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Un dossier de la rédaction
2007. Les sensations fortes
TOP !
Les évènements qui ont fait avancer le Maroc
FLOP !
ceux qui l'ont fait reculer
EUH
ceux dont on ne sait quoi penser, au juste
PSCHITT
et les effets d'annonce qui se sont dégonflés ! |
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Pschitt
Un code de la route (trop) courageux
Avec ses permis à points, ses alcootests et ses amendes à 3000 dirhams, le nouveau code de la route a été un des premiers projets de loi déposé au Parlement en 2007. Il fallait au moins cela, pour prétendre enrayer leffarante mortalité marocaine sur les routes, lune des plus élevées au monde. Depuis le 15 janvier, le ministre des transports Karim Ghellab poussait de toute son énergie pour faire aboutir « son » code. Mais les négociations syndicales lont contraint à faire marche arrière. Malgré sa forte capacité de persuasion et les multiples réunions de sensibilisation quil a dirigées, Ghellab a perdu. Entamée le 3 avril, la grève des transporteurs a fini par bloquer le pays, puis le projet de code, finalement remisé au placard en attente des élections. Reconduit à son poste, Ghellab na pas baissé les armes. Il travaille à une deuxième mouture du projet. Et cette fois, il attendra sans doute le bon timing pour le remettre sur la table. |
Pschitt
Panne de mort
Faudrait surtout pas que ça aille trop vite
Après trois ans de subtiles avancées orchestrées par la société civile, la marche vers labolition de la peine capitale au Maroc semble sêtre engourdie en 2007. Lannée démarrait pourtant fort : début février, le 3ème Congrès mondial contre la peine de mort accordait au royaume une place de choix en tant que probable premier abolitionniste du monde arabe. Dans la bouche de Driss Benzekri, la réforme semblait à portée de main. Sa disparition, un mois après les attentats terroristes davril, a dû infliger un coup à la volonté politique naissante. Un recul ? Peut-être pas. Mais le combat stagne et la contradiction reprend le dessus : en décembre, comme pris de vertige, le Maroc sabstenait de voter une résolution onusienne contre cette sentence, en total porte-à-faux avec son discours jusque là moderniste. Alors que les exécutions y sont suspendues de facto depuis quinze ans, le royaume sest entêté à prononcer cinq nouvelles peines capitales en 2007, hissant à 137 le nombre de pensionnaires du couloir de la mort, dont 5 femmes et 22 salafistes reconnus coupables de terrorisme. Parmi les militants de labolition, on évoque "la pression des pays arabes voisins" contre la réforme. "Les autorités marocaines ne veulent pas donner limpression de prendre linitiative dans la région". Cest pourtant ce quon appellerait du courage politique. |
Pschitt
Ton patrimoine tu déclareras
ou pas !
Le 12 février 2007, une scène surréaliste se joue au Parlement. Appelés à adopter (ou rejeter) un projet de loi les forçant à déclarer leur patrimoine au début et à la fin de leur mandat, les députés
refusent tout net de lexaminer ! Pourquoi ? Parce que, disent-ils, les ministres nont pas la même obligation. Les défenseurs du projet de loi (venu du gouvernement) ont beau répéter que si, quun dahir légiférera ultérieurement sur le cas des ministres, rien à faire. La cacophonie sinstalle, et le projet finit par se faire oublier
avant dêtre finalement adopté quelques mois plus tard, mais avec moult amendements permettant déchapper aux sanctions de la Cour des comptes, en cas denrichissement suspect. Et encore, ce nétait pas assez. En septembre, le Conseil constitutionnel invalide le texte, avant de lamender une nouvelle fois pour y instaurer une plus grande indulgence à légard
de ses propres membres ! Cest donc totalement tronqué de sa dimension répressive, que le projet a été réintroduit au Parlement. Et avec tout ça, lopposition promet de le bloquer encore, tant que les ministres ne seront pas concernés par le texte. Lenrichissement illicite serait-il à ce point généralisé, pour que tout le monde ait si peur de la transparence ? |
Flop
Sexe, injustice et vidéo
En mars, une certaine Rkia Abouali a mis dans son lit le juge Leftah, couché sur vidéo ses aveux de corruption, avant de les distiller aux médias. Les confessions sur loreiller du magistrat meknassi sont devenues autant de preuves à charge contre lappareil judiciaire marocain. Pourtant, malgré les CDs de Rkia, la commission disciplinaire du ministère de la Justice na pas retenu le motif de corruption contre le juge Leftah. Linstance sest contentée de le limoger pour avoir entretenu des relations sexuelles illicites. Lex-maîtresse du magistrat, quant à elle, est poursuivie pour homicide involontaire, trafic de drogue et proxénétisme. Des accusations à lencontre dAbouali, tombées fort à propos, une fois le scandale divulgué en place publique. Ou la vieille rengaine des magistrats juge et partie
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Euh
Terrorisme : on a évité le pire
de justesse !
Cela faisait un mois que le Maroc retenait son souffle. Depuis lexplosion du kamikaze Abdelfattah Raydi, dans un cybercafé de Sidi Moumen, le 11 mars, on savait quune attaque terroriste denvergure était imminente. Restait à en connaître le lieu et la date. Cette terrible course contre la montre entre les services de renseignement et les disciples dAl Qaïda a pris fin le 10 avril à 5 heures du matin quand, au quartier casablancais de Hay El Farah, la police a abattu un kamikaze qui sapprêtait à actionner sa charge explosive. En réplique, le même jour et dans le même quartier, trois autres kamikazes se font exploser. Suivis par deux autres, 4 jours plus tard, en plein centre-ville. Bilan de ce mois cauchemardesque : 7 terroristes morts, plus un courageux officier de police tombé sur le champ dhonneur. Mais, grâce à Dieu, pas de victimes civiles. Parler de succès serait exagéré, mais tout de même
Grâce à un maillage policier très efficace, les terroristes, cernés, pistés, acculés, nont eu dautre choix que de se suicider à lexplosif pour éviter la capture. Soulignons aussi lextraordinaire sursaut civique de la population de Hay El Farah, grâce auquel un terroriste a pu être capturé vivant. |
TOP
Sahara : le Maroc reprend la main
Cela faisait 30 ans que le dossier du Sahara ronronnait dans son impasse. Et soudain, en avril, coup de tonnerre ! Le Maroc rend public un plan dautonomie jugé « constructif » par les Français, « intéressant » par les Espagnols, « crédible et prometteur » par les Américains
Principe : la souveraineté marocaine, mais avec une justice, un gouvernement et un Parlement sahraouis autonomes. Rien de vraiment nouveau, en fait, sauf une chose : la démarche. Pour la première fois depuis le déclenchement du conflit, le Maroc fait preuve de rationalité, et même dhumilité, en affirmant à lavance que son plan nest rien dautre quune « initiative pour la négociation dun statut dautonomie ». Autrement dit, une plate-forme ouverte à la discussion
pourvu que « les autres » acceptent de discuter. LAlgérie et le Polisario, piégés, nont eu dautre choix que de négocier. Depuis, il y a eu 2 rounds à Manhasset (banlieue proche de new York), et un troisième est attendu le 7 janvier 2008. Il faudra sans doute attendre très longtemps avant que la situation se débloque, si elle se débloque un jour. Mais le Maroc est, désormais, en bien meilleure position
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TOP
La famille royale, com tout le monde
Sourires Email Diamant, caftans brodés dor et étoiles plein les yeux : on se croirait dans Paris Match. Mais non ! Invités par le protocole au lendemain de la naissance du second enfant de Mohammed VI Lalla Khadija, les magazines féminins Nissae min al Maghrib et Citadine se sont payés le luxe inédit dun reportage-photo «intimiste» au Palais. Dans les kiosques du royaume, cest la révolution, doublée dun joli coup de pub : la famille royale apparaît unie, attachante, moderne, détendue
presque comme tout le monde, quoi. Que demande le peuple, à part sarracher les deux mensuels féminins qui doublent, voire triplent la mise en écoulant entre 75 000 et 90 000 exemplaires, en deux tirages chacun (car limprimerie manquait de papier !) LEspagnol Ola ! veut racheter des photos, peine perdue : exclusivité nationale, a dit le roi. Mais les textes excessivement mielleux (et validés à lavance par la protocole voire écrits par lui !) font tout de même grincer des dents. Sous couvert de rapprocher la famille royale du peuple, on
la sacralise encore plus ! Même si, in fine, cet exercice na fait que graver dans le marbre limpossibilité de relations presse-monarchie autres que béatement déférentes, il faut quand même applaudir la rupture avec des décennies de boycott de la presse nationale par le Palais
et croiser les doigts pour que cela continue ! |
Top
Hmar ou Bikheer !
Peut-être sera-il oublié en 2008 ? Mais le concept Hmar ou Bikheer (« âne et bien dans ma peau ») aura certainement marqué lannée 2007. Lancé par un trio déjanté formé de Amine Bendriouech (styliste), Achraf El Cohen (créatif dans la pub) et Mohammed Smyej (ingénieur), ce concept-slogan estampillé sur des sportswears a réussi à rallier une partie de la jeunesse marocaine découvrant en même temps, et avec bonheur, militantisme et autodérision. Comme toute mode, la concurrence est arrivée et Hmar ou Bikheer a entamé la pente descendante en cette fin dannée 2007. Pour lui redonner un second souffle, le trio infernal pense déjà à la suite : une ligne de tee-shirts marqués par le slogan un tantinet provocateur « Mouaten Daraja Tania » : citoyen de seconde zone
ou Bikheer ! |
Flop
Majidi spolie les Habous
impunément !
En mai 2007, le secrétaire particulier du roi et président de la toute puissante holding royale SIGER, est pris la main dans le sac. La presse révèle que Mounir Majidi sest servi dans le patrimoine des Habous : il sest payé un terrain de 4 hectares et demi à Taroudant, pour un prix neuf fois inférieur à sa valeur réelle. Cest lépisode (public) le plus ahurissant de la longue histoire de dilapidation des biens Habous. Quelques semaines durant, les Marocains retiennent leur souffle face à la menace dune question orale au Parlement, qui serait posée par le PJD. Laffaire sest finalement soldée par un échange de courriers entre le parti dopposition et le ministère des Habous. Alors que la mise à lécart de Majidi sensée donner un signal fort, enfin, de moralisation de la vie publique au plus haut niveau, était attendue par tous, le concerné
a passé de paisibles vacances aux Etats-Unis avant de revenir occuper son poste, comme si de rien nétait. Confirmation éclatante du maintien en Cour du secrétaire particulier du roi : la présidence du FUS, club de foot rbati chargé dhistoire, quil a décrochée dans les dernières semaines de lannée. Une impunité qui conforte lhypothèse que Majidi, dans cette affaire, nagissait pas pour son propre compte
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Pschitt
Panne de mort
Faudrait surtout pas que ça aille trop vite
Après trois ans de subtiles avancées orchestrées par la société civile, la marche vers labolition de la peine capitale au Maroc semble sêtre engourdie en 2007. Lannée démarrait pourtant fort : début février, le 3ème Congrès mondial contre la peine de mort accordait au royaume une place de choix en tant que probable premier abolitionniste du monde arabe. Dans la bouche de Driss Benzekri, la réforme semblait à portée de main. Sa disparition, un mois après les attentats terroristes davril, a dû infliger un coup à la volonté politique naissante. Un recul ? Peut-être pas. Mais le combat stagne et la contradiction reprend le dessus : en décembre, comme pris de vertige, le Maroc sabstenait de voter une résolution onusienne contre cette sentence, en total porte-à-faux avec son discours jusque là moderniste. Alors que les exécutions y sont suspendues de facto depuis quinze ans, le royaume sest entêté à prononcer cinq nouvelles peines capitales en 2007, hissant à 137 le nombre de pensionnaires du couloir de la mort, dont 5 femmes et 22 salafistes reconnus coupables de terrorisme. Parmi les militants de labolition, on évoque «la pression des pays arabes voisins» contre la réforme. «Les autorités marocaines ne veulent pas donner limpression de prendre linitiative dans la région». Cest pourtant ce quon appellerait du courage politique. |
Top
Tanger Med et Renault mettent le Nord sur orbite
Un méga chantier réalisé dans les délais ! Lexploit mérite dêtre applaudi, dans un Maroc où lon ne compte plus les trains qui arrivent en retard. Le projet Tanger Med, en chantier depuis 2002, est bel et bien devenu réalité. En juillet, son premier quai à conteneurs donné en concession au groupe Maersk est entré en service. Le complexe portuaire intégré devient alors un puissant argument pour attirer les investisseurs internationaux. Le groupe Renault Nissan est le premier à ouvrir le bal. Dès le mois de septembre, il se paye 300 hectares dans la zone franche de Tanger Med pour installer une unité de fabrication de 400 000 voitures la future plus grosse usine Renault dans le monde ! Un investissement prévisionnel de plus dun milliard deuros, et dont leffet dentraînement est déjà phénoménal : à aujourdhui, pas moins de 200 sous-traitants préparent leur installation dans les environs. Et ce nest quun début. Et si lalternative à la drogue et à la misère du Nord était
lindustrie lourde ? |
TOP
Les gendarmes sous le feu des snipers
Juillet 2007, le Maroc découvre Targuist, bourgade rifaine de 12 000 habitants, sur une vidéo postée sur le site de partage Youtube par un mystérieux « Sniper » (cest ainsi quil se surnomme). Armé de son caméscope numérique, ce Robin du web filme, sur un barrage routier, des gendarmes en flagrant délit de corruption. En quelques semaines, la vidéo est visionnée par plus de 500 000 internautes ! Le Sniper de Targuist, en fait un commando dont TelQuel a rencontré les membres cet automne, récidive par un tir groupé de trois autres vidéos. Une initiative saluée par Azeddine Akesbi, Secrétaire général de Transparency Maroc. Partout dans le pays, à Nador comme à Casablanca, la « Snipermania » se répand. Invités par la justice à témoigner dans le cadre de «laffaire des vidéos», les membres du «Commando de Targuist » ont préféré décliner linvitation, « de peur des représailles». A raison : un jeune Targuisti, soupçonné par les gendarme dêtre lauteur des vidéos, avait en effet été kidnappé, avant dêtre torturé. |
Euh
El Himma sort par la porte et revient par la fenêtre
Mais que cherche donc Fouad Ali El Himma ? 5 mois après sa démission (fracassante) du fauteuil de ministre délégué de lIntérieur, 3 mois après son élection (écrasante) au siège de député des Rhamna, 2 mois après sa constitution (fulgurante) du groupe parlementaire « pivot », celui auquel est suspendue la confiance au gouvernement El Fassi
personne ne peut encore dire, au juste, ce que vise lancien (et toujours ?) n°2 du régime. Aurait-il été chargé par Mohammed VI qui le soutient au point de safficher ostensiblement à ses côtés de « noyauter » la très sclérosée classe politique marocaine, jusquà le faire imploser ? Toujours est-il que quelques mois à peine après les élections et alors que le « souffle » El Himma déstabilise profondément la scène politique, 2 vénérables dinosaures partisans (Elyazghi et Aherdane) passent la main. Ceci expliquerait-il cela ? Début de réponse, peut-être, en 2008. |
FLOP
37% de « bons citoyens »
et encore !
Quelle leçon ! Quelle claque ! On savait que le taux de participation serait (avec le score des islamistes) lenjeu majeur des législatives du 7 septembre. Et on savait quil risquait de ne pas être très élevé. Mais à peine 37% des inscrits sur les listes électorales, soit 30% des Marocains en âge de voter desquels il faut encore déduire un bon million dadeptes du vote blanc
cela ne laisse, in fine, quun taux de participation réel de 24%. Voilà donc, à lissue des premières élections irréprochablement transparentes de lhistoire du Maroc, le véritable pourcentage de ceux que le jeu politique intéresse : moins du quart ! Et encore, on ne compte pas tous ceux, innombrables, qui ont été voter pour favoriser le seigneur féodal du coin comme en témoigne la configuration finale du Parlement, encore largement dominé par les « bourazza » et autres notables à peine alphabétisés. Cest clair : pour le citoyen lambda, hors le roi, il ny a pas dhomme politiques dans ce pays. Hélas, ils nont pas tout à fait tort
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Pschitt
Le « raz de marée » na pas eu lieu
Le « raz-de-marée » électoral des islamistes, tant annoncé ? Revenez en 2012 ! Saâdeddine El Othmani devra reporter ses rêves de primature dau moins cinq années, pendant lesquelles le méditera les (cuisantes) leçons des élections. Et elles sont nombreuses : les sondages dopinion ne témoignent que de la réalité (partielle) dun jour, les notables exercent un pouvoir dattraction supérieur à celui des islamistes, la campagne reste hermétique à lislam politique, loffre islamiste est tout aussi balkanisée (PRV, Al Badil, sans parler du « parti » de la Jamaâ de Cheikh Yassine) que celle des autres tendances politiques, etc. 2007 a ramené le PJD sur terre. Aux yeux de tous, cest désormais un parti certes mieux organisé que la moyenne, mais aux dimensions tout de même « normales », et qui aura fort à faire pour réussir, un jour, son échappée en solitaire. |
Euh
El Himma sort par la porte et revient par la fenêtre
Mais que cherche donc Fouad Ali El Himma ? 5 mois après sa démission (fracassante) du fauteuil de ministre délégué de lIntérieur, 3 mois après son élection (écrasante) au siège de député des Rhamna, 2 mois après sa constitution (fulgurante) du groupe parlementaire « pivot », celui auquel est suspendue la confiance au gouvernement El Fassi
personne ne peut encore dire, au juste, ce que vise lancien (et toujours ?) n°2 du régime. Aurait-il été chargé par Mohammed VI qui le soutient au point de safficher ostensiblement à ses côtés de « noyauter » la très sclérosée classe politique marocaine, jusquà le faire imploser ? Toujours est-il que quelques mois à peine après les élections et alors que le « souffle » El Himma déstabilise profondément la scène politique, 2 vénérables dinosaures partisans (Elyazghi et Aherdane) passent la main. Ceci expliquerait-il cela ? Début de réponse, peut-être, en 2008. |
Pschitt
Ton patrimoine tu déclareras
ou pas !
Le 12 février 2007, une scène surréaliste se joue au Parlement. Appelés à adopter (ou rejeter) un projet de loi les forçant à déclarer leur patrimoine au début et à la fin de leur mandat, les députés
refusent tout net de lexaminer ! Pourquoi ? Parce que, disent-ils, les ministres nont pas la même obligation. Les défenseurs du projet de loi (venu du gouvernement) ont beau répéter que si, quun dahir légiférera ultérieurement sur le cas des ministres, rien à faire. La cacophonie sinstalle, et le projet finit par se faire oublier
avant dêtre finalement adopté quelques mois plus tard, mais avec moult amendements permettant déchapper aux sanctions de la Cour des comptes, en cas denrichissement suspect. Et encore, ce nétait pas assez. En septembre, le Conseil constitutionnel invalide le texte, avant de lamender une nouvelle fois pour y instaurer une plus grande indulgence à légard
de ses propres membres ! Cest donc totalement tronqué de sa dimension répressive, que le projet a été réintroduit au Parlement. Et avec tout ça, lopposition promet de le bloquer encore, tant que les ministres ne seront pas concernés par le texte. Lenrichissement illicite serait-il à ce point généralisé, pour que tout le monde ait si peur de la transparence ? |
EUH
Abbas Premier ministre : quen penser ?
« Confier le gouvernement au chef du parti arrivé en tête aux élections a un avantage : ça fait croire les Marocains que leur vote sert à quelque chose ». Voilà donc le premier (et dernier) argument en faveur de la nomination de Abbas El Fassi au poste de Premier ministre. Eh oui, cest révélateur dune certaine logique démocratique, et il en faut en créditer Mohammed VI, qui la nommé à ce poste le 19 septembre. Pour le reste, on a beau chercher, la nomination de M. El Fassi na que des inconvénients. Car il représente tout ce avec quoi le Maroc serait bien inspiré de rompre : une vision passéiste de la politique, fondée une absence totale de courage et dinitiative, et une allégeance inconditionnelle au trône, qui confine souvent à la servilité. Même la formation de son propre gouvernement lui a échappé, sans quil songe une seconde à protester ! Que dire alors du travail de « son » équipe, sur lequel
il ne se prononce quasiment jamais ! Avec Abbas, le Maroc inaugure une nouvelle ère : celle du « Premier ministre sans portefeuille ». |
Euh
El Himma sort par la porte et revient par la fenêtre
Mais que cherche donc Fouad Ali El Himma ? 5 mois après sa démission (fracassante) du fauteuil de ministre délégué de lIntérieur, 3 mois après son élection (écrasante) au siège de député des Rhamna, 2 mois après sa constitution (fulgurante) du groupe parlementaire « pivot », celui auquel est suspendue la confiance au gouvernement El Fassi
personne ne peut encore dire, au juste, ce que vise lancien (et toujours ?) n°2 du régime. Aurait-il été chargé par Mohammed VI qui le soutient au point de safficher ostensiblement à ses côtés de « noyauter » la très sclérosée classe politique marocaine, jusquà le faire imploser ? Toujours est-il que quelques mois à peine après les élections et alors que le « souffle » El Himma déstabilise profondément la scène politique, 2 vénérables dinosaures partisans (Elyazghi et Aherdane) passent la main. Ceci expliquerait-il cela ? Début de réponse, peut-être, en 2008. |
Euh
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Et la lumière ne fut plus
Cest une anecdote, mais il faut croire quil y en a des marquantes. Le 12 octobre, jour de la cérémonie douverture du Parlement, une panne délectricité a plongé lhémicycle dans le noir alors que Mohammed VI y entamait son allocution télévisée en direct. La coupure de courant, qui a duré à peine 2 minutes 12 secondes, en a pourtant dit long sur les rapports de pouvoir entre le roi et ses sujets. Le couac, anodin en temps normal, a entraîné un vent de panique générale à la SNRT et à la Redal, société chargée déclairer Rabat : un roi plongé dans lobscurité, cest presque un crime de lèse-majesté. Les réactions des députés ont été tout aussi éclairantes. Mohammed VI, en attendant le retour de la lumière, a demandé à un fqih de lire une sourate du Coran. Les parlementaires ont trouvé lidée de lintermède religieux si lumineuse quils ont applaudi le roi à tout rompre. Au lieu de se poser la bonne question : pourquoi le groupe électrogène de secours du Parlement était-il hors service ? |
Top
Sept femmes ministres !
Jamais il ny a eu autant de femmes au gouvernement ! Elles sont sept (5 ministres et 2 secrétaires dEtat) à incarner la principale, sinon lunique avancée réellement démocratique de ce gouvernement du 15 octobre. Parmi les nouvelles venues, une révélation : la célèbre comédienne Touria Jebrane, dont la dimension « une femme du peuple au pouvoir » a ravi certains, mais dont la totale inexpérience de la chose publique en a choqué tout autant. Alors que les revenantes Nawal El Moutawakil et Amina Benkhadra ont déjà fait leurs preuves (elles ont été ministres de Hassan II en1997) et sapprêtent à secouer le cocotier à nouveau, Latifa Akherbach, Nouzha Sqalli et Latifa El Abida récoltent, elles, le fruit de leur longue immersion, à la fois dans la fonction publique et la société civile. Quant à Yasmina Baddou (reconduite au gouvernement avec un meilleur poste, celui de la santé), elle confirme tout le bien quon pensait delle et a entamé son mandat par quelques déclarations fracassantes sur la corruption en milieu hospitalier. Bon vent Mesdames ! |
FLOP
Linquiétant essor du hooliganisme
Mi-octobre, le derby opposant les deux grands clubs de foot casablancais du Raja et du Wac se soldait par un triste bilan : un mort, 150 bus saccagés, un stade flambant neuf dévasté, 30 personnes appréhendées
Un « classico », désormais, car partout au Maroc, la violence à lintérieur et hors des stades sest installée, pour ne pas dire banalisée. « Concernant les actes de vandalismes, on peut clairement parler de Hooliganisme au Maroc, même si, contrairement aux casseurs étrangers, les nôtres ne sont pas organisés », déclare ce dirigeant au sein de la Botola (championnat marocain). Organisée ou pas, la déferlante humaine qui sest abattue sur Casablanca après cette rencontre a défiguré les artères avoisinant le complexe Mohammed V (fermé depuis). Et limportant dispositif de sécurité (quelques 1500 policiers) na rien pu contre. |
Pschitt
Les juges, ha houma ! Les accusés, fina houma ?
Effets dannonce, puis coups dépées dans leau
les juges français Patrick Ramaël et espagnol Baltazar Garzon ont émis des convocations et/ou des mandats darrêt pour le moment sans effet, qui ne font que masquer limpasse dans laquelle se trouvent les dossiers dont ils ont la charge : laffaire Benbarka pour le premier, les violations des droits de lhomme au Sahara pour le second. Les « stars » ciblées par les juges sont au mieux hors datteinte (cas de Housni Benslimane), au pire injustement pointées du doigt (cas de Yassine Mansouri). Les fuites parvenues, précipitamment, des cabinets des juges dinstruction, nauront servi quà alimenter les manchettes de la presse et à jeter un trouble sur les méthodes employées par les deux hommes. Sans plus. |
TOP
Coup de foudre au stade de France
Ce nétait quun match amical, mais quel match ! Le 17 novembre, les Lions de lAtlas ont tenu la dragée haute aux vice-champions du monde français et, dun coup, réconcilié les Marocains avec leur équipe nationale de football, qui na guère brillé depuis la finale 2004 de la Coupe dAfrique des Nations (CAN). Durant ces 90 minutes qui se sont soldées par un plus quhonorable match nul (deux partout), les poulains dHenri Michel se sont montrés créatifs, déroutants, solidaires, pugnaces. Neût été une erreur flagrante du gardien Lamyaghri (à lorigine du second but français), le Maroc aurait même pu gagner ! Etonnés tout autant que les Marocains, les commentateurs sportifs des nombreuses chaînes qui ont diffusé la rencontre ont unanimement loué le « très haut niveau » de notre onze national. Cerise sur le gâteau : ce jour-là, les 80.000 sièges du stade de France, une des plus grandes arènes sportives mondiales, a été submergés par les Marocains, très largement majoritaires. Au point où lentraîneur français Raymond Domenech, dépité, a lâché que le Maroc avait joué « à domicile » ! |
FLOP
Chasse à lhomo à Ksar El Kebir
Tout a commencé fin novembre par
une parade. Une parade festive et musicale, escortée en dansant par quelques centaines dhabitants de Ksar El Kebir, et à lissue de laquelle un taureau a été égorgé sous les youyous par un homme vêtu en femme, pour « honorer » on ne sait plus quel saint. Rien que de très habituel dans un Maroc encore très largement imprégné par les rites maraboutiques de toutes sortes. Mais la rumeur, attisée par divers groupes islamistes avant dêtre crédibilisée par Al Massae, le quotidien à plus fort tirage du pays, a vite transformé cette fête inoffensive, qui sest poursuivie le lendemain dans un cadre privé (jusquà ce que Youtube sen mêle) en « mariage homosexuel ». Et les foules se sont déchaînées, dans ce qui est devenu une gigantesque « chasse à lhomo » avec émeutes, pillages et destructions de biens privés. On a échappé de peu au lynchage ! La pression de la rue était telle que les autorités, pour calmer les foules, ont relâché les manifestants pris en flagrant délit de violence et
ont emprisonné, puis condamné 6 hommes, sans preuve, pour homosexualité ! Un choc, mais peut-être salutaire, car il pourrait mobiliser en réaction tous ceux qui militent pour une reconnaissance du concept nouveau (au Maroc) de « liberté individuelle ». A suivre
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FLOP
Tanger 2012 : encore raté !
Après ses trois tentatives infructueuses dabriter le mondial de football, le Maroc a vu glisser entre ses doigts lexposition internationale de 2012. Le 26 novembre dernier, le bureau international des expositions (BIE), a préféré à Tanger la sud coréenne Yeosu. Lévènement, qui doit attirer quelques six millions de touristes, aurait pu être un catalyseur pour le développement du Nord. Dautant plus quaprès lannonce de la candidature tangéroise, dont lidée revient à Mohammed VI, nos chances de gagner semblaient sérieuses : la presse internationale ne tarissait pas déloges sur Tanger, de nombreux pays et personnalités internationales nous soutenaient publiquement, la délégation dinspection du BIE en visite au Maroc se disait même impressionnée par la « qualité » de notre dossier
Las ! En matière de lobbying international, le Maroc a encore manifestement des choses à apprendre. |
Top
Coup de balai au palais royal.
En 2006, laffaire du « vol de vaisselle royale » avait déjà donné le ton. Désormais, le Palais allait laver son linge sale en public et recourir, en cas de besoin, à la justice. Preuve en sera faite à la fin 2007. Courant décembre, une vingtaine daccusés dans une complexe affaire de détournements de dons royaux sont traduits devant le tribunal de première instance de Rabat. Parmi eux, plusieurs escrocs notoires, mais également des membres du personnel du palais royal dont un officier de la gendarmerie, un majordome et le garde du corps dune princesse. Laffaire, en cours de jugement, donne lieu à un déballage public des plus instructifs et les Marocains peuvent enfin jeter un coup dil derrière le voile, parfois sombre, qui recouvre le « système des palais ». |
Pschitt
Après la qawma
la ghabra* !
Cheikh Yassine lavait prédit, ses hommes lattendaient avec ferveur. Mais la qawma (le soulèvement populaire) na pas eu lieu en 2006. Après avoir crié au loup, Al Adl Wal Ihsane a semble-t-il revu ses ambitions à la baisse, allant jusquà envisager de participer au jeu politique, longtemps boudé par le mouvement. Le cercle politique de la Jamaâ a appelé les cadres de lassociation à élaborer leurs programmes politiques, qui ne devraient servir, au mieux, quen 2012. En 2007, la Jamaâ, prise dans un étroit (et courtois) étau de surveillance policière, a tout juste réussi à ne pas se faire oublier en publiant, de loin en loin, quelques « missives » bien senties adressées au Palais. Mais ça nimpressionne plus grand monde et Yassine, bientôt 80 ans et toujours sans successeur clairement désigné, est de plus en plus malade...
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FLOP
Mauvaise année pour la presse
Dès janvier, 2007 annonçait sa couleur : noire. A peine Nichane, lancé quatre mois plus tôt, était-il cloué au pilori pour avoir enquêté sur ce qui fait rire les Marocains (deux mois dinterdiction et trois ans de prison avec sursis pour Driss Ksikes et Sanaa El Aji), quAboubakr Jamaï démissionnait de la direction du Journal hebdomadaire, pour lui épargner trois millions de dirhams damende. De quoi valoir au royaume, en juin, un rapport incendiaire du Comité pour la protection des journalistes (CPJ). Quimporte : un mois plus tard, le journaliste dAl Watan al An Mustapha Hormatallah est condamné à huit mois de prison ferme (sept en appel) pour «recel de documents obtenus à laide dun crime» à cause dun dossier sur létat dalerte anti-terroriste, incluant une note bien anodine de la DGST. Puis vient la fameuse accusation de «manquement du respect dû au roi», adressée à Ahmed Benchemsi en réponse à un édito sur le discours du trône, dans la foulée dune double saisie/destruction des magazines Nichane et TelQuel (le procès a été repoussé au
19 mars 2008 !). Comme quoi larticle 41, arme secrète du code de la presse et ennemi juré de la presse indépendante, fonctionne toujours aussi bien. Malgré quelques aménagements positifs, la réforme en cours prend bien soin de ménager les aspects les plus vagues et répressifs du texte. A la veille des élections, Reporters Sans Frontières confie son impression davoir été « roulé dans la farine » : «Le Maroc (moins neuf places dans le classement 2007 de lONG) est sur une pente dangereuse. Et vous en portez la responsabilité», écrit Robert Ménard au roi, lui rappelant les mots de son grand-père : « le commentaire est libre ». |
Flop
Les athlètes marocains essoufflés
Mais quest-il donc arrivé à lathlétisme marocain ? Depuis le départ en retraite des terreurs du tartan quétaient Hicham El Guerrouj, Brahim Boulami ou Nezha Bidouane, cette discipline qui a valu au Maroc la quasi-totalité de ses médailles olympiques et titres mondiaux des 10 dernières années, semble en effet en perdition. Neût été le maigre lot de consolation des jeux panarabes du Caire, où les athlètes marocains sont allés faire leur baroud dhonneur, en novembre, face à des concurrents guère reluisants, le palmarès 2007 aurait été tout simplement catastrophique. Unique lueur : la médaille dargent assortie dune place de vice-championne du monde sur 800 mètres, arrachée par la brave Hasna Benhassi durant les mondiaux dathlétisme dOsaka
Vite, vite la relève ! |
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Elyazghi-Osman-Aherdane : trois départs, un espoir
Ils ont fini par lâcher prise. Les trois doyens de la classe politique ont été poussés à la porte parce que les partis quils dirigeaient (presque) sans partage, ne voulaient plus deux.
Cest la preuve, enfin, quen politique aussi, il arrive que des hommes atteints par la limite dâge, mis en minorité, impopulaires, optent pour le plus simple : partir. Mohamed Elyazghi, Mahjoubi Aherdane, et Ahmed Osman donnent à leurs formations respectives (USFP, MP, RNI : trois partis qui boxent dans la catégorie des poids-lourds) une chance de sortir de crises internes qui menaçaient jusquà leur existence. Les trois départs sont un bien pour un mal. Le signe, peut-être, qui enclenchera le rajeunissement de la classe politique souhaité par tous : les bases, la société civile, le pouvoir. Enfin ! |
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Lislam marocain en chiffres
Fascinant. Ainsi peut-on qualifier, sans exagération aucune, le travail extrêmement documenté que nous a servi, fin décembre, la « dream team académique » composée des Pr. Mohamed El Ayadi, Hassan Rachik et Mohamed Tozy, au sujet des pratiques religieuses des Marocains*. Pour la première fois, des chiffres sont mis sur des comportements, et les enseignements quon en tire sont plus quédifiants (voir TelQuel n°301). En gros : cest dans son rapport à lislam que la tant décriée schizophrénie sociale marocaine trouve son meilleur terrain dépanouissement. Tout, on peut tout déduire de ces chiffres : que les Marocains sont tolérants et ouverts sur lautre, tout en étant intolérants et repliés sur eux-mêmes, quils aspirent à une sorte de « pureté » religieuse tout en saccommodant dune réalité sociale laïque qui ne dit pas son nom, quils sont attirés par lintégrisme tout en sen méfiant, etc. Fascinant, on vous dit !
* Lislam au quotidien, enquête sur les valeurs et les pratiques religieuses au Maroc, Editions prologues
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CIAO !
Ils nous ont quittés en 2007
Alifi Hafid
Bye bye Boogie !
Il consacrait le gros de son maigre salaire de fonctionnaire à la RTM à la musique. Alifi Hafid achetait, recommandait, disques, magazines, livres... pour s'imprégner de la culture rock qu'il a tant aimée. Il rendait deux heures de ce plaisir à ses auditeurs, religieusement accrochés à leurs transistors le temps d'une émission, Boogie, de 6 à 8 h (du soir). Boogie et ses sound power, best of the old, coin de la country, etc. Le régal intégral, bien avant l'heure du téléchargement gratuit et de la musique facile. Musiciens et amateurs, ils sont nombreux à se revendiquer aujourd'hui de son héritage et à lui devoir, forcément, quelque chose. Adieu Boogie, Alifi, merci pour tout. |
Driss Chraïbi
Un grand est parti
Il est mort à 81 ans, loin de son pays, dans un hôpital de Crest, en France. Driss Chra¨bi est parti dans la simplicité et cela lui va bien parce qu'il détestait le faste. Aux mondanités des salons littéraires, il préférait les balades avec les gens du peuple. C'est pour cela que ses livres se démarquent toujours par leur puissante authenticité. Une vérité sans fard qui lui a valu une réputation d'écrivain anarchiste, alors qu'il ne faisait que tendre un miroir à la face des Marocains, bien avant tout le monde. Jusqu'à aujourd'hui, son uvre majeure, Le Passé simple (l'histoire d'un jeune Marocain qui doit tuer le père pour vivre enfin libre) reste aussi forte que
d'actualité ! Driss Chraïbi a publié une vingtaine de romans et récits. Sans doute le plus grand écrivain francophone marocain du XXème siècle, il a été le premier à aborder les thèmes de l'oppression paternelle, de l'émancipation de la femme, du déchirement de l'émigré
Un grand homme est parti. |
Driss Benzekri
La révolution tranquille
Les milliers de personnes qui ont accompagné son cortège funèbre jusqu'à sa dernière demeure, en ce beau jour du printemps 2007, ne s'y sont pas trompés : l'enfant d'Aït Ouahi, mort à 57 ans, était un grand homme. 17 longues années de détention (1974-1991) ne sont pas arrivées à lui faire perdre son sourire, ni sa foi en ce Maroc qu'il a tant servi. Driss Benzekri, tour à tour aux commandes du Forum vérité et justice, de l'Instance équité et réconciliation et du Comité consultatif des droits de l'homme, a été l'homme de la réconciliation (des Marocains avec l'ère Hassan II), de la passation de témoin entre les deux règnes, de l'ancrage de la culture des droits de l'homme dans l'esprit de Monsieur tout le monde. Même si ses recommandations attendent, pour les plus révolutionnaires, d'être traduites dans la réalité, l'ancien opposant est entré dans l'Histoire du Maroc. Sans jamais élever la voix, sans perdre le sourire qui illuminait son visage, même au plus fort de la maladie. |
Abderrahim Bargach
Toque basse
Lors du dernier Festival de cinéma de Marrakech, le public n'a pas applaudi Bargach à son apparition à l'écran dans Whatever Lola Wants de Nabyl Ayouch. La salle a failli à la tradition par respect pour le comédien décédé quelques jours plus tôt, le 5 décembre, des suites d'une longue maladie. Gastronome hors pair, Bargach était devenu un intime des Marocains grâce à la petite lucarne où il a animé, dans les années 80, les émissions culinaires Walima et Ma'ida. Le cordon bleu de la télévision marocaine troquait aussi, à l'occasion, ses fourneaux pour la fiction. Bargach était devenu comédien sur le tard, participant au succès d'A la recherche du mari de ma femme et de la sitcom Ana, khouya ou mratou de Saïd Naciri. L'homme avait un coup de fourchette légendaire et, facette moins connue du grand public, une plume acérée qu'il a mise au service de titres prestigieux comme Le Monde. |
Rajaa Belmlih
Du talent et du cur
Elle aura été l'exception. Depuis Ya jara wadina qui l'a propulsée au devant de la scène, Rajaa Belmlih a incarné deux valeurs aussi rares que remarquables : l'authenticité, qui lui a permis de rester marocaine même dans les pays du pétrodollar, et la modernité, qui a fait de son répertoire l'un des meilleurs de tout le monde arabe. Belle, pudique, naturelle, son talent était aussi évident que ses qualités humaines, loin, loin du cliché de la jeune chanteuse attirée par l'argent et prête à tout pour se faire une place au soleil. Rajaa Belmlih, tout le monde la respectait. Rien d'étonnant à ce que Driss Jettou, dans l'un de ses derniers (et plus beaux) gestes de Premier ministre, ait pris la peine de se rendre au domicile des Belmlih, dès l'annonce de la terrible nouvelle. |
Mohamed Bouzoubâa
Fatale retraite
Le 16 novembre 2007, Mohamed Bouzoubâa décédait à Rabat des suites d'un méchant cancer. L'ancien ministre de la Justice venait à peine d'entamer sa retraite après la nomination du gouvernement El Fassi, une semaine plus tôt. Membre fondateur de l'UNFP, de l'USFP et de l'OMDH, Maître Bouzoubâa a également assumé la fonction de secrétaire général de l'UNEM. En 1998, il est nommé ministre chargé des Relations avec le Parlement. Mais c'est surtout en tant que ministre de la Justice qu'il a fait parler de lui. Marqué par plusieurs affaires de corruption de magistrats et par la multiplication des poursuites contre des journalistes, son mandat comporte aussi quelques rares éclaircies. La plus notable : sa fameuse sortie d'août 2003, dans laquelle il se déclarait fermement en faveur de l'abolition de la peine de mort. |
Driss Basri
Mort et enterré
avec ses secrets
Le 27 août, décédé à l'âge de 69 ans dans un hôpital à Paris, Driss Basri finit par rejoindre dans l'au-delà son mentor Hassan II. C'est donc finalement dans un cercueil qu'il est rentré au Maroc, après un exil parisien qui aura duré près de 4 ans. Exil durant lequel l'acteur principal et témoin privilégié des années de plomb n'a cessé de menacer d'ouvrir sa boîte de Pandore. Durant les 25 ans qu'il a passés comme bras droit de Hassan II, Basri avait largement eu le temps de collectionner les secrets d'Etat sur la face obscure de l'histoire du Maroc, avant son éviction en 1999. Mais il n'est jamais passé au confessionnal, et ses secrets ont apparemment été enterrés avec lui. Ses obsèques (à peine) officielles, il les doit à son dernier souhait d'être enterré dans son fief de Settat. Raté, une ultime fois. Pour éviter de faire de son caveau un lieu de pèlerinage, le régime lui a concédé une fosse au cimetière des Chouhada à Rabat
où reposent - tout de même - les plus grandes figures du royaume. |
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