une “remontada” (remontée au score, pour les non hispanophones) haletante du collectif milanais, ponctuée par une “benna” (littéralement “un orteil”), un but décisif au dernier millième de seconde, suite auquel il manifestera toute sa passion, sa rage et sa fougue en criant : “Inzaghééééééééé”. Il scandera haut et fort le nom de son joueur fétiche, qui permettra à son équipe (tout aussi fétiche) de se qualifier à une finale supra-alléchante l’opposant aux Argentins de Boca Juniors. Malheur ! À son entrée au café, le proprio fait voler en éclats son rêve, en lui annonçant solennellement que le match ne sera pas visible dans ses lieux. Point de panne technique. Ledit proprio lui explique, le plus calmement du monde, “qu’on ne passe pas de match à cette heure, parce qu’il n’y a personne pour le regarder”… Etonné par la valeur qu’a le client auprès de cette enseigne et révolté par le fait que son tenancier ignore l’existence même de ce match (allant jusqu’à en récuser l’utilité, ce qui est la pire insulte adressée à l’ego milanais), notre Primo décide de s’en aller au café d’en face. Là, il a une curieuse impression de déjà vu, puisqu’il assiste à une scène similaire : on lui explique à nouveau que, pour des raisons de faible audimat “intra-cafétériel”, il ne pourra regarder le fameux match. Primo sent sa colère monter, et se rend compte parallèlement que le temps presse, que le match défile et que, surtout, l’entrée sur le terrain d’Inzaghi - qui signifie pour lui le véritable début du match - se fait imminente. Dépité, il se résigne à “ytssayess m3a zbel”, littéralement “négocier avec la poubelle”, ou se la jouer diplomate en termes plus châtiés. Mais il a beau expliquer que le café est vide, que le poste télé, déjà allumé, accueillerait mieux ce superbe match de football, que des émissions aussi bêtes (au propre comme au figuré) que “Kéa, le perroquet des montagnes”, “Profession : chien” ou “L'arbre aux kangourous”, rien n’y fait. Il explique aussi que le match se joue au Japon. Et qu’il serait un petit peu difficile de convaincre des Japonais intransigeants et une FIFA surpuissante de la nécessité de programmer la demi-finale d’une compétition footballistique mondiale à 4 h du matin, heure nippone - et faire ainsi jouer le Ballon d’or “3mech” aux yeux -, pour qu’elle soit conforme à la charte de la déontologie audiovisuelle des cafés tangérois, qui stipule qu’un match de foot ne peut être diffusé de jour. Au moment où il s’apprêtait à exécuter le plan B (qui consistait plus ou moins à soudoyer le serveur), ce dernier eut, comme par enchantement, un soubresaut de sagesse et se résigna à mettre fin au délire généralisé… en changeant de chaîne ! Notre Primo put voir le match, consomma une limonade (pour “dédommager le proprio et justifier sa très dérangeante présence”), eut même le temps de voir Inzaghi débarquer sur le terrain et le Milan gagner. Mais il se sentit seul, dans une sorte de statu quo mental qui dépasse le cadre du “pourquoi”, du “comment”, sans parler du “pourquoi du comment”. Tout lui paraissait futile, secondaire. Tout ce dont il se rappelle, c’est ce logo qu’il a aperçu ce matin-là, à deux reprises, sur deux téléviseurs - et lieux - différents. Un logo, une panthère - qui n’avait rien de rose - et d’une suite de lettres : A-N-I-M-A-U-X. Comme quoi, ce que nous regardons est souvent à notre image. Et merci.

Primo Boualem, Tanger.



Politiciens schizos

Dans son édito du n° 302 (“Le choix et la conviction”), M. Benchemsi posait la questions suivante : “Comment expliquer que (…) les Marocains prônent le contraire de ce qu'ils font, ou pensent la chose et son contraire ?”. Un premier élément de réponse se trouve dans un dossier que vous aviez publié sur la schizophrénie ambiante dans ce pays. Et concernant le lien entre politique et religion, une bonne partie de nos politiciens ne se gênent pas pour associer les deux, bien qu’ils s’en défendent. Il suffit d’écouter leurs discours, ponctués de formules religieuses, pour s’en convaincre. Quant au choix de sa religion, les textes de l’islam sont clairs : “La ikraha fi dine”.

Abdeslam Acharki, Casablanca.



À propos du Mur

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt le reportage sur le Mur de défense (“Aux portes du mur”, TelQuel n° 302). Je m’attendais à une réflexion de fond, d'abord sur l'historique et les raisons qui ont motivé la construction de ce mur, qui s’étend de Zag jusqu’à Bir Guendouz, près de la frontière avec la Mauritanie, mais je n’en ai guère trouvé dans cet article.
J’aimerais aussi signaler que le Mur a été intégralement construit par les unités de génie de l'armée royale. Ni les Américains, ni les Israéliens n'y ont participé, ni sur le plan des idées ni sur celui des réalisations sur le terrain. Entre nous, qu’es- ce qui est le plus difficile : construire un mur de sable haut de 2 mètres ou un barrage hydraulique ? Pourtant, nos barrages n’ont nécessité la collaboration ni des Américains, ni des Israéliens. Mais venons-en au fond du sujet et posons les questions que ce reportage n’a pas mentionnées : le Mur a-t-il été efficace du temps des attaques du Polisario, entre 1980 et 1991, date du cessez-le-feu ? Que peut-on dire de son rapport coût / efficacité ? Sur le plan de la stratégie militaire, a-t-il été la seule solution possible ? N'y avait-il pas d’alternative ?
En admettant que le Mur avait, à court et moyen terme, permis aux unités des Forces armées royales (au prix de beaucoup de sacrifices) de contenir celles du Polisario, pourra-t-il le faire si, qu’à Dieu ne plaise, les hostilités venaient à reprendre ?
Beaucoup d'hommes politiques et, malheureusement, de militaires, croient que nous n'avons plus rien a craindre du Polisario, puisque “le Mur s'en charge”. C'est faire preuve d’une grande naïveté ! Car ce Mur, qu'il soit construit de sable ou de pierres, ne protège de rien sans les hommes qui y sont installés et qui veillent au grain en permanence. Malheureusement, de ces hommes, le reportage ne dit rien : ni de leurs conditions de vie, ni de leur moral, ni de leurs problèmes.
J'ai combattu au Sahara durant trois ans, en tant que pilote de chasse et officier en charge des opérations aériennes, avant d’être fait prisonnier en 1978 par “l’Algérisario”. Les 25 années que j'ai passées dans les geôles algéro-polisariennes de Tindouf, avec quelque 2300 de mes camarades, m'ont appris une chose : tout ce qui est important dans cette guerre du Sahara n'a pas encore été dit.

Ali Najab, Ex-prisonnier de guerre, Rabat.

 
 
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