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Par Réda Allali
CAN 2008. Des raisons dy croire
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Le nul obtenu, et de belle manière,
contre léquipe de France, alimente
les espoirs dune consécration
continentale.
(AFP)
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Il a suffi dun bon match (amical) contre la France pour réveiller les supporters du onze national, qui se mettent à rêver dun sacre continental. À trois semaines du début de la CAN, où en sommes-nous vraiment ?
En quatre ans, nous avons tout connu. Dabord leuphorie dune campagne tunisienne brillante en 2004, ensuite la cruelle désillusion de lélimination de la Coupe du monde 2006, suivie de près par une terne virée égyptienne, puis la morne campagne éliminatoire pour la CAN 2008. Une année quasiment blanche, où les matches contre le |
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Zimbabwe ou le Malawi nont jamais passionné les foules on comprend pourquoi. Il y a également eu lépisode tragi-comique du passage-éclair de Philippe Troussier, et le limogeage de Mhamed Fakhir, le coach qui a atteint les objectifs fixés mais à qui on a reproché de ne pas être assez glamour. En tout, quatre entraîneurs en quatre ans. Aujourdhui, une nouvelle page souvre, avec le retour dHenri Michel et une alléchante Coupe dAfrique des nations qui débute. Un plateau de rêve, pour une compétition devenue incontournable au niveau mondial. Pour les supporters marocains, la CAN nest plus un sous-tournoi ou une simple préparation pour la prestigieuse Coupe du monde. Non, cest un titre majeur quon demande aux Lions de lAtlas de gagner, tout simplement. En ont-ils les moyens ?
Un groupe plus mûr
Il suffit de regarder la composition de léquipe alignée contre la France pour sen rendre compte : il sagit de la même ossature que celle qui nous avait fait rêver en 2004. Youssouf Hadji, Marwane Chamakh, Youssef Mokhtari, Abdeslam Ouaddou, Youssef Safri et Talal El Karkouri sont toujours là. Et même Khalid Fouhami est revenu. Autant dire que le groupe a gagné en maturité. Mieux encore, tous ces joueurs sont titulaires dans leurs clubs. Chamakh - pour ne citer que lui - a enfin digéré son transfert raté à Lyon et sest remis au travail. Et puis, il y a les nouveaux venus dans le groupe. Ils sappellent Soufiane Alloudi, qui ne devrait pas faire de vieux os au Qatar sil joue à son niveau, le revenant Tarik Sektioui, titulaire au FC Porto (leader du championnat portugais et brillant en Champions League), et Michaël Chrétien Basser, une incontestable révélation. Tous les techniciens accordent à cette équipe un potentiel technique plus quintéressant. Contre léquipe de France, puis celle du Sénégal, on a pu apprécier un jeu vif et inspiré. Le quotidien référence, LEquipe, a parlé déquipe séduisante, et Raymond Domenech, le sélectionneur français, dune bonne opposition, qui a obligé le onze français à réagir et à souffrir. Mais il ne sagissait que de matches amicaux, bien sûr, et tenus en France, c'est-à-dire dans de bonnes conditions de jeu. Ce sera probablement aussi le cas au Ghana, où le Maroc jouera sur des terrains flambant neuf. Henri Michel - grand angoissé des conditions de jeu africaines - devrait être rassuré. Autre point positif : le tirage au sort. Certes, nous aurons à affronter le Ghana à domicile, mais il sagira du troisième match de poule. Auparavant, les adversaires du Maroc se nomment Namibie puis Guinée. On connaît limportance du premier match dans ce genre de compétitions. Son résultat détermine fortement la suite des événements. La Namibie ne devrait pas être un obstacle insurmontable et, en cas de victoire dentrée, le Maroc pourra gérer sereinement les matchs suivants.
Un état desprit conquérant
Les joueurs du groupe ont globalement limpression davoir loupé quelque chose en Tunisie. Avec Henri Michel, ils ont retrouvé le sourire. Il nous a redonné la joie de jouer, tout simplement. Il na pas fait de grand discours, juste quelques mots pour nous mettre en confiance. Cest un grand coach, cest sûr, sextasie Abdeslam Ouaddou. Mhamed Fakhir, lui, na jamais pu bénéficier de cette adhésion. Tout dabord parce quil nétait pas soutenu par sa fédération, qui la régulièrement présenté comme un pis-aller. Ensuite parce que son arrivée à deux semaines de la CAN égyptienne a plombé son début de parcours. Henri Michel, lui, est un affectif, un homme qui donne envie aux joueurs de se défoncer pour lui, qui privilégie le spectacle. Rappelez-vous de lépopée française de 1998 : malgré lélimination, malgré la déculottée face au Brésil, le Maroc avait marqué cinq but brillants en trois matchs !
En route pour la joie ?
Une Coupe dAfrique réussie, cest la combinaison de plusieurs éléments. Un état desprit irréprochable, une bonne forme physique, un projet de jeu cohérent
et un peu de chance. La chance, cest la force des grandes équipes. Cest le ballon qui frappe du bon côté du poteau, larbitre qui siffle quand il le faut, les blessures qui ne viennent pas tout ruiner
Bref, cest une culture, celle de la victoire. Je ne me bats pas pour gagner, je me bats contre lidée de perdre, disait Eric Cantona, le philosophe du football. Les Marocains sauront-ils le faire ? Chaque fois quils ont été mis au pied du mur, à deux doigts dun exploit, ils ont failli. On se souvient de la finale de 2004, incroyablement brouillonne, malgré un tournoi réussi. On se souvient aussi du match décisif à Radès, où ils ont mené deux fois au score, avant de se retrouver éliminés de la Coupe du monde 2006. Incontestablement, nous navons pas eu, jusquà présent, une équipe de guerriers, capables de tenir un résultat. Henri Michel a déclaré que la prochaine CAN est un objectif prioritaire, mais la cerise sur le gâteau serait de se qualifier pour la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud. Le principal obstacle entre nous et ce fameux titre continental, cest cette manière de privilégier la Coupe du monde et ses spotlights, aux joutes africaines, longtemps jugées obscures. Cette manière de développer un jeu séduisant face à la France et de sennuyer ferme face au Malawi. Surtout lorsquon est favori. Aux Lions de démontrer quils ont changé : ils ont désormais toutes les cartes en main. |
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Statut. Un faux géant dAfrique ?
Le Ghana accueille sa troisième Coupe dAfrique des nations. Ce pays a été sacré quatre fois, tout comme le Cameroun. LEgypte, elle, a fait encore mieux avec cinq titres continentaux. Face à ces palmarès en or, le Maroc fait pâle figure, avec une unique victoire en 1976 (comme le Soudan ou lEthiopie). Au risque décorner la légende, il faut préciser que cette victoire, acquise en Ethiopie, est venue couronner un petit tournoi sans finale, que les Lions ont conclu par un nul contre la Guinée. Cette formule de championnat na jamais été reconduite par la suite. Autant dire que le Maroc na jamais véritablement justifié son statut déternel favori de la compétition continentale. Le royaume, souvent présenté comme un pays aux infrastructures solides, na organisé le tournoi quà une seule reprise, en 1988, faute de lavoir réclamé plus souvent. Léquipe mythique des Mohamed Timoumi, Abdelmajid Dolmy, Baddou Zaki et consorts sétait inclinée en demi-finale contre le Cameroun. Au niveau mondial, nous avons longtemps été précurseurs, avec la première participation aux huitièmes de finale, au Mondial 1986. Mais depuis, le Cameroun, le Nigeria et le Sénégal ont fait mieux. Ces pays (en plus de la Côte dIvoire et le Mali), ont réussi à placer des joueurs dans les clubs les plus prestigieux dEurope : Didier Drogba (Côte dIvoire / FC Chelsea), Samuel Etoo (Cameroun / FC Barcelone), Mickaël Essien (Ghana / FC Chelsea), Frédéric Kanouté et Seydou Keita (Mali / FC Seville), Mamadou Diarra (Mali/Real Madrid), Kolo Touré (El Wahda) et Emmanuel Eboué (Côte dIvoire / Arsenal FC)
Finalement, le Maroc, malgré des moyens largement supérieurs aux pays dAfrique subsaharienne, na jamais réussi à confirmer sur le terrain sa flatteuse réputation. |
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Propos recueillis par Réda Allali
Interview : Youssouf HaJji et Marouane Chamakh
"On peut battre tout le monde..."
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Marouane Chamakh
et Youssouf Hajji.
(AFP)
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LAS Nancy et les Girondins de Bordeaux, respectivement 2ème et 3ème du championnat de France, réalisent un excellent début de saison. Les Marocains Youssouf Hajji et Marouane Chamakh ny sont pas pour rien, et comptent bien faire profiter les Lions de lAtlas de leur forme actuelle.
Les Marocains rêvent dun titre continental, ont-ils raison dy croire ?
Chamakh : Je crois que oui. On a à peu près le même groupe quen 2004, mais tout le monde a plus dexpérience. On a tous progressé. Beaucoup de choses se sont passées, comme cette élimination en |
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Coupe du monde. Elle sest jouée à un quart dheure près. Ensuite, il y a eu cette Coupe dAfrique où on est tombés dans le groupe de la mort, avec la Côte dIvoire et lEgypte, qui sont arrivées toutes les deux en finale. Tout cela sest joué sur pas grand-chose. Mais vu le groupe et vu létat desprit, je suis confiant.
Hajji : Quand on voit nos matchs amicaux, on a le droit de rêver. On connaît nos qualités, on a des joueurs qui explosent actuellement. Cela me rappelle lavant CAN 2004. Tout le monde est en pleine forme, mais cette fois, on nous attend.
Vous avez une revanche à prendre ?
Hajji : Oui, je le sens comme ça. On a loupé quelque chose. On a fait un bon parcours en 2004, mais on a loupé la CAN 2006 et la qualification pour la Coupe du monde 2006. Dailleurs, je pense quon a été éliminés au Kenya plus quen Tunisie. Aujourdhui, on a lopportunité de rattraper tout ça, on en est conscient.
Que vous a apporté Henri Michel ?
Chamakh : De la sérénité, de la confiance. Il y a une meilleure ambiance dans le groupe, et ça se ressent sur le terrain. Mais attention, on bosse dur. Le préparateur physique ne nous fait pas de cadeau. Et puis, Henri Michel, cest quelquun qui compte. Je me souviens de léquipe de 1998, cest celle qui ma fait rêver.
Hajji : Il nous laisse beaucoup de liberté offensive, il aime le jeu
Quand on a le ballon, on peut permuter, on peut jouer comme on veut. ça tombe bien, parce quon a les joueurs pour ça. Et en phase défensive, cest très rigoureux
Vous vous sentez plus forts aujourdhui quen 2004 ?
Hajji : Je sais quon est plus forts, mais ça va être complètement différent. On a fait deux CAN dans des conditions européennes, en Tunisie et en Egypte. Le Ghana, cest autre chose. Mais nos matchs amicaux me donnent de bonnes raisons despérer.
Marwane, raconte-nous ton faux départ pour Lyon lan passé ?
Chamakh : Cest vrai que je voulais partir jouer la Ligue des Champions, jouer le titre. Et Lyon a insisté plus de trois mois. Aujourdhui, cest digéré, mais la même année, il y a eu la non-qualification pour la Coupe du monde. Pendant un mois, en championnat de France, je ne pensais quà ce match contre la Tunisie à Radès. À la mi-temps, on sest tous regardés en nous disant quon avait fait le plus dur, quon était à 45 minutes de la qualification, quil faut tout donner, quitte à vomir. Il ne nous ont pas fait peur. Cest vrai quils nous avaient bien bougés à Rabat
Mais à Radès, cest eux qui avaient peur.
Passons aux bons souvenirs, le but contre lAlgérie ?
Chamakh : Je me rappelle de tout, surtout du contexte. Je venais darriver, je navais pas saisi limportance de ce match. Lorsquon a appris quon jouait contre lAlgérie, mon téléphone na pas arrêté de sonner, tout le monde me disait que cétait le match à ne pas perdre. Et là, jai compris, et je me suis mis une pression terrible tout seul, la plus grosse de ma vie. Lorsquon perd 1-0, je tape le poteau, je me dis que ça ne rentrera jamais, jen avais déjà les larmes aux yeux. Puis, il y a eu légalisation, la délivrance, un tremblement de terre. Aujourdhui encore, les gens me parlent de ce but, en France comme ici.
Finalement, quest-ce qui pourrait nous arrêter ?
Chamakh : La pression, il faut la gérer correctement. À mon avis, tout peut bien se passer. Lambiance est bonne, il ny a pas de clans.
Hajji : Oui, la seule chose qui me fait peur, cest nous-mêmes, la pression quon peut se mettre tout seuls. On sait quen pleine confiance, on peut battre tout le monde. Alors, il faut jouer en confiance. |
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