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Par Youssef Ziraoui
Ma révolution, je la fais tout seul
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Abdellah Taïa, Écrivain
(TNIOUNI / NICHANE)
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Antécédents
| 1973. |
Naissance à Rabat. |
| 1988. |
Achète son premier magazine (Première). |
| 1996. |
Décroche une licence en Littérature française à lUniversité Mohammed V de Rabat. |
| 1994. |
Part poursuivre ses études en Suisse. |
| 2005. |
Sort son premier livre, Le Rouge du tarbouche. |
| 2006. |
Fait son coming-out. |
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Smyet bak ?
Mohamed Taïa.
Smyet Mok ?
MBarka Allali.
Nimirou dla carte ?
Ah ! Je ne sais pas, je me sers toujours de mon passeport.
Jamais de la CIN ?
Si, au moins une fois.
Racontez-nous ça
Je pense que cétait en 1996. Alors quun policier me demandait ce que je faisais dans la rue, je lui ai demandé ses papiers. Du coup, il ma demandé les miens aussi.
Cest de linconscience pure
En fait, je venais dapprendre, dans un documentaire à la télévision, que tous les Marocains avaient le droit de demander ses papiers à un policier. Mais le policier la mal pris, il a décidé de membraquer au poste. Moi, jétais en pleurs. Heureusement, un autre agent est intervenu pour demander au policier : Pourquoi vous avez embarqué ce gamin ? Il a quinze ans à tout casser !. Il a ajouté : Laissez-le rentrer chez lui, hada ould mimtou.
Un ould mimtou que certains décrivent comme un monstre
Oui, ce décalage, je lai toujours vécu. Je suis peut-être un monstre pour les gens qui narrivent pas à réfléchir.
Quelle est votre analyse des évènements récents de Ksar El Kébir ?
Notre société a besoin de sauto-convaincre quelle est pure. Et pour le faire, parfois, elle agit par mimétisme violent, comme ce fut le cas à Ksar El Kébir. Ces évènements sont une négation de la liberté individuelle et un exemple de la manipulation de masse. Jai visionné les images sur Youtube. Cela ma fait penser aux lynchages des noirs américains par des membres du Ku Klux Klan.
Avec le recul, pourquoi avez-vous décidé de faire votre coming-out ?
Il faut avoir le courage dêtre soi-même, cest vital. Et puis, on perd une énergie folle à être hypocrite. Mon homosexualité nest que mon identité sexuelle, une espèce de grille à partir de laquelle jai pu lire que le monde me rejetait.
Vous avez limpression dêtre seul au monde ?
Depuis longtemps, jai appris à être seul. Jai compris que ma révolution, je devais la faire tout seul. Dans ma famille, on me traitait de fou parce que je passais mon temps à bouquiner. Mais je ne demandais la bénédiction de personne, ni de ma mère, ni de mon père, ni de Hay Salam, le quartier de Salé où jhabitais. ça me rappelle cette chanson de David Bowie, qui dit : You can be a hero just for one day.
Vous êtes un héros ?
Quelquun doit bousculer le Marocain moyen. Jessaie de le faire.
Vous êtes en quelque sorte un miraculé du quartier de Hay Salam ?
Oui, un peu. Beaucoup parmi les jeunes du derb sont devenus des herraga. Quand je vois le désert culturel dans lequel jai vécu, je me demande comment jai fait pour men sortir. Dans les années 80, je me rappelle que, quand je sortais avec un livre, ma mère insistait pour que je le cache avec un sac plastique noir
pour éviter le mauvais il.
Vous habitez Paris depuis quelque temps. Comment avez-vous vécu le changement ?
Rien ne me prédisposait à aller vivre dans la Ville des lumières. Mais je ne suis pas le genre décrivain qui va sinventer une vie, et faire table rase du passé. Je veux au contraire raconter la mienne à Hay Salam, celle des filles qui se prostituent, de la femme mariée à Moul El Hammam.
Vous sortez bientôt un livre dans ce sens ?
Effectivement, je sortirai mon nouveau livre fin mars 2008. Il sintitulera Mélancolie arabe. Il sagit dune autobiographie. Le livre commence dailleurs par un évènement important de ma vie.
Lequel ?
À lâge de douze ans, jai failli être violé par quatre adolescents. Je nai dû mon salut quau Muezzin, qui a appelé à la prière dAl Asr. Mes agresseurs se sont alors arrêtés net.
Que répondez-vous à ceux qui disent que votre écriture na rien dexceptionnel ?
Je ne leur répondrai rien. Souvent, on critique la simplicité de mon écriture. Jappelle cela du racisme intellectuel.
Vous êtes amoureux en ce moment ?
Je létais il y a quelque temps, mais je ne le suis plus. Je suis célibataire depuis quatre ans maintenant. En fait, jai remarqué que je tombais toujours amoureux de personnes qui ne sont pas libres. |
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