CAN 2008. Des raisons d'y croire...
2007. Les sensations fortes
Politique. Sondomania sur le Net
Tendance. Poker fever
Société. Les derniers polygames
Portrait. Expert ès Sports
Loisirs. Les Yamakasi marocains
Histoire. Lalla Aïcha, La princesse nationaliste
Monde
Joaillerie. Le "made in Morocco" se rebiffe
Cinéma. Mon festival à moi
Islam. Les dix livres maudits
Best of. 40 ans de cinéma marocain
N° 304-405
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Maria A. Daïf

La semaine.

Bigg, alias Al Khasser.
(DR)

Musique. Starmania


La musique urbaine, longtemps underground, a connu en 2007 un vrai tournant. En effet, fusion et rap ont gagné des admirateurs par milliers et la confiance des promoteurs en tous genres. Processus de starification en cours : des rappeurs sollicités de partout à la fin de chaque concert par des hordes de fans voulant (voir ou toucher) leur idole en chair et en os, des musiciens de ladite “nouvelle scène” reconnus au coin des rues par des gens qui brandissent portables ou appareils photo, c’était jusque-là du jamais vu. Oui, des musiciens
100% maghribi sont devenus des stars, et des vraies. Cette année, ils ont envahi les médias, investi les plateaux télé et inondé les ondes. Ceci, en partie, grâce à la naissance des radios indépendantes, qui ont intégré à leur programmation une diffusion quasi permanente de la nouvelle vague musicale. Mais ce n’est pas tout : si la plupart des groupes sont réduits à l’autoproduction, certains d’entre eux ont réussi à professionnaliser leur musique en convainquant maisons de production, labels de distribution, etc. Ceci entraînant cela, ce n’est plus seulement les festivals et les événements musicaux qui sollicitent ces groupes, les opérateurs téléphoniques, et autres partis politiques s’y sont mis, associant l’image de ces artistes à leurs campagnes de promotion. Et ça marche ! Tournées, publicités en images et en son, panneaux publicitaires affichant les silhouettes de ces nouvelles stars dans toutes les villes du Maroc. Du coup, si encore l’année dernière un Bigg, des H-Kayne ou un Steph Raggaman étaient inconnus de la majorité, aujourd’hui, difficile d’échapper à leurs rengaines ! Si en plus, tout cela a permis à ces artistes de toucher des cachets moins symboliques qu’auparavant, c’est tant mieux. Mais revers de la médaille, ce tout nouveau statut a fait enfler les chevilles de certains et tourner la tête à d’autres. Résultat, on se tire dans les pattes entre rappeurs, et on médit du côté de la fusion. C’est aussi cela, le star system.


Edition
Si le livre m’était conté


L’actualité de l’édition maro-caine semble parfois se dessiner dans le désert. Un désert culturel traversé par de rares étoiles filantes. Cette année, côté livres, le filon mémoriel qui animait l’édition locale depuis la mort de Hassan II semble s’être tari. Le 13ème SIEL, notre grand raout littéraire national, qui s’est tenu en février, fut de l’avis général moins artisanal que dans le passé. Les héros du salon furent les éditeurs, qui, regroupés au sein de l’association pour la promotion de l’édition du livre et de la lecture (APELL) ont été pour la première fois associés à l’organisation du SIEL. Pour ce qui est du prix Grand Atlas, il a bien été décerné à un certain Ali Tizilkad, mais dans l’indifférence quasi générale. Le salut de l’écrit viendra-t-il de l’oral ? Depuis un livre de Nejma Thay Thay Rhozali (elle fut secrétaire d’Etat dans le gouvernement Jettou), publié en 2001 chez l’Harmattan, les conteurs marocains continuent leur chemin de croix. Un espoir tout de même, Halima Hamdane, qui a publié, fin 2006, son premier ouvrage, Laissez-moi parler, et donné de prometteuses lectures publiques. Egalement en tournée inédite (De Tanger à Tombouctou), le conteur Hamid Bouzzine a récemment sillonné les Instituts français du royaume. En cette fin d’année, Jocelyne Laâbi a sorti, aux éditions Al Manar, un recueil intitulé Avec la rivière mon conte s'en est allé. Du désert à la rivière, il en va ainsi du livre au Maroc, comme les montagnes russes, assurément.


Arts plastiques. La fièvre acheteuse

L’embellie qu’ont connue les arts plastiques en 2007 est certainement sans précédent. De l’avis des critiques, des galeristes et marchands d’art, jamais auparavant le marché de l’art n’a connu pareille explosion. On revient pourtant de loin. Pendant les années 90 et jusqu’à début 2000, les galeries ont fermé les unes après les autres dans tous le royaume, les grands collectionneurs s’abstenaient d’investir dans un marché déstructuré dans lequel ils n’avaient plus confiance, les artistes quant à eux, ne voyaient plus le bout du tunnel. Qu’est-ce qui a donc fait sortir les arts plastiques du marasme ? Le mimétisme dans le milieu bourgeois qu’a suscité l’intérêt du nouveau roi et de son entourage pour les plasticiens marocains est l’une des raisons avancées. Une raison rejetée en bloc par d’autres acteurs du marché, qui parlent eux d’un nouveau genre d’acheteurs : les Européens de Marrakech. Preuve en est qu’aujourd’hui, Marrakech est en phase de devenir une vraie vitrine des arts plastiques marocains, juste après Casablanca. Les trois dernières années, la ville a vu s’ouvrir une poignée de nouvelles galeries. L’une des autres explications du printemps de l’art, l’organisation du secteur opérée en partie par la première maison marocaine de vente aux enchères, la Compagnie Marocaine des œuvres et objets d’art (CMOOA). Selon son initiateur, Hicham Daoudi, cela a permis d’établir des cotes, et surtout une vraie stratégie de communication nationale et internationale ciblant à mieux faire connaître le travail des artistes marocains. Toujours est-il qu’aujourd’hui personne ne va se plaindre de la fièvre acheteuse qui a touché collectionneurs locaux et internationaux. La dernière vente aux enchères organisée en décembre par la CMOOA a été un succès et a battu des records de vente. Caracolant en tête, deux tableaux, l’un d’Ahmed Cherkaoui, l’autre de Jilali Gharbaoui, ont été adjugés respectivement à 750 000 DH et 720 000 DH. “Aujourd’hui, Cherkaoui et Gharbaoui ont la cote des grands artistes abstraits européens de leur époque”, explique Hicham Daoudi. Morts ou vivants, les artistes marocains sont donc dorénavant reconnus à l’international. Autre exemple : l’un des tableaux de Farid Belkahia, qui a été vendu cette année à Dubaï pour quelque 800 000 DH. Mieux encore, le marché, jusque-là réfractaire à de nouvelles formes d’art contemporain, s’ouvre à des artistes qu’on disait invendables : lors de la dernière exposition de Hassan Darsi et Mohamed El Baz à la galerie Venise Cadre, plusieurs de leurs œuvres ont été acquises par une grande banque. Qui dit mieux ?


Palmarès.
Ils ont la cote... plus que jamais


Qui sont les artistes les plus cotés cette année ? Il suffit de jeter un coup d’œil sur le site de la CMOOA qui rend compte du tableau des ventes des dernières enchères pour se rendre compte que les mêmes noms sont indétrônables. Parmi les morts, Ahmed Cherkaoui et Jilali Gharbaoui suscitent un engouement jamais égalé, suivis par Mohamed Kacimi. Parmi les vivants, Hassan Glaoui est presque hors compétition, ses tableaux ayant été adjugés à des sommes variant entre 200 000 et 400 000 DH. Il est suivi par Meriem Meziane, l’une des premières femmes dans le monde arabe à avoir exposé au début des années 50. La fille du Maréchal fait partie des valeurs sûres du moment et ses tableaux ont atteint 400 000 DH à la vente. La cote de Mahi Binebine ne cesse de grimper (ses tableaux se vendent partout dans le monde et il prépare une grande exposition dans l’une des plus prestigieuses galeries parisiennes), comme celle de Farid Belkahia (entre 50 000 et 300 000 DH). Et ça ne fait que commencer. D’autres noms s’ajouteront à la liste, soutenus par un marché de plus en plus organisé et des collectionneurs plus ouverts à la nouveauté. Et si ça ne faisait que commencer ?


Festivals. Dakhla, la vedette

Si le Festival d’Essaouira, celui d’Agadir ou encore L’Boulvard casablancais font dorénavant figure de références en la matière, un dernier-né leur a pourtant raflé la vedette en 2007 : le Festival de Dakhla, dont la première édition a eu lieu du 9 au 12 mars derniers, a été, sans conteste, une réussite. Pas d’ombre au tableau, pas de fausse note, juste une notoriété gagnée vite fait bien fait à coup de programmation de qualité et d’invités de marque. Mais pas que cela. Primo, si le Festival de Dakhla a été l’événement le plus convoité de l’année, c’est aussi parce qu’il est le plus inaccessible… géographiquement. Dakhla, ville côtière du sud du Maroc, est à 1200 kilomètres d’Agadir ! Secundo, tous les veinards qui ont pu faire le déplacement peuvent en témoigner : Dakhla et sa région regorgent de plages dignes des plus belles cartes postales. Un décor de rêve pour un festival, qui, en plus de sa programmation musicale, proposait des spectacles de sports nautiques, une inattendue course de chameaux et un moussem aux couleurs locales. Autant dire que les habitants de la région ont été gâtés (40 000 personnes par jour pendant 4 jours !), ont eu droit à une prestation du groupe H-Kayne entrée dans les annales, à un Randy Weston très en forme, aux survoltés Chico et les Gypsies et à un concert acclamé des Nass El Ghiwane. Un premier rendez-vous frais et sans prétention et une ambiance bon enfant qui a laissé coi les rabat-joie qui craignaient le pire vu la situation politique de la région. Et toc.


Cinéma marocain. ça va, hamdoulillah

2007 est à marquer d’une pierre blanche pour le 7ème art marocain. Une production variée, plutôt riche, très en prise avec le Maroc d’aujourd’hui (et d’hier), sans fard mais avec un talent certain. L’événement reste le retour au cinéma (après une absence d’un quart de siècle SVP !) d’Ahmed Maânouni, silencieux depuis le superbe Transes, et qui a subitement retrouvé la parole avec Cœurs brûlés, sacré meilleur film lors du dernier Festival national du cinéma. Mention bien également pour Daoud Aoulad Syad, dont le quatrième film, En attendant Pasolini, est aussi bon que le premier, Adieu forain. À retenir le retour sur l’histoire des juifs marocains, opéré par Où vas-tu Moshé, de Hassan Benjelloun, et Adieu mères, de Mohamed Ismaïl. Sans oublier le premier long-métrage de Lahcen Zinoun Oud Al Ward, le nouveau Latif Lahlou, Les Jardins de Samira, Yasmina et les hommes, de Abdelkader Lagtaâ, et Les Anges de Satan, d’Ahmed Boulane. Un bon cru, incontestablement.



Humeur.
Art culinaire

Hassan Hamdani
h.hamdani@telquel.info

Connaissez-vous l’émission Lamassat sur 2M ? Non, sans doute. Dédié aux femmes, ce magazine de décoration et de conseils beauté est diffusé à 12h30, à l’heure où seules les ménagères de moins de 50 ans sont scotchées devant leur poste télé. Loin du cœur de cible, on a d’ailleurs découvert le programme grâce à la femme de ménage, fan absolu de Lamassat. Qu’elle en soit remerciée à vie. Lamassat, c’est ubuesque, surréa-liste, loufoque, à la limite du nonsense anglais. Exemple pêché au hasard : la présentatrice, désireuse d’apporter sa touche personnelle à la déco de nos foyers, a pris une plaque de four avant d’y coller une planche de bois. C’était sa suggestion pour fabriquer un cadre de tableau avec trois fois rien. L’animatrice de Lamassat venait de détrôner, sans en avoir conscience, les Deschiens et les Robin des bois, spécialistes reconnus de l’humour décalé. Alice au pays de la récup’ avait un truc de plus qu’eux, si rare et si touchant : la naïveté. Depuis, quand l’occasion se présente, on reste scotché devant Lamassat, attendant fébrilement l’idée drôle du jour. Avec une crainte, cependant : que notre mère applique les conseils déco livrés clés en main. Elle a une foultitude d’ustensiles de cuisine, comme toute maman qui se respecte. Pas question qu’elle les expose sur les cimaises de son salon…



source : centre cinématographique marocain
Box-office
Boulane champion 2007
1. Les Anges de Satan, de Ahmed Boulane
2. Nancy et le monstre, de Mohamed Frites
3. Parfum de mer, de Abdelhaï Laraki
4. Moroccan dream, de Jamal Belmejdoub
5. Abdou chez les Almohades, de Saïd Naciri
6. Wake up Morocco, de Narjiss Nejjar
7. WWW What a wonderful world, de Faouzi Bensaidi
8. L’enfant endormi, de Yasmine Kessari
9. La Symphonie marocaine, de Kamal Kamal
10. Real Premonition, de Ahmed Ziad

Ce classement est provisoire et ne concerne que les films marocains. Il a été établi à partir des données
recueillies par le CCM, arrêtées le 12 novembre 2007, mais non encore certifiées. Il ne tient pas compte
de la date de production des films, mais de leur période d’exploitation (2007).

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2009 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés