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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Mehdi Sekkouri Alaoui

Portrait. Expert ès Sports

Najib Salmi dans son bureau
au siège de L’Opinion.
(TNIOUNI / NICHANE)

Véritable mémoire du sport marocain, Saïd Hajjaj, plus connu sous le pseudo de Najib Salmi, est une plume inspirée, respectée, parfois dérangeante… Retour sur le parcours riche en anecdotes du parrain de la presse sportive marocaine.


Attablé en ce début d’après-midi dans un bistrot de la capitale, Saïd Hajjaj est en pleine discussion avec un groupe de retraités français, de passage au Maroc. Ce sont ces derniers, joueurs de l’équipe hexagonale de hand-ball des années soixante, qui l’ont sollicité, histoire de parler du “bon vieux temps”. Et visiblement, ils ne sont pas les seuls à
vouloir fouiller la mémoire de celui qui officie depuis bientôt une quarantaine d’années dans les colonnes du quotidien L’Opinion, sous le pseudonyme de Najib Salmi. En effet, à peine le hors-d’œuvre entamé, son téléphone se met à vibrer. À l’autre bout du (sans) fil, un jeune journaliste en quête d’anecdotes se rapportant à l’épopée victorieuse du onze national lors de la Coupe d’Afrique de 1976. “Ce monsieur est tout simplement incontournable, dit de lui un ancien international. Il a vécu tellement de choses et, surtout, il a une mémoire hors normes”.

Pour autant, Saïd Hajjaj n’est pas seulement qu’une boîte à souvenirs : “Au-delà de la mémoire vivante du sport marocain qu’il est, Saïd Hajjaj est reconnu pour sa plume, souligne ce dirigeant de club. C’est un fin analyste dont l’objectivité a toujours été saluée et qui est devenu, depuis des années, un acteur à part entière de la scène sportive du pays”. Et d’ajouter : “D’ailleurs, il faut rendre à César ce qui est à César. Les lecteurs qui accourent quotidiennement vers les kiosques pour se procurer L’Opinion le font souvent pour lire la rubrique sportive qu’il dirige”.

L’Opinion, par hasard
Cependant, si l’homme a embrassé une carrière de journaliste, c’est par un pur hasard. L’histoire débute en 1968. Le jeune Saïd, natif de Sidi Kacem, se rend au siège du quotidien de l’Istiqlal pour s’enquérir des résultats du bac (qui devaient y être publiés le lendemain). Féru de littérature et de philosophie, il en repart avec une proposition d’embauche en bonne et due forme. “Je suis tombé nez à nez avec Mohamed Berrada, qui était alors le directeur du journal. Après une discussion de quelques minutes, il a fini par me proposer un poste de correcteur, raconte ce dernier. J’ai immédiatement accepté. Il y avait dans ce journal une atmosphère et une ambiance qui m’ont séduit”. Mais ce n’est qu’un an plus tard qu’aura lieu le véritable tournant dans la vie du jeune homme. Mohamed Berrada se fâche avec son responsable des pages sports, qui décide de rendre son tablier. Le directeur de L’Opinion pense alors à son jeune protégé pour assurer l’intérim du poste. “Au départ, il n’était question que de deux ou trois jours, le temps de trouver un remplaçant. Mais cela fait presque quarante ans que je l’attends”, lance ironiquement Saïd. Au passage, Mao Berrada ira jusqu’à choisir le pseudonyme du nouveau journaliste : Najib Salim était né !

Âgé de 21 ans à peine, Saïd Hajjaj prend donc les rênes des pages sportives du journal istiqlalien. Il doit gérer une équipe de jeunes journalistes, dont un certain Kamal Lahlou, correspondant à Casablanca (et actuel patron du groupe de médias New Publicity), Mohamed Selhami, correspondant à Sidi Kacem (aujourd’hui directeur de Maroc Hebdo International) et feu Kadmiri Ken. Le jeune débutant arrive très vite à faire parler de lui. D’abord en décrochant un premier scoop : une interview exclusive du sélectionneur national et ami intime de Hassan II, Guy Cluzeau. “Mon ancien professeur de gymnastique était le parrain de ses enfants. Cela m’a un peu facilité les choses”, raconte-t-il.

Second fait d’armes : il se fit inviter sur le plateau de la RTM, un fameux 3 juin 1970, pour commenter la rencontre opposant le Maroc à l’Allemagne lors du Mondial 1970. À ses côtés, le légendaire Larbi Ben Barek et Abdelhafid Kadiri. “Ce soir-là, j’ai été lamentable. J’avais un trac fou et, en plus, je ne maîtrisais même pas l’arabe classique, de rigueur à l’époque”, se souvient Saïd, qui ne résiste pas à l’envie de raconter une petite anecdote : “À la mi-temps, Ahmed El Bidaoui, qui regardait le match avec Hassan II, a téléphoné au directeur de la RTM pour lui signifier qu’au cas où le Maroc gagnerait, il ne fallait surtout pas rendre l’antenne. Sa Majesté désirait saisir l’occasion pour s’adresser à la nation”. Le destin… et Gerd Müller en ont décidé autrement.


Nom de code : Napalm
Le destin a également voulu que Saïd Hajjaj marque de son empreinte la presse sportive marocaine. Dès son entrée dans le microcosme médiatique, le jeune homme s’était mis dans la tête de bousculer l’ordre établi. “À mon arrivée, la presse sportive ronronnait… Il était barbant de lire chaque jour que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes”, argumente-t-il. La plume de Najib Salmi va prendre le contre-pied de cette “tradition”, en mettant l’accent sur l’analyse et, surtout, la critique. Ses écrits incendiaires vaudront même au journaliste le surnom, plutôt flatteur, de “Napalm”. “Je n’ai pas accepté ce boulot pour épater la galerie, mais plutôt pour exprimer mes idées”, souligne simplement le concerné. Des idées qui, curieusement, lui attirèrent longtemps l’hostilité des supporters. “Le public n’arrivait pas à concevoir que je puisse critiquer tout le monde quand la chose est justifiée. Mais cela a changé le jour où j’ai épinglé le club de Sidi Kacem, ma ville d’origine”. Neutralité, mais aussi réactivité : “Nous devons à nos lecteurs d’être là où l’évènement a lieu, avec tous les moyens qu’il faut. C’est la moindre des choses”, ajoute-t-il. Au début des années 70, les journalistes sportifs de L’Opinion figuraient ainsi parmi les premiers envoyés spéciaux à l’étranger de la presse écrite marocaine.“Kamal Lahlou était parti en 1971 couvrir un évènement sportif en Iran. C’était une première à l’époque .”, raconte ce vétéran des médias. De ses péripéties à l’étranger, Najib Salmi a ramené des anecdotes à n’en plus finir. Il se rappelle ainsi de l’un de ses premiers voyages à l’étranger : la couverture des Jeux olympiques de Munich en 1972. “C’était assez macabre. Dans le bateau qui nous faisait traverser le détroit de Gibraltar, on apprenait qu’une tentative de coup d’Etat a été perpétrée au Maroc. Et une fois en Allemagne, nous avons suivi, de minute en minute, la prise d’otages des athlètes israéliens”. Mois d’un an plus tard, il se retrouve cette fois-ci en pleine brousse camerou-naise, tentant, dans l’autocar transportant l’équipe nationale marocaine, de rallier le Togo. “Au poste frontière, au milieu de nulle part, les gardes ont refusé de nous laisser passer : ils ne voulaient pas croire que cet autocar transportait l’équipe marocaine. Il a fallu leur glisser un bakchich pour que celle-ci puisse entrer au Togo et jouer, je le rappelle, un match tout ce qu’il y a de plus officiel”.

En 1976, il est à Addis-Abeba pour couvrir la CAN. En marge de l’unique titre continental conquis par les Lions de l’Atlas, Najib Salmi réalise l’un de ses plus beaux “coups”. Juste après le dernier match, alors que tout monde assistait à la cérémonie de clôture, il s’éclipse en direction du centre de presse et arrive à envoyer son compte-rendu dans la soirée, devançant ainsi tous ses confrères. Dans les jours qui suivent, l’hebdo hexagonal France Football titrait : “Deux miracles à Addis-Abeba : la Guinée a été privée du titre et l’intrépide Najib Salmi a brûlé la politesse à l’ensemble de ses confrères, en envoyant une couverture totale de l’évènement avant tout le monde”.

Une forte tête
Mais la longue carrière de Saïd Hajjaj n’est pas faite que de glorieux épisodes. Le “franc-écrire” du journaliste lui causera également de fréquents tracas. En 1974, un désaccord avec Abdelhamid Aouad, directeur de L’Opinion et figure historique de l’Istiqlal, le pousse à quitter le quotidien. “Aouad considérait que les pages sportives devaient suivre la ligne du Parti de l’Istiqlal. Pour moi, c’était hors de question”. Il ne chômera pas longtemps : au bout de deux jours, le fameux Moulay Ahmed Alaoui le nomme directeur régional du Matin du Sahara. “Mais au bout de 18 mois, on est revenu me chercher. Je ne pouvais pas refuser : entre L’Opinion et moi, il y a une véritable relation charnelle”. En 1979, rebelote. Cette fois-ci, contre l’avis de ses supérieurs, Najib Salmi publie une couverture totale (et surtout objective) de la fameuse déculottée des Lions de l’Atlas devant la sélection algérienne (1-5), au moment où le directeur de L’Opinion, Abdelhafid Kadiri, occupe également le fauteuil de… ministre de la Jeunesse et des Sports. Conséquence : le journaliste est mis au placard durant un an, dans la rubrique internationale aux côtés de Khalid Jamaï et Nadia Salah, deux autres fortes têtes. “Mais le jour même où l’on m’a dit de reprendre mon poste, j’ai signé l’un de mes articles les plus virulents, précise t-il. J’ai juste repris là où je m’étais arrêté”. Incorrigible Saïd. Ou devrait-on dire Najib ?



declarations. Ce qu’il pense de…

Housni Benslimane
Beaucoup d’investissement personnel dans le sport en général, et le football en particulier. Et même si les résultats n’ont pas toujours été à la hauteur des attentes, il garde toujours le même intérêt pour la chose sportive. Quand on lui lance un compliment, il a l’habitude de répondre : “Je sers mon pays”. Et lorsqu’on n’en lui fait pas, il sait garder un “esprit sportif”.  

Henri Michel
Une grande carrière, un talent fou, beaucoup de charisme et de générosité, mais souvent incompris. On lui souhaite à lui, et à l’équipe nationale, la consécration lors de la prochaine CAN et surtout lors de la Coupe du monde 2010. Il aura ainsi la possibilité de corriger l’occasion gâchée du Mondial français en 1998… par un penalty norvégien, sifflé par un arbitre américain et repéré par une caméra suédoise.

Nawal El Moutawakil
Une grande dame du sport national et international. Elle a non seulement été une sportive hors du commun, mais aussi une brillante et influente dirigeante du sport mondial. Nous en attendons une confirmation, mais cette fois-ci sur le plan local, en tant que ministre de la Jeunesse et des Sports.

Abbas El Fassi
Un dirigeant politique jusqu’au bout des ongles. Si la politique est l’art de se tirer des situations délicates et de faire en sorte qu’elles deviennent positives, Abbas El Fassi a sûrement de quoi donner des leçons à beaucoup de ses confrères.

Saïd Aouita
Une légende, un phénomène, un grand champion et un vrai patriote. Des qualités gigantesques qui font largement oublier ses frasques. Au début des années 90, informé d’une mésaventure de Saïd Aouita, Hassan II avait répondu : “On ne détruit pas la Koutoubia”. Et ce n’est certainement pas moi qui le ferais. 

Baddou Zaki
Une réussite exemplaire en tant que joueur. Quand on vous érige une statue à votre nom, cela veut dire beaucoup de choses. Garçon dont le nom est lié aujourd’hui et pour l’éternité à cette réussite mais aussi, hélas, à ce terrible match nul contre la Tunisie, qui a privé cette nouvelle génération de joueurs, d’une participation à la Coupe du monde 2006 où le Maroc aurait pu créer la surprise.  

Mohamed Mjid
Peu de personnes tombent dans la légende de leur vivant. Mohamed Mjid fait partie de ce cercle très fermé. Ce grand monsieur du sport marocain s’est illustré par son implication, son dévouement… et bien sûr par ses boutades, qui font de lui un personnage digne de Marcel Pagnol. Il aurait sûrement fait un magnifique César au théâtre.

 
 
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