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Par Karim Boukhari
Théâtre. Histoires dA
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Faouzi Bensaïdi salue le public,
entouré de ses quatre comédiens.
(TNIOUNI / NICHANE)
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Le cinéaste de Mille mois et de WWW. What a wonderful world revient avec bonheur à son premier amour : le théâtre. Et il a choisi lamour comme fil conducteur. Bingo !
Ce qui est bien avec le théâtre, cest que lon ne sait jamais ce qui peut arriver. Cest tout lart et la complexité du live. Écrire et jouer sans filet. Il y a toujours de la place pour lexceptionnel, bon ou mauvais, un petit plus, un moins peut-être, une improvisation, la réaction du public, un décor qui flanche, un pied qui trébuche, une gorge qui se noue. Faouzi Bensaïdi a écrit sa pièce comme un musicien |
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de jazz enregistre un disque, avec deux ou trois idées en tête. Suffit. On sait où lon veut aller, mais on ne sait pas ce qui peut se passer. Les gens de la Fondation (des arts vivants) mont proposé de monter une pièce. Jai dit oui et jai commencé par coucher noir sur blanc quelques bouts didées, nous explique le metteur en scène avant de souffler, comme pour sexcuser : Dans mon travail de préparation avec les comédiens, il y a eu des jours où jarrivais le matin sans savoir où mettre les pieds, ni ce que jallais dire. Le public du complexe Touria Sekkat, niché en face des HLM de la Cité Plateau à Casablanca, a goûté à la beauté étrange de ce work in progress, dans la soirée du 4 janvier. Une pièce extrêmement maîtrisée mais avec de larges courants dair frais. Verrouillée devant et derrière, tellement remuante et folle, folle, à lintérieur. On sembarque dès le premier décor, réglé comme un plan de cinéma. Un homme essaie de lire un texte étrange sous des ampoules que les uns et les autres se relaient pour éteindre coûte que coûte. Et on est là, plongé dans une ambiance de cinéma-scope, fermé aux chuchotements du spectateur de derrière, balayant tout le champ de la scène soudain large et grande comme le monde. Pas besoin de faire appel à ses doigts, ni même à sa mémoire visuelle : quand on aime, on ne compte pas (le nombre de baisers, de repas ou dampoules grillées).
En attendant Gharbaoui
Histoire damour en 12 chansons, 3 repas et 1 baiser appartient au genre moderne. Ça parle sans tout expliquer, ça vit, ça danse, ça chante. Effleurements et empoignades tiennent lieu de dialogues. Les rares moments de pure comédie relèvent davantage du commentaire général, off the record. Cest un théâtre à la frontière du cinéma, visuel, ébouriffé, qui donne limpression permanente que quelque chose (la trame) avance via la lumière, les effusions sonores et lexpression corporelle. Un objet artistique non identifié, déroutant mais parfaitement efficace.
En cherchant absolument un point darrimage dans le répertoire marocain, on peut dénicher de vagues correspondances avec les meilleurs moments du théâtre de Tayeb Saddiki, celui dAl Harraz et des Maqamat. Mais en version rock nroll, loin de tout classicisme. Avant-gardiste ? Oui, comme nous le confirme cette source à la Fondation des arts vivants, qui a produit le travail : Ce qui est bien, cest de montrer quil est possible de sexprimer autrement au théâtre, et pas seulement par le dialogue écrit.
Faouzi Bensaïdi, cinéaste venu du théâtre, sest offert cette gâterie à la brillance inouïe comme une halte entre deux escales cinématographiques : le petit dernier, WWW. What a wonderful world, que la pièce rappelle par son côté mondialisé, décomplexé, et le prochain, qui pourrait bien être ladaptation de la biographie de Jilali Gharbaoui, grand peintre marocain. Histoire damour
est bien partie pour se faire une petite place au soleil. Cest un vrai ballon doxygène rendu possible grâce à la confiance de la Fondation des arts vivants (qui essaie aujourdhui de vendre la pièce en Europe et dans le monde arabe) et au talent de comédiens franchement épatants, de Amal Ayouch à Amal Atrach, en passant par Hanane Ibrahimi ou Samir Eddou, étonnant transfuge de lécole du cirque. Même si vous nêtes pas né avec lamour de Beckett dans les veines, même si vous pensez que les histoires damour finissent mal en général, guettez les prochaines représentations de la pièce. Le voyage sera beau. Et si pas satisfaits, remboursés. Promis juré. |
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