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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Mahla

L'année 2007

Le débat sur le retour des GI’s
ne semble plus d’actualité
sur la scène politique américaine.
(AFP)

Irak. Des lendemains qui changent ?


L’année 2007 n’aura pas été celle du retour des GI’s à la maison. Après un début d’année catastrophique, suivant l’exécution de Saddam Hussein, l’Irak semblait plus que jamais divisé par les violences interconfessionnelles entre chiites et sunnites. Le cercle vicieux d’exactions et de représailles entre communautés, depuis l’attentat contre la mosquée de Samara en 2006, a été rompu par les progrès des forces de la coalition. Pourtant, environ 900 GI’s ont été tués en 2007, un record. Ce constat est relativisé par des pertes en baisse ces
derniers mois. La nouvelle stratégie du général David Petraeus, commandant des troupes américaines en Irak, lancée en février 2007 avec l'envoi de renforts en Irak, semble porter ses fruits. Avec plus de 28 000 soldats supplémentaires, le contingent américain a été porté à 160 000 hommes.

Cette stratégie a été accompagnée par l’enrôlement et le financement de dizaines de milliers de combattants sunnites, jusqu'alors impliqués dans l'insurrection anti-américaine, pour s'opposer aux extrémistes d'Al Qaïda en Irak. Dans le même temps, la principale milice chiite, l'armée du Mahdi de Moqtada Sadr, a annoncé en août une trêve de six mois. Certes, on dénombre encore 20 morts civils par jour, mais la crispation de l’opinion américaine autour du débat sur le départ des forces de la coalition semble maintenant dépassée. George W. Bush pourra sans doute s’enorgueillir d’avoir tenu bon. En 2008, malgré le départ des Australiens et le retrait annoncé des troupes britanniques, les Etats-Unis pourraient capitaliser sur ces progrès, en se réservant la possibilité de partir si les choses tournent mal. En septembre, Bush a d’ailleurs annoncé qu'une réduction des troupes américaines était envisageable en 2008. À Bagdad, le gouvernement du Premier ministre Nouri Al Maliki, dominé par les chiites, reste affaibli par la méfiance des sunnites et des radicaux chiites qui ont quitté son cabinet. Al Maliki ne contrôle que 9 des 18 provinces du pays qu’il envisageait de faire passer sous l'autorité du gouvernement, et des lois cruciales restent bloquées au Parlement. En 2008, l’Irak sera plus que jamais sous la menace de l’implosion, si une réconciliation confessionnelle n’est pas obtenue.


Algérie. La terreur, encore

En 2007, les Algériens ont vécu à nouveau la psychose des attentats. Le 11 décembre, deux attentats ont visé les bâtiments du Conseil constitutionnel et du HCR dans la capitale, faisant des dizaines de morts. L’ex-Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) - rebaptisé Al Qaïda au Maghreb en janvier - a revendiqué en plus de cet attentat, une série d’attaques perpétrées principalement contre des symboles du Pouvoir, faisant au total plus de deux cents morts et des centaines de blessés. Le 11 avril dernier, une attaque à la voiture piégée avait visé le Palais du gouvernement en plein Alger. Puis, le 6 septembre, c’est le cortège de Abdelaziz Bouteflika qui était ciblé à Batna (est du pays), affaiblissant davantage la stratégie de concorde civile du président algérien.


Économie. Le spectre de la crise

En dépit d’une folle exubérance, 2008 s’annonce difficile pour les marchés financiers, faisant poindre le risque d’une récession. Cet été, la crise des “subprimes” a fait la Une, lorsque des fonds de pension spécialisés ont fait faillite. En cause : des dizaines de milliers de ménages américains, incapables d’honorer leurs engagements au titre de crédits immobiliers à taux variable. D’où une grave crise de confiance, qui s’est traduite par l’envol des taux sur le marché interbancaire. Début août, les principales banques centrales ont commencé à injecter des centaines de milliards d'euros de liquidités et, aujourd’hui, l’addition s’alourdit. UBS, Morgan Stanley, Bank of America ou le Crédit Agricole ont tous annoncé des pertes importantes. D’après les analystes, la crise pourrait se poursuivre au moins jusqu’à la fin du premier semestre 2008, date à laquelle les banques publieront leurs bilans. Dominique Strauss-Kahn, fraîchement élu à la tête du FMI, a du pain sur la planche.


France. Présidence très cathodique

Elu à la tête de l’Etat en mai 2007, Nicolas Sarkozy a déjà marqué de son empreinte la politique française. Tout semble graviter autour de ce président exhaustif. Même son Premier ministre, François Fillon, se contente de son rôle d’exécutant effacé. Le président Sarkozy promet d’aller “chercher la croissance”, tout comme il a libéré les infirmières bulgares détenues en Libye. Et il bat des records de popularité, face à une opposition socialiste en manque de leader, qu’il achève d’affaiblir avec sa politique d’ouverture. Sa recette : occuper le terrain et multiplier les coups médiatiques. Après son divorce avec Cécilia, le président français s’affiche en cette fin d’année avec la chanteuse Carla Bruni. Sarkozy s’est aussi fait augmenter son salaire de 206%, mais voyage toujours aux frais de ses amis patrons du CAC 40. Et en matière de politique étrangère aussi, ses homologues lui ont reproché de tirer la couverture à lui,notamment dans le dossier du Traité institutionnel européen.


Climat. Chauffe, Marcel !

En 2007, le changement climatique a été propulsé au rang des urgences planétaires, comme en témoigne le prix Nobel de la Paix attribué à l'ancien vice-président américain Al Gore et aux experts du Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat (Giec). La 13ème Conférence des Nations Unies sur le climat, organisée en décembre à Bali, a, encore une fois, tiré la sonnette d’alarme. Le Giec estime désormais “irréversible” le réchauffement en cours, prévoyant une hausse de 6 degrés en 2100. Cet état des lieux a pesé sur la conférence, qui a lancé les négociations pour relayer les engagements de Kyoto, expirant en 2012. Les Etats-Unis semblent plus disposés à coopérer, mettant la pression sur les pays émergents comme l'Inde et surtout la Chine, en passe de devenir le premier pollueur mondial.



Lu pour vous.
“Le choc des civilisations est dans l’inconscient politique”

Amartya Sen, prix Nobel d’économie indien, Télérama, 23 juin 2007

Depuis le début de la “guerre contre le terrorisme”, les idées de Huntington ont quitté la seule sphère intellectuelle pour gagner le cœur même de la politique internationale actuelle. Elles n’ont pas perdu de leur stupidité, mais leur pouvoir de nuisance n’a jamais été aussi fort (…) Les théories grossières ont toujours exercé un fort pouvoir d’attraction, parce qu’elles ne demandent pas d’effort particulier pour être comprises. Comme le dit ce proverbe anglais, “Certains préfèrent siffler que penser, parce que penser est bien plus compliqué que siffler”. C’est tellement simple pour les fondamentalistes islamistes d’en appeler à Dieu, et les gouvernements occidentaux, à la défense de notre “civilisation” en danger ! C’est le grand mystère des périodes d’hystérie collective telles que nous en vivons depuis le 11 septembre : elles ont leur propre élan et imposent leur logique (…) Le problème, c’est que nous avons peur d’être plus exigeants sur le plan intellectuel ! C’est le cas des opposants à la théorie du choc des civilisations eux-mêmes : plutôt que d’en relever tout bonnement la stupidité, ils préfèrent insister sur son manque d’humanité et de tolérance (…) Ce faisant, on ne fait que remplacer un stéréotype par un autre - celui du “méchant” musulman, par le “gentil”, le “modéré” (…) D’ailleurs, la plupart des dirigeants occidentaux sont tellement obsédés par la quête du “musulman modéré” qu’ils cherchent constamment à définir - ou redéfinir - l’islam. Or, pourquoi devrait-on chercher à dire à quoi un “vrai musulman” doit ressembler ? Il ne sert à rien d’attendre de la religion qu’elle s’enrôle efficacement dans la lutte contre le terrorisme. Être musulman ne vous empêche pas d’être antinucléaire ou de lutter pour plus de justice. Tout cela est compatible, mais non commandé par l’islam. L’islam n’ordonne rien de particulier en matière d’affrontement et de tolérance. C’est à chacun de choisir. La religion ne peut pas remplacer la politique.



VITE !

En devenant président de la Turquie, l’ex-ministre des Affaires étrangères et membre de l’AKP, Abdullah Gül, a brisé un tabou vieux comme Atatürk. Le bras de fer constitutionnel entre l’armée et le parti islamiste a tourné à l’avantage de ce dernier, mais la tension persiste sur la question du Kurdistan irakien et de l’activisme du PKK.


Birmanie. Bonzes. Aïe !

La “révolte safran” de 2007, où des moines bouddhistes ont défié la junte au pouvoir au Myanmar (ex-Birmanie), a rappelé au monde l’existence d’une dictature vieille de 45 ans. Tout est parti, en août, de l’annonce de hausses brutales des prix des produits de base, provoquant des manifestations immédiatement réprimées dans le sang. Le bras de fer, commencé en septembre, s’est poursuivi quotidiennement, avec d’impressionnantes protestations pacifiques rassemblant plusieurs dizaines de milliers de bonzes en robe safran, appuyés par la population. La répression a fait des dizaines de morts, toutes les communications ont été rompues avec le reste du monde et un journaliste japonais abattu. Le symbole de la résistance et prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, qui a passé douze ans en résidence surveillée, a été arrêtée. Selon Amnesty International, quelque 700 “suspects” interpellés pendant et après les défilés pacifiques croupissent encore dans les prisons.


Israël/Palestine. La paix, maintenant !

Le parrainage des Etats-Unis a relancé les pourparlers entre Palestiniens et Israéliens en cette fin d’année 2007. En janvier, George W. Bush devrait se rendre en Israël et en Cisjordanie, pour la première fois au cours de ses deux mandats présidentiels. Après l’échec de la Feuille de route, les discussions d’Annapolis ont ravivé l’espoir de parvenir à la création d’un Etat palestinien. Affaibli par la prise de Gaza par le Hamas en juin dernier, le président palestinien Mahmoud Abbas a trouvé du soutien en Occident : Plus de 7 milliards d’euros lui ont été promis, notamment pour payer les arriérés de salaires des fonctionnaires. Une aide précieuse au regard de l’état calamiteux de l’économie palestinienne, même si des problèmes subsistent. Tracé des frontières, partage de Jérusalem, droit au retour des 4 millions de réfugiés palestiniens, fin de la colonisation juive, tirs de roquette depuis la bande de Gaza… toutes ces questions restent en suspens.


Pakistan. Le général dans son labyrinthe

En 2007, le Pakistan s’est enfoncé dans le chaos. Dernier évènement en date, un attentat-suicide à la fin d’un meeting à Rawalpindi, le 27 décembre, a coûté la vie à l’ancienne Premier ministre et leader de l’opposition Benazir Bhutto, jetant le trouble sur les élections législatives prévues en janvier 2008. L’année a connu un bras de fer entre le général-président Pervez Musharraf et le pouvoir judiciaire. La Cour suprême contestait le cumul des mandats de Musharraf, à la tête de l’armée et candidat à sa propre succession. Le président de la Cour, le juge Chaudhry, a même été démis de ses fonctions l’été dernier. Envers et contre tout, Musharraf a été réélu le 6 octobre par le Parlement pakistanais. Début novembre, le général Musharraf décrète l’état d’urgence. Sous la pression internationale, il accepte finalement de quitter le commandement de l’armée puis lève l’état d’urgence pour permettre la tenue d’élections parlementaires. 2007 a aussi vu la réapparition de deux anciens Premiers ministres exilés. Rentrée en octobre, sa rivale Benazir Bhutto venait de prendre la tête de l’opposition, après avoir accepté dans un premier temps de partager le pouvoir avec Musharraf. Toujours privé du droit de participer aux élections, le leader conservateur Nawaz Sharif mène une campagne féroce contre le général qui l’avait déposé en 1999.


Etats-Unis. Campagne précoce

Après avoir conquis le Congrès, fin 2006, les Démocrates américains ont vite lancé la campagne présidentielle de 2008. Alors que le président sortant et son vice-président, Dick Cheney, ne se présenteront pas, tous les candidats se lancent dans leur première campagne. Première échéance, le 3 janvier 2008 dans l'Iowa, où un caucus donnera les orientations dans chaque camp. Hillary Clinton pourrait être la première femme candidate à la présidence, à moins qu'elle ne soit coiffée sur le fil par, Barack Obama. L'ex-première dame domine les sondages nationaux, mais le sénateur de l’Illinois réduit progressivement l'écart. Côté républicain, aucun des candidats ne s’est détaché : l'ex-maire de New York, Rudolph Giuliani, un catholique divorcé et pro-avortement, reste en tête. Mais il laisse indifférent une partie des chrétiens conservateurs, qui penchent plus vers le prêcheur baptiste Mike Huckabee, qui a fait une percée dans l'Iowa.


Russie. Poutine, super tsar

Vladimir Poutine, élu homme de l’année par le magazine américain Time, a mérité en 2007 le titre de “Tsar de la nouvelle Russie”. Son second mandat (le dernier selon la Constitution) expirant l’an prochain, le président russe a abattu toutes ses cartes pour assurer son maintien aux manettes de la dixième puissance économique mondiale. Après les élections législatives du 2 décembre, dont le déroulement a été vivement contesté par l’opposition et les observateurs étrangers, le parti du président, Russie Unie, domine des deux tiers la chambre basse du Parlement russe, la Douma. Et le 10 Décembre, Poutine annonce le nom du candidat à sa succession : Dimitri Medvedev, un protégé qui lui doit tout en politique. Ce dernier s’est empressé de confesser qu’il prendrait Poutine comme Premier ministre. De quoi déprimer les Occidentaux, qui avaient essuyé, en juin, ses menaces sur le programme américain de bouclier antimissiles en Europe centrale.


Iran. L’atome à tout prix

La communauté internationale et l'Iran ont continué, en 2007, leur guerre des nerfs sur le nucléaire. Pourtant, un rapport des agences de renseignement américaines a éloigné le risque d'une escalade militaire, en révélant que Téhéran a suspendu son programme nucléaire militaire depuis 2003. Le rapport n’a pas servi les grandes puissances occidentales, qui espéraient obtenir une troisième résolution de l'ONU accentuant les sanctions contre l’Iran. Par ailleurs, le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a annoncé le début de livraison par Moscou de combustible destiné à une centrale nucléaire iranienne. La république islamique a déjà atteint le seuil de 3000 centrifugeuses, qui lui permettrait, d’après les experts, d'obtenir suffisamment de combustible enrichi pour fabriquer une bombe atomique en moins d'un an. Sur le plan intérieur, exécutions et attaques contre la société civile se sont multipliées, tandis que les rentrées record de pétro-devises ont fait bondir l'inflation à plus de 15%.


Musique. Big bands back

Sex Pistols, Led Zeppelin, The Stooges… ces groupes mythiques ont aussi fait l’actualité (musicale) internationale de 2007. Au début de l’année, The Police annonçait son retour sur scène. Depuis 1984, le trio mené par Sting ne s’était pas reformé. Ils devraient continuer en 2008. Les Who ont poursuivi leur tournée mondiale entamée après la sortie, fin 2006, de leur album Endless Wire. De son côté, Led Zeppelin a donné un concert unique début décembre, Londres, un évènement depuis le décès du batteur John Bonham en 1980. Un retour éphémère, puisque toute idée de tournée a été balayée par Robert Plant. Toujours à Londres, les Sex Pistols ont renoué avec la scène en novembre. Genesis, sans Peter Gabriel, a donné en 2007 sa première tournée, après 14 années d’absence. Même les anciens Doors, Ray Manzarek et Robbie Krieger, y ont eux aussi été de leur tournée sous le nom de Riders on the Storm. Iggy Pop et The Stooges ont aussi donné de la voix. Le rock, c’est éternel…



Ils sont partis

Michelangelo Antonioni : 94 ans, réalisateur italien
Jean Baudrillard : 77 ans, essayiste français
Ingmar Bergman : 89 ans, réalisateur suédois
Benazir Bhutto : 54 ans, ancienne Premier ministre pakistanais
Hrant Dink : 52 ans, journaliste turc arménien
Boris Eltsine : 76 ans, ancien président russe
Gianfranco Ferré : 62 ans, couturier et styliste italien
Julien Gracq : 97 ans, romancier français
Norman Mailer : 84 ans, écrivain et journaliste américain
Marcel Marceau : 84 ans, mime français
Ulriche Mühe : 54 ans, acteur allemand
Luciano Pavarotti : 71 ans, ténor italien
Antonio Puerta : 22 ans, footballeur espagnol
Kurt Waldheim : 88 ans, ancien SG de l’ONU et président autrichien

 
 
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