CAN 2008. Des raisons d'y croire...
2007. Les sensations fortes
Politique. Sondomania sur le Net
Tendance. Poker fever
Société. Les derniers polygames
Portrait. Expert ès Sports
Loisirs. Les Yamakasi marocains
Histoire. Lalla Aïcha, La princesse nationaliste
Monde
Joaillerie. Le "made in Morocco" se rebiffe
Cinéma. Mon festival à moi
Islam. Les dix livres maudits
Best of. 40 ans de cinéma marocain
N° 304-305
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Un dossier de la rédaction

2007. Les sensations fortes

(DR)

TOP !
Les évènements qui ont fait avancer le Maroc…
FLOP !
… ceux qui l'ont fait reculer…
EUH…
… ceux dont on ne sait quoi penser, au juste…
PSCHITT
… et les effets d'annonce qui se sont dégonflés !


Pschitt
Un code de la route (trop) courageux

Avec ses permis à points, ses alcootests et ses amendes à 3000 dirhams, le nouveau code de la route a été un des premiers projets de loi déposé au Parlement en 2007. Il fallait au moins cela, pour prétendre enrayer l’effarante mortalité marocaine sur les routes, l’une des plus élevées au monde. Depuis le 15 janvier, le ministre des transports Karim Ghellab poussait de toute son énergie pour faire aboutir « son » code. Mais les négociations syndicales l’ont contraint à faire marche arrière. Malgré sa forte capacité de persuasion et les multiples réunions de sensibilisation qu’il a dirigées, Ghellab a perdu. Entamée le 3 avril, la grève des transporteurs a fini par bloquer le pays, puis le projet de code, finalement remisé au placard en attente des élections. Reconduit à son poste, Ghellab n’a pas baissé les armes. Il travaille à une deuxième mouture du projet. Et cette fois, il attendra sans doute le bon timing pour le remettre sur la table.


Pschitt
Panne de mort

Faudrait surtout pas que ça aille trop vite… Après trois ans de subtiles avancées orchestrées par la société civile, la marche vers l’abolition de la peine capitale au Maroc semble s’être engourdie en 2007. L’année démarrait pourtant fort : début février, le 3ème Congrès mondial contre la peine de mort accordait au royaume une place de choix en tant que probable premier abolitionniste du monde arabe. Dans la bouche de Driss Benzekri, la réforme semblait à portée de main. Sa disparition, un mois après les attentats terroristes d’avril, a dû infliger un coup à la volonté politique naissante. Un recul ? Peut-être pas. Mais le combat stagne et la contradiction reprend le dessus : en décembre, comme pris de vertige, le Maroc s’abstenait de voter une résolution onusienne contre cette sentence, en total porte-à-faux avec son discours jusque là moderniste. Alors que les exécutions y sont suspendues de facto depuis quinze ans, le royaume s’est entêté à prononcer cinq nouvelles peines capitales en 2007, hissant à 137 le nombre de pensionnaires du couloir de la mort, dont 5 femmes et 22 salafistes reconnus coupables de terrorisme. Parmi les militants de l’abolition, on évoque "la pression des pays arabes voisins" contre la réforme. "Les autorités marocaines ne veulent pas donner l’impression de prendre l’initiative dans la région". C’est pourtant ce qu’on appellerait du courage politique.


Pschitt
Ton patrimoine tu déclareras… ou pas !
Le 12 février 2007, une scène surréaliste se joue au Parlement. Appelés à adopter (ou rejeter) un projet de loi les forçant à déclarer leur patrimoine au début et à la fin de leur mandat, les députés… refusent tout net de l’examiner ! Pourquoi ? Parce que, disent-ils, les ministres n’ont pas la même obligation. Les défenseurs du projet de loi (venu du gouvernement) ont beau répéter que si, qu’un dahir légiférera ultérieurement sur le cas des ministres, rien à faire. La cacophonie s’installe, et le projet finit par se faire oublier… avant d’être finalement adopté quelques mois plus tard, mais avec moult amendements permettant d’échapper aux sanctions de la Cour des comptes, en cas d’enrichissement suspect. Et encore, ce n’était pas assez. En septembre, le Conseil constitutionnel invalide le texte, avant de l’amender une nouvelle fois pour y instaurer une plus grande indulgence à l’égard… de ses propres membres ! C’est donc totalement tronqué de sa dimension répressive, que le projet a été réintroduit au Parlement. Et avec tout ça, l’opposition promet de le bloquer encore, tant que les ministres ne seront pas concernés par le texte. L’enrichissement illicite serait-il à ce point généralisé, pour que tout le monde ait si peur de la transparence ?


Flop
Sexe, injustice et vidéo

En mars, une certaine Rkia Abouali a mis dans son lit le juge Leftah, couché sur vidéo ses aveux de corruption, avant de les distiller aux médias. Les confessions sur l’oreiller du magistrat meknassi sont devenues autant de preuves à charge contre l’appareil judiciaire marocain. Pourtant, malgré les CDs de Rkia, la commission disciplinaire du ministère de la Justice n’a pas retenu le motif de corruption contre le juge Leftah. L’instance s’est contentée de le limoger pour avoir entretenu des relations sexuelles illicites. L’ex-maîtresse du magistrat, quant à elle, est poursuivie pour homicide involontaire, trafic de drogue et proxénétisme. Des accusations à l’encontre d’Abouali, tombées fort à propos, une fois le scandale divulgué en place publique. Ou la vieille rengaine des magistrats juge et partie…


Euh…
Terrorisme : on a évité le pire… de justesse !

Cela faisait un mois que le Maroc retenait son souffle. Depuis l’explosion du kamikaze Abdelfattah Raydi, dans un cybercafé de Sidi Moumen, le 11 mars, on savait qu’une attaque terroriste d’envergure était imminente. Restait à en connaître le lieu et la date. Cette terrible course contre la montre entre les services de renseignement et les disciples d’Al Qaïda a pris fin le 10 avril à 5 heures du matin quand, au quartier casablancais de Hay El Farah, la police a abattu un kamikaze qui s’apprêtait à actionner sa charge explosive. En réplique, le même jour et dans le même quartier, trois autres kamikazes se font exploser. Suivis par deux autres, 4 jours plus tard, en plein centre-ville. Bilan de ce mois cauchemardesque : 7 terroristes morts, plus un courageux officier de police tombé sur le champ d’honneur. Mais, grâce à Dieu, pas de victimes civiles. Parler de succès serait exagéré, mais tout de même… Grâce à un maillage policier très efficace, les terroristes, cernés, pistés, acculés, n’ont eu d’autre choix que de se suicider à l’explosif pour éviter la capture. Soulignons aussi l’extraordinaire sursaut civique de la population de Hay El Farah, grâce auquel un terroriste a pu être capturé vivant.


TOP
Sahara : le Maroc reprend la main

Cela faisait 30 ans que le dossier du Sahara ronronnait dans son impasse. Et soudain, en avril, coup de tonnerre ! Le Maroc rend public un plan d’autonomie jugé « constructif » par les Français, « intéressant » par les Espagnols, « crédible et prometteur » par les Américains… Principe : la souveraineté marocaine, mais avec une justice, un gouvernement et un Parlement sahraouis autonomes. Rien de vraiment nouveau, en fait, sauf une chose : la démarche. Pour la première fois depuis le déclenchement du conflit, le Maroc fait preuve de rationalité, et même d’humilité, en affirmant à l’avance que son plan n’est rien d’autre qu’une « initiative pour la négociation d’un statut d’autonomie ». Autrement dit, une plate-forme ouverte à la discussion… pourvu que « les autres » acceptent de discuter. L’Algérie et le Polisario, piégés, n’ont eu d’autre choix que de négocier. Depuis, il y a eu 2 rounds à Manhasset (banlieue proche de new York), et un troisième est attendu le 7 janvier 2008. Il faudra sans doute attendre très longtemps avant que la situation se débloque, si elle se débloque un jour. Mais le Maroc est, désormais, en bien meilleure position…


TOP
La famille royale, com’ tout le monde…

Sourires Email Diamant, caftans brodés d’or et étoiles plein les yeux : on se croirait dans Paris Match. Mais non ! Invités par le protocole au lendemain de la naissance du second enfant de Mohammed VI Lalla Khadija, les magazines féminins Nissae min al Maghrib et Citadine se sont payés le luxe inédit d’un reportage-photo «intimiste» au Palais. Dans les kiosques du royaume, c’est la révolution, doublée d’un joli coup de pub : la famille royale apparaît unie, attachante, moderne, détendue… presque comme tout le monde, quoi. Que demande le peuple, à part s’arracher les deux mensuels féminins qui doublent, voire triplent la mise en écoulant entre 75 000 et 90 000 exemplaires, en deux tirages chacun (car l’imprimerie manquait de papier !) L’Espagnol Ola ! veut racheter des photos, peine perdue : exclusivité nationale, a dit le roi. Mais les textes excessivement mielleux (et validés à l’avance par la protocole – voire écrits par lui !) font tout de même grincer des dents. Sous couvert de rapprocher la famille royale du peuple, on… la sacralise encore plus ! Même si, in fine, cet exercice n’a fait que graver dans le marbre l’impossibilité de relations presse-monarchie autres que béatement déférentes, il faut quand même applaudir la rupture avec des décennies de boycott de la presse nationale par le Palais… et croiser les doigts pour que cela continue !


Top
Hmar ou Bikheer !

Peut-être sera-il oublié en 2008 ? Mais le concept Hmar ou Bikheer (« âne et bien dans ma peau ») aura certainement marqué l’année 2007. Lancé par un trio déjanté formé de Amine Bendriouech (styliste), Achraf El Cohen (créatif dans la pub) et Mohammed Smyej (ingénieur), ce concept-slogan estampillé sur des sportswears a réussi à rallier une partie de la jeunesse marocaine découvrant en même temps, et avec bonheur, militantisme et autodérision. Comme toute mode, la concurrence est arrivée et Hmar ou Bikheer a entamé la pente descendante en cette fin d’année 2007. Pour lui redonner un second souffle, le trio infernal pense déjà à la suite : une ligne de tee-shirts marqués par le slogan un tantinet provocateur « Mouaten Daraja Tania » : citoyen de seconde zone… ou Bikheer !


Flop
Majidi spolie les Habous… impunément !

En mai 2007, le secrétaire particulier du roi et président de la toute puissante holding royale SIGER, est pris la main dans le sac. La presse révèle que Mounir Majidi s’est servi dans le patrimoine des Habous : il s’est payé un terrain de 4 hectares et demi à Taroudant, pour un prix neuf fois inférieur à sa valeur réelle. C’est l’épisode (public) le plus ahurissant de la longue histoire de dilapidation des biens Habous. Quelques semaines durant, les Marocains retiennent leur souffle face à la menace d’une question orale au Parlement, qui serait posée par le PJD. L’affaire s’est finalement soldée par un échange de courriers entre le parti d’opposition et le ministère des Habous. Alors que la mise à l’écart de Majidi sensée donner un signal fort, enfin, de moralisation de la vie publique au plus haut niveau, était attendue par tous, le concerné… a passé de paisibles vacances aux Etats-Unis avant de revenir occuper son poste, comme si de rien n’était. Confirmation éclatante du maintien en Cour du secrétaire particulier du roi : la présidence du FUS, club de foot rbati chargé d’histoire, qu’il a décrochée dans les dernières semaines de l’année. Une impunité qui conforte l’hypothèse que Majidi, dans cette affaire, n’agissait pas pour son propre compte…


Pschitt
Panne de mort

Faudrait surtout pas que ça aille trop vite… Après trois ans de subtiles avancées orchestrées par la société civile, la marche vers l’abolition de la peine capitale au Maroc semble s’être engourdie en 2007. L’année démarrait pourtant fort : début février, le 3ème Congrès mondial contre la peine de mort accordait au royaume une place de choix en tant que probable premier abolitionniste du monde arabe. Dans la bouche de Driss Benzekri, la réforme semblait à portée de main. Sa disparition, un mois après les attentats terroristes d’avril, a dû infliger un coup à la volonté politique naissante. Un recul ? Peut-être pas. Mais le combat stagne et la contradiction reprend le dessus : en décembre, comme pris de vertige, le Maroc s’abstenait de voter une résolution onusienne contre cette sentence, en total porte-à-faux avec son discours jusque là moderniste. Alors que les exécutions y sont suspendues de facto depuis quinze ans, le royaume s’est entêté à prononcer cinq nouvelles peines capitales en 2007, hissant à 137 le nombre de pensionnaires du couloir de la mort, dont 5 femmes et 22 salafistes reconnus coupables de terrorisme. Parmi les militants de l’abolition, on évoque «la pression des pays arabes voisins» contre la réforme. «Les autorités marocaines ne veulent pas donner l’impression de prendre l’initiative dans la région». C’est pourtant ce qu’on appellerait du courage politique.


Top
Tanger Med et Renault mettent le Nord sur orbite

Un méga chantier réalisé dans les délais ! L’exploit mérite d’être applaudi, dans un Maroc où l’on ne compte plus les trains qui arrivent en retard. Le projet Tanger Med, en chantier depuis 2002, est bel et bien devenu réalité. En juillet, son premier quai à conteneurs donné en concession au groupe Maersk est entré en service. Le complexe portuaire intégré devient alors un puissant argument pour attirer les investisseurs internationaux. Le groupe Renault Nissan est le premier à ouvrir le bal. Dès le mois de septembre, il se paye 300 hectares dans la zone franche de Tanger Med pour installer une unité de fabrication de 400 000 voitures – la future plus grosse usine Renault dans le monde ! Un investissement prévisionnel de plus d’un milliard d’euros, et dont l’effet d’entraînement est déjà phénoménal : à aujourd’hui, pas moins de 200 sous-traitants préparent leur installation dans les environs. Et ce n’est qu’un début. Et si l’alternative à la drogue et à la misère du Nord était… l’industrie lourde ?


TOP
Les gendarmes sous le feu des snipers

Juillet 2007, le Maroc découvre Targuist, bourgade rifaine de 12 000 habitants, sur une vidéo postée sur le site de partage Youtube par un mystérieux « Sniper » (c’est ainsi qu’il se surnomme). Armé de son caméscope numérique, ce Robin du web filme, sur un barrage routier, des gendarmes en flagrant délit de corruption. En quelques semaines, la vidéo  est visionnée par plus de 500 000 internautes ! Le Sniper de Targuist, en fait un commando dont TelQuel a rencontré les membres cet automne, récidive par un tir groupé de trois autres vidéos. Une initiative saluée par Azeddine Akesbi, Secrétaire général de Transparency Maroc. Partout dans le pays, à Nador comme à Casablanca, la « Snipermania » se répand. Invités par la justice à témoigner dans le cadre de «l’affaire des vidéos», les membres du «Commando de Targuist » ont préféré décliner l’invitation, « de peur des représailles». A raison : un jeune Targuisti, soupçonné par les gendarme d’être l’auteur des vidéos, avait en effet été kidnappé, avant d’être torturé.


Euh…
El Himma sort par la porte et revient par la fenêtre

Mais que cherche donc Fouad Ali El Himma ? 5 mois après sa démission (fracassante) du fauteuil de ministre délégué de l’Intérieur, 3 mois après son élection (écrasante) au siège de député des Rhamna, 2 mois après sa constitution (fulgurante) du groupe parlementaire « pivot », celui auquel est suspendue la confiance au gouvernement El Fassi… personne ne peut encore dire, au juste, ce que vise l’ancien (et toujours ?) n°2 du régime. Aurait-il été chargé par Mohammed VI – qui le soutient au point de s’afficher ostensiblement à ses côtés – de « noyauter » la très sclérosée classe politique marocaine, jusqu’à le faire imploser ? Toujours est-il que quelques mois à peine après les élections et alors que le « souffle » El Himma déstabilise profondément la scène politique, 2 vénérables dinosaures partisans (Elyazghi et Aherdane) passent la main. Ceci expliquerait-il cela ? Début de réponse, peut-être, en 2008.


FLOP
37% de « bons citoyens »…et encore !

Quelle leçon ! Quelle claque ! On savait que le taux de participation serait (avec le score des islamistes) l’enjeu majeur des législatives du 7 septembre. Et on savait qu’il risquait de ne pas être très élevé. Mais à peine 37% des inscrits sur les listes électorales, soit 30% des Marocains en âge de voter – desquels il faut encore déduire un bon million d’adeptes du vote blanc… cela ne laisse, in fine, qu’un taux de participation réel de 24%. Voilà donc, à l’issue des premières élections irréprochablement transparentes de l’histoire du Maroc, le véritable pourcentage de ceux que le jeu politique intéresse : moins du quart ! Et encore, on ne compte pas tous ceux, innombrables, qui ont été voter pour favoriser le seigneur féodal du coin – comme en témoigne la configuration finale du Parlement, encore largement dominé par les « bourazza » et autres notables à peine alphabétisés. C’est clair : pour le citoyen lambda, hors le roi, il n’y a pas d’homme politiques dans ce pays. Hélas, ils n’ont pas tout à fait tort…


Pschitt
Le « raz de marée » n’a pas eu lieu

Le « raz-de-marée » électoral des islamistes, tant annoncé ? Revenez en 2012 ! Saâdeddine El Othmani devra reporter ses rêves de primature d’au moins cinq années, pendant lesquelles le méditera les (cuisantes) leçons des élections. Et elles sont nombreuses : les sondages d’opinion ne témoignent que de la réalité (partielle) d’un jour, les notables exercent un pouvoir d’attraction supérieur à celui des islamistes, la campagne reste hermétique à l’islam politique, l’offre islamiste est tout aussi balkanisée (PRV, Al Badil, sans parler du « parti » de la Jamaâ de Cheikh Yassine) que celle des autres tendances politiques, etc. 2007 a ramené le PJD sur terre. Aux yeux de tous, c’est désormais un parti certes mieux organisé que la moyenne, mais aux dimensions tout de même « normales », et qui aura fort à faire pour réussir, un jour, son échappée en solitaire.


Euh…
El Himma sort par la porte et revient par la fenêtre

Mais que cherche donc Fouad Ali El Himma ? 5 mois après sa démission (fracassante) du fauteuil de ministre délégué de l’Intérieur, 3 mois après son élection (écrasante) au siège de député des Rhamna, 2 mois après sa constitution (fulgurante) du groupe parlementaire « pivot », celui auquel est suspendue la confiance au gouvernement El Fassi… personne ne peut encore dire, au juste, ce que vise l’ancien (et toujours ?) n°2 du régime. Aurait-il été chargé par Mohammed VI – qui le soutient au point de s’afficher ostensiblement à ses côtés – de « noyauter » la très sclérosée classe politique marocaine, jusqu’à le faire imploser ? Toujours est-il que quelques mois à peine après les élections et alors que le « souffle » El Himma déstabilise profondément la scène politique, 2 vénérables dinosaures partisans (Elyazghi et Aherdane) passent la main. Ceci expliquerait-il cela ? Début de réponse, peut-être, en 2008.


Pschitt
Ton patrimoine tu déclareras… ou pas !

Le 12 février 2007, une scène surréaliste se joue au Parlement. Appelés à adopter (ou rejeter) un projet de loi les forçant à déclarer leur patrimoine au début et à la fin de leur mandat, les députés… refusent tout net de l’examiner ! Pourquoi ? Parce que, disent-ils, les ministres n’ont pas la même obligation. Les défenseurs du projet de loi (venu du gouvernement) ont beau répéter que si, qu’un dahir légiférera ultérieurement sur le cas des ministres, rien à faire. La cacophonie s’installe, et le projet finit par se faire oublier… avant d’être finalement adopté quelques mois plus tard, mais avec moult amendements permettant d’échapper aux sanctions de la Cour des comptes, en cas d’enrichissement suspect. Et encore, ce n’était pas assez. En septembre, le Conseil constitutionnel invalide le texte, avant de l’amender une nouvelle fois pour y instaurer une plus grande indulgence à l’égard… de ses propres membres ! C’est donc totalement tronqué de sa dimension répressive, que le projet a été réintroduit au Parlement. Et avec tout ça, l’opposition promet de le bloquer encore, tant que les ministres ne seront pas concernés par le texte. L’enrichissement illicite serait-il à ce point généralisé, pour que tout le monde ait si peur de la transparence ?


EUH…
Abbas Premier ministre : qu’en penser ?

« Confier le gouvernement au chef du parti arrivé en tête aux élections a un avantage : ça fait croire les Marocains que leur vote sert à quelque chose ». Voilà donc le premier (et dernier) argument en faveur de la nomination de Abbas El Fassi au poste de Premier ministre. Eh oui, c’est révélateur d’une certaine logique démocratique, et il en faut en créditer Mohammed VI, qui l’a nommé à ce poste le 19 septembre. Pour le reste, on a beau chercher, la nomination de M. El Fassi n’a que des inconvénients. Car il représente tout ce avec quoi le Maroc serait bien inspiré de rompre : une vision passéiste de la politique, fondée une absence totale de courage et d’initiative, et une allégeance inconditionnelle au trône, qui confine souvent à la servilité. Même la formation de son propre gouvernement lui a échappé, sans qu’il songe une seconde à protester ! Que dire alors du travail de « son » équipe, sur lequel… il ne se prononce quasiment jamais ! Avec Abbas, le Maroc inaugure une nouvelle ère : celle du « Premier ministre sans portefeuille ».


Euh…
El Himma sort par la porte et revient par la fenêtre

Mais que cherche donc Fouad Ali El Himma ? 5 mois après sa démission (fracassante) du fauteuil de ministre délégué de l’Intérieur, 3 mois après son élection (écrasante) au siège de député des Rhamna, 2 mois après sa constitution (fulgurante) du groupe parlementaire « pivot », celui auquel est suspendue la confiance au gouvernement El Fassi… personne ne peut encore dire, au juste, ce que vise l’ancien (et toujours ?) n°2 du régime. Aurait-il été chargé par Mohammed VI – qui le soutient au point de s’afficher ostensiblement à ses côtés – de « noyauter » la très sclérosée classe politique marocaine, jusqu’à le faire imploser ? Toujours est-il que quelques mois à peine après les élections et alors que le « souffle » El Himma déstabilise profondément la scène politique, 2 vénérables dinosaures partisans (Elyazghi et Aherdane) passent la main. Ceci expliquerait-il cela ? Début de réponse, peut-être, en 2008.


Euh….
Et la lumière ne fut plus

C’est une anecdote, mais il faut croire qu’il y en a des marquantes. Le 12 octobre, jour de la cérémonie d’ouverture du Parlement, une panne d’électricité a plongé l’hémicycle dans le noir alors que Mohammed VI y entamait son allocution télévisée en direct. La coupure de courant, qui a duré à peine 2 minutes 12 secondes, en a pourtant dit long sur les rapports de pouvoir entre le roi et ses sujets. Le couac, anodin en temps normal, a entraîné un vent de panique générale à la SNRT et à la Redal, société chargée d’éclairer Rabat : un roi plongé dans l’obscurité, c’est presque un crime de lèse-majesté. Les réactions des députés ont été tout aussi éclairantes. Mohammed VI, en attendant le retour de la lumière, a demandé à un fqih de lire une sourate du Coran. Les parlementaires ont trouvé l’idée de l’intermède religieux si lumineuse qu’ils ont applaudi le roi à tout rompre. Au lieu de se poser la bonne question : pourquoi le groupe électrogène de secours du Parlement était-il hors service ?


Top
Sept femmes ministres !

Jamais il n’y a eu autant de femmes au gouvernement ! Elles sont sept (5 ministres et 2 secrétaires d’Etat) à incarner la principale, sinon l’unique avancée réellement démocratique de ce gouvernement du 15 octobre. Parmi les nouvelles venues, une révélation : la célèbre comédienne Touria Jebrane, dont la dimension « une femme du peuple au pouvoir » a ravi certains, mais dont la totale inexpérience de la chose publique en a choqué tout autant. Alors que les revenantes Nawal El Moutawakil et Amina Benkhadra ont déjà fait leurs preuves (elles ont été ministres de Hassan II en1997) et s’apprêtent à secouer le cocotier à nouveau, Latifa Akherbach, Nouzha Sqalli et Latifa El Abida récoltent, elles, le fruit de leur longue immersion, à la fois dans la fonction publique et la société civile. Quant à Yasmina Baddou (reconduite au gouvernement avec un meilleur poste, celui de la santé), elle confirme tout le bien qu’on pensait d’elle et a entamé son mandat par quelques déclarations fracassantes sur la corruption en milieu hospitalier. Bon vent Mesdames !


FLOP
L’inquiétant essor du hooliganisme

Mi-octobre, le derby opposant les deux grands clubs de foot casablancais du Raja et du Wac se soldait par un triste bilan : un mort, 150 bus saccagés, un stade flambant neuf dévasté, 30 personnes appréhendées… Un « classico », désormais, car partout au Maroc, la violence à l’intérieur et hors des stades s’est installée, pour ne pas dire banalisée. « Concernant les actes de vandalismes, on peut clairement parler de Hooliganisme au Maroc, même si, contrairement aux casseurs étrangers, les nôtres ne sont pas organisés », déclare ce dirigeant au sein de la Botola (championnat marocain). Organisée ou pas, la déferlante humaine qui s’est abattue sur Casablanca après cette rencontre a défiguré les artères avoisinant le complexe Mohammed V (fermé depuis). Et l’important dispositif de sécurité (quelques 1500 policiers) n’a rien pu contre.


Pschitt
Les juges, ha houma ! Les accusés, fina houma ?

Effets d’annonce, puis coups d’épées dans l’eau… les juges français Patrick Ramaël et espagnol Baltazar Garzon ont émis des convocations et/ou des mandats d’arrêt pour le moment sans effet, qui ne font que masquer l’impasse dans laquelle se trouvent les dossiers dont ils ont la charge : l’affaire Benbarka pour le premier, les violations des droits de l’homme au Sahara pour le second. Les « stars » ciblées par les juges sont au mieux hors d’atteinte (cas de Housni Benslimane), au pire injustement pointées du doigt (cas de Yassine Mansouri). Les fuites parvenues, précipitamment, des cabinets des juges d’instruction, n’auront servi qu’à alimenter les manchettes de la presse et à jeter un trouble sur les méthodes employées par les deux hommes. Sans plus.


TOP
Coup de foudre au stade de France

Ce n’était qu’un match amical, mais quel match ! Le 17 novembre, les Lions de l’Atlas ont tenu la dragée haute aux vice-champions du monde français et, d’un coup, réconcilié les Marocains avec leur équipe nationale de football, qui n’a guère brillé depuis la finale 2004 de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN). Durant ces 90 minutes qui se sont soldées par un plus qu’honorable match nul (deux partout), les poulains d’Henri Michel se sont montrés créatifs, déroutants, solidaires, pugnaces. N’eût été une erreur flagrante du gardien Lamyaghri (à l’origine du second but français), le Maroc aurait même pu gagner ! Etonnés tout autant que les Marocains, les commentateurs sportifs des nombreuses chaînes qui ont diffusé la rencontre ont unanimement loué le « très haut niveau » de notre onze national. Cerise sur le gâteau : ce jour-là, les 80.000 sièges du stade de France, une des plus grandes arènes sportives mondiales, a été submergés par les Marocains, très largement majoritaires. Au point où l’entraîneur français Raymond Domenech, dépité, a lâché que le Maroc avait joué « à domicile » !


FLOP
Chasse à l’homo à Ksar El Kebir

Tout a commencé fin novembre par… une parade. Une parade festive et musicale, escortée en dansant par quelques centaines d’habitants de Ksar El Kebir, et à l’issue de laquelle un taureau a été égorgé sous les youyous par un homme vêtu en femme, pour « honorer » on ne sait plus quel saint. Rien que de très habituel dans un Maroc encore très largement imprégné par les rites maraboutiques de toutes sortes. Mais la rumeur, attisée par divers groupes islamistes avant d’être crédibilisée par Al Massae, le quotidien à plus fort tirage du pays, a vite transformé cette fête inoffensive, qui s’est poursuivie le lendemain dans un cadre privé (jusqu’à ce que Youtube s’en mêle) en « mariage homosexuel ». Et les foules se sont déchaînées, dans ce qui est devenu une gigantesque « chasse à l’homo » avec émeutes, pillages et destructions de biens privés. On a échappé de peu au lynchage ! La pression de la rue était telle que les autorités, pour calmer les foules, ont relâché les manifestants pris en flagrant délit de violence et… ont emprisonné, puis condamné 6 hommes, sans preuve, pour homosexualité ! Un choc, mais peut-être salutaire, car il pourrait mobiliser en réaction tous ceux qui militent pour une reconnaissance du concept nouveau (au Maroc) de « liberté individuelle ». A suivre…


FLOP
Tanger 2012 : encore raté !

Après ses trois tentatives infructueuses d’abriter le mondial de football, le Maroc a vu glisser entre ses doigts l’exposition internationale de 2012. Le 26 novembre dernier, le bureau international des expositions (BIE), a préféré à Tanger la sud coréenne Yeosu. L’évènement, qui doit attirer quelques six millions de touristes, aurait pu être un catalyseur pour le développement du Nord. D’autant plus qu’après l’annonce de la candidature tangéroise, dont l’idée revient à Mohammed VI, nos chances de gagner semblaient sérieuses : la presse internationale ne tarissait pas d’éloges sur Tanger, de nombreux pays et personnalités internationales nous soutenaient publiquement, la délégation d’inspection du BIE en visite au Maroc se disait même impressionnée par la « qualité » de notre dossier… Las ! En matière de lobbying international, le Maroc a encore manifestement des choses à apprendre.


Top
Coup de balai au palais royal.

En 2006, l’affaire du « vol de vaisselle royale » avait déjà donné le ton. Désormais, le Palais allait laver son linge sale en public et recourir, en cas de besoin, à la justice. Preuve en sera faite à la fin 2007. Courant décembre, une vingtaine d’accusés dans une complexe affaire de détournements de dons royaux sont traduits devant le tribunal de première instance de Rabat. Parmi eux, plusieurs escrocs notoires, mais également des membres du personnel du palais royal dont un officier de la gendarmerie, un majordome et le garde du corps d’une princesse. L’affaire, en cours de jugement, donne lieu à un déballage public des plus instructifs et les Marocains peuvent enfin jeter un coup d’œil derrière le voile, parfois sombre, qui recouvre le « système des palais ».


Pschitt
Après la qawma… la ghabra* !

Cheikh Yassine l’avait prédit, ses hommes l’attendaient avec ferveur. Mais la qawma (le soulèvement populaire) n’a pas eu lieu en 2006. Après avoir crié au loup, Al Adl Wal Ihsane a semble-t-il revu ses ambitions à la baisse, allant jusqu’à envisager de participer au jeu politique, longtemps boudé par le mouvement. Le cercle politique de la Jamaâ a appelé les cadres de l’association à élaborer leurs programmes politiques, qui ne devraient servir, au mieux, qu’en 2012. En 2007, la Jamaâ, prise dans un étroit (et courtois) étau de surveillance policière, a tout juste réussi à ne pas se faire oublier en publiant, de loin en loin, quelques « missives » bien senties adressées au Palais. Mais ça n’impressionne plus grand monde et Yassine, bientôt 80 ans et toujours sans successeur clairement désigné, est de plus en plus malade...

* disparition



FLOP
Mauvaise année pour la presse

Dès janvier, 2007 annonçait sa couleur : noire. A peine Nichane, lancé quatre mois plus tôt, était-il cloué au pilori pour avoir enquêté sur ce qui fait rire les Marocains (deux mois d’interdiction et trois ans de prison avec sursis pour Driss Ksikes et Sanaa El Aji), qu’Aboubakr Jamaï démissionnait de la direction du Journal hebdomadaire, pour lui épargner trois millions de dirhams d’amende. De quoi valoir au royaume, en juin, un rapport incendiaire du Comité pour la protection des journalistes (CPJ). Qu’importe : un mois plus tard, le journaliste d’Al Watan al An Mustapha Hormatallah est condamné à huit mois de prison ferme (sept en appel) pour «recel de documents obtenus à l’aide d’un crime» à cause d’un dossier sur l’état d’alerte anti-terroriste, incluant une note bien anodine de la DGST. Puis vient la fameuse accusation de «manquement du respect dû au roi», adressée à Ahmed Benchemsi en réponse à un édito sur le discours du trône, dans la foulée d’une double saisie/destruction des magazines Nichane et TelQuel (le procès a été repoussé au… 19 mars 2008 !). Comme quoi l’article 41, arme secrète du code de la presse et ennemi juré de la presse indépendante, fonctionne toujours aussi bien. Malgré quelques aménagements positifs, la réforme en cours prend bien soin de ménager les aspects les plus vagues et répressifs du texte. A la veille des élections, Reporters Sans Frontières confie son impression d’avoir été « roulé dans la farine » : «Le Maroc (moins neuf places dans le classement 2007 de l’ONG) est sur une pente dangereuse. Et vous en portez la responsabilité», écrit Robert Ménard au roi, lui rappelant les mots de son grand-père : « le commentaire est libre ».


Flop
Les athlètes marocains essoufflés

Mais qu’est-il donc arrivé à l’athlétisme marocain ? Depuis le départ en retraite des terreurs du tartan qu’étaient Hicham El Guerrouj, Brahim Boulami ou Nezha Bidouane, cette discipline qui a valu au Maroc la quasi-totalité de ses médailles olympiques et titres mondiaux des 10 dernières années, semble en effet en perdition. N’eût été le maigre lot de consolation des jeux panarabes du Caire, où les athlètes marocains sont allés faire leur baroud d’honneur, en novembre, face à des concurrents guère reluisants, le palmarès 2007 aurait été tout simplement catastrophique. Unique lueur : la médaille d’argent assortie d’une place de vice-championne du monde sur 800 mètres, arrachée par la brave Hasna Benhassi durant les mondiaux d’athlétisme d’Osaka… Vite, vite la relève !


Top
Elyazghi-Osman-Aherdane : trois départs, un espoir

Ils ont fini par lâcher prise. Les trois doyens de la classe politique ont été poussés à la porte parce que les partis qu’ils dirigeaient (presque) sans partage, ne voulaient plus d’eux.
C’est la preuve, enfin, qu’en politique aussi, il arrive que des hommes atteints par la limite d’âge, mis en minorité, impopulaires, optent pour le plus simple : partir. Mohamed Elyazghi, Mahjoubi Aherdane, et Ahmed Osman donnent à leurs formations respectives (USFP, MP, RNI : trois partis qui boxent dans la catégorie des poids-lourds) une chance de sortir de crises internes qui menaçaient jusqu’à leur existence. Les trois départs sont un bien pour un mal. Le signe, peut-être, qui enclenchera le rajeunissement de la classe politique souhaité par tous : les bases, la société civile, le pouvoir. Enfin !


TOP
L’islam marocain en chiffres

Fascinant. Ainsi peut-on qualifier, sans exagération aucune, le travail extrêmement documenté que nous a servi, fin décembre, la « dream team académique » composée des Pr. Mohamed El Ayadi, Hassan Rachik et Mohamed Tozy, au sujet des pratiques religieuses des Marocains*. Pour la première fois, des chiffres sont mis sur des comportements, et les enseignements qu’on en tire sont plus qu’édifiants (voir TelQuel n°301). En gros : c’est dans son rapport à l’islam que la tant décriée schizophrénie sociale marocaine trouve son meilleur terrain d’épanouissement. Tout, on peut tout déduire de ces chiffres : que les Marocains sont tolérants et ouverts sur l’autre, tout en étant intolérants et repliés sur eux-mêmes, qu’ils aspirent à une sorte de « pureté » religieuse tout en s’accommodant d’une réalité sociale laïque qui ne dit pas son nom, qu’ils sont attirés par l’intégrisme tout en s’en méfiant, etc. Fascinant, on vous dit !

* L’islam au quotidien, enquête sur les valeurs et les pratiques religieuses au Maroc, Editions prologues




CIAO !
Ils nous ont quittés en 2007

Alifi Hafid
Bye bye Boogie !


Il consacrait le gros de son maigre salaire de fonctionnaire à la RTM à la musique. Alifi Hafid achetait, recommandait, disques, magazines, livres... pour s'imprégner de la culture rock qu'il a tant aimée. Il rendait deux heures de ce plaisir à ses auditeurs, religieusement accrochés à leurs transistors le temps d'une émission, Boogie, de 6 à 8 h (du soir). Boogie et ses sound power, best of the old, coin de la country, etc. Le régal intégral, bien avant l'heure du téléchargement gratuit et de la musique facile. Musiciens et amateurs, ils sont nombreux à se revendiquer aujourd'hui de son héritage et à lui devoir, forcément, quelque chose. Adieu Boogie, Alifi, merci pour tout.


Driss Chraïbi
Un grand est parti


Il est mort à 81 ans, loin de son pays, dans un hôpital de Crest, en France. Driss Chra¨bi est parti dans la simplicité et cela lui va bien parce qu'il détestait le faste. Aux mondanités des salons littéraires, il préférait les balades avec les gens du peuple. C'est pour cela que ses livres se démarquent toujours par leur puissante authenticité. Une vérité sans fard qui lui a valu une réputation d'écrivain anarchiste, alors qu'il ne faisait que tendre un miroir à la face des Marocains, bien avant tout le monde. Jusqu'à aujourd'hui, son œuvre majeure, Le Passé simple (l'histoire d'un jeune Marocain qui doit “tuer le père” pour vivre enfin libre) reste aussi forte que… d'actualité ! Driss Chraïbi a publié une vingtaine de romans et récits. Sans doute le plus grand écrivain francophone marocain du XXème siècle, il a été le premier à aborder les thèmes de l'oppression paternelle, de l'émancipation de la femme, du déchirement de l'émigré… Un grand homme est parti.


Driss Benzekri
La révolution tranquille


Les milliers de personnes qui ont accompagné son cortège funèbre jusqu'à sa dernière demeure, en ce beau jour du printemps 2007, ne s'y sont pas trompés : l'enfant d'Aït Ouahi, mort à 57 ans, était un grand homme. 17 longues années de détention (1974-1991) ne sont pas arrivées à lui faire perdre son sourire, ni sa foi en ce Maroc qu'il a tant servi. Driss Benzekri, tour à tour aux commandes du Forum vérité et justice, de l'Instance équité et réconciliation et du Comité consultatif des droits de l'homme, a été l'homme de la réconciliation (des Marocains avec l'ère Hassan II), de la passation de témoin entre les deux règnes, de l'ancrage de la culture des droits de l'homme dans l'esprit de Monsieur tout le monde. Même si ses recommandations attendent, pour les plus révolutionnaires, d'être traduites dans la réalité, l'ancien opposant est entré dans l'Histoire du Maroc. Sans jamais élever la voix, sans perdre le sourire qui illuminait son visage, même au plus fort de la maladie.


Abderrahim Bargach
Toque basse


Lors du dernier Festival de cinéma de Marrakech, le public n'a pas applaudi Bargach à son apparition à l'écran dans Whatever Lola Wants de Nabyl Ayouch. La salle a failli à la tradition par respect pour le comédien décédé quelques jours plus tôt, le 5 décembre, des suites d'une longue maladie. Gastronome hors pair, Bargach était devenu un intime des Marocains grâce à la petite lucarne où il a animé, dans les années 80, les émissions culinaires Walima et Ma'ida. Le cordon bleu de la télévision marocaine troquait aussi, à l'occasion, ses fourneaux pour la fiction. Bargach était devenu comédien sur le tard, participant au succès d'A la recherche du mari de ma femme et de la sitcom Ana, khouya ou mratou de Saïd Naciri. L'homme avait un coup de fourchette légendaire et, facette moins connue du grand public, une plume acérée qu'il a mise au service de titres prestigieux comme Le Monde.


Rajaa Belmlih
Du talent et du cœur


Elle aura été l'exception. Depuis “Ya jara wadina” qui l'a propulsée au devant de la scène, Rajaa Belmlih a incarné deux valeurs aussi rares que remarquables : l'authenticité, qui lui a permis de rester marocaine même dans les pays du pétrodollar, et la modernité, qui a fait de son répertoire l'un des meilleurs de tout le monde arabe. Belle, pudique, naturelle, son talent était aussi évident que ses qualités humaines, loin, loin du cliché de la jeune chanteuse attirée par l'argent et prête à tout pour se faire une place au soleil. Rajaa Belmlih, tout le monde la respectait. Rien d'étonnant à ce que Driss Jettou, dans l'un de ses derniers (et plus beaux) gestes de Premier ministre, ait pris la peine de se rendre au domicile des Belmlih, dès l'annonce de la terrible nouvelle.


Mohamed Bouzoubâa
Fatale retraite


Le 16 novembre 2007, Mohamed Bouzoubâa décédait à Rabat des suites d'un méchant cancer. L'ancien ministre de la Justice venait à peine d'entamer sa retraite après la nomination du gouvernement El Fassi, une semaine plus tôt. Membre fondateur de l'UNFP, de l'USFP et de l'OMDH, Maître Bouzoubâa a également assumé la fonction de secrétaire général de l'UNEM. En 1998, il est nommé ministre chargé des Relations avec le Parlement. Mais c'est surtout en tant que ministre de la Justice qu'il a fait parler de lui. Marqué par plusieurs affaires de corruption de magistrats et par la multiplication des poursuites contre des journalistes, son mandat comporte aussi quelques rares éclaircies. La plus notable : sa fameuse sortie d'août 2003, dans laquelle il se déclarait fermement en faveur de l'abolition de la peine de mort.


Driss Basri
Mort et enterré… avec ses secrets


Le 27 août, décédé à l'âge de 69 ans dans un hôpital à Paris, Driss Basri finit par rejoindre dans l'au-delà son mentor Hassan II. C'est donc finalement dans un cercueil qu'il est rentré au Maroc, après un exil parisien qui aura duré près de 4 ans. Exil durant lequel l'acteur principal et témoin privilégié des années de plomb n'a cessé de menacer d'ouvrir sa boîte de Pandore. Durant les 25 ans qu'il a passés comme bras droit de Hassan II, Basri avait largement eu le temps de collectionner les secrets d'Etat sur la face obscure de l'histoire du Maroc, avant son éviction en 1999. Mais il n'est jamais passé au confessionnal, et ses secrets ont apparemment été enterrés avec lui. Ses obsèques (à peine) officielles, il les doit à son dernier souhait d'être enterré dans son fief de Settat. Raté, une ultime fois. Pour éviter de faire de son caveau un lieu de pèlerinage, le régime lui a concédé une fosse au cimetière des Chouhada à Rabat… où reposent - tout de même - les plus grandes figures du royaume.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est <