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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Ziraoui

Spectacle. La Star’Ac du rire

Séance d’audition pour la
compétition Le dernier comique.
(DR)

Ils sont jeunes, motivés, et surtout drôles. Et ils ont quelques minutes pour séduire le public du Dernier comique, compétition originale de stand up comedy. Récit d’une journée avec les humoristes de demain.


Samedi 5 janvier. Si Mohammed, la vingtaine, fait les cent pas dans le hall d’un hôtel casablancais, marmonnant une litanie inintelligible. “Je suis super stressé. J’ai peur d’oublier mon texte : c’est la première fois que j’affronte un public”, lance ce jeune étudiant casablancais, avant de chercher des yeux ses futurs rivaux. Une trentaine de jeunes,
agglutinés devant la porte de la “salle d’examen”, et qui se sont déplacés pour les auditions du Dernier comique. Un concept original, qui se propose de dénicher des talents comiques via une compétition de stand up comedy. Parmi les candidats auditionnés, quelques-uns seront choisis pour se produire devant un public dans des cafés ou des restaurants. “Le principe est simple : des humoristes se lancent dans un sketch devant le public, et c’est l’applaudimètre qui les départage”, nous explique Ali Bennani, initiateur de l’opération et grand amateur de one man show (à l’américaine) devant l’éternel. “Les meilleurs se retrouveront en finale, pour élire le dernier comique”, poursuit-il. Entre deux coups de fil pour indiquer le lieu du rendez-vous aux retardataires, ce cadre dans une multinationale raconte : “L’idée m’est venue un peu par hasard. Il y a quelques mois, j’avais demandé à un ami qui enchaînait blague sur blague s’il accepterait de se produire sur scène, moyennant rémunération. Il m’a répondu qu’il le ferait gratuitement”. Il n’en fallait pas plus pour convaincre Ali de lancer son projet. Et ça marche ! La première édition, tenue en novembre dernier dans un café casablancais, a attiré quelques 500 spectateurs. “Le but, c’est d’en faire à terme une émission de télévision”, projette notre homme.

5 mn pour convaincre
Non loin de là, Dounia Benjelloun, chargée de la logistique, ne sait pas où donner de la tête. Assaillie par les questions des jeunes candidats, elle tente de rassurer les plus angoissés entre deux branchements de micro. “Il faut les aider à décompresser. Beaucoup ont l’impression de passer le casting de leur vie”, affirme-t-elle. 14 heures, le coup d’envoi des auditions est donné. Mohammed et Nadia, deux jeunes lycéens safiots, sont les premiers à passer sur le gril. D’abord déstabilisés par la caméra et les projecteurs, ils se remettent rapidement de leur émotion et se lancent dans une parodie de l’émission télé “Moukhtafoun” : “Bonjour, j’ai perdu la trace de mon fils de 7 ans, vous le reconnaîtrez facilement, il porte une moustache”. Éclats de rire dans l’assistance. Quelques minutes plus tard, Ali Bennani livre son commentaire sur la prestation des deux jeunes. “Qu’est-ce qui se passe là, on retourne à notre village ?”, lance Mohammed, qui ne semble pas avoir saisi un traître mot. Réponse de Ali Bennani : “Non, la bonne nouvelle, c’est que vous poursuivez l’aventure avec nous !”. D’autres candidats en coulisses ne sont pas encore fixés sur leur sort. Saisis par l’angoisse, la plupart ne semblent guère faire cas du buffet dressé pour eux. Simo, un jeune Casablancais, fait son entrée dans la salle d’audition. Troublé, il bafouille quelques mots avant d’endurer le supplice du trou de mémoire. “On n’est pas là pour te juger, lâche-toi. Au pire, on va te casser la gueule si t’es mauvais”, plaisante une voix dans l’assistance. La phrase fait mouche et le candidat finira par livrer une prestation remarquée. Au fil des heures, les candidats se suivent mais ne se ressemblent pas. Ismaïl, un dandy de la vieille médina de Casablanca, au look Boy George, entame une prestation qui vire rapidement au flop. Mais l’intervention de Ali, toujours prompt à encourager les candidats, tombe à point nommé pour le sauver d’un grand moment de solitude. “Ismaïl, ce n’est pas toi là. Ton français est parfait, mais ton humour trop décalé. Sois naturel, joue en arabe si tu veux, ça se passera mieux”. En fin de soirée, Ali fait le bilan de sa journée. Les candidats ne participeront pas tous à la compétition du Dernier comique, “car ils ne sont pas forcément faits pour le stand up”. Pas question pour autant de les laisser s’évaporer dans la nature. “Nous les accompagnerons dans leur démarche pour en faire des artistes accomplis”, promet-il. Quant à ceux qui ont réussi l’examen, ils s’affronteront lors des cinq scènes prévues pour 2008. Mais au final, il ne devra en rester qu’un.

 
 
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