Parlement. La tribu de Si Fouad
Lahcen Daoudi. Le visage lisse du PJD
Société. Les enfants de la prison
CAN 2008. Coupe cathodique
Reportage. Entre ciel, terre et mer
Moyen-Orient. Une tournée sur le tard
Shopping. Solde qui peut !
Abderrahim Yamou. Jardins imaginaires
Spectacle. La Star' Ac du rire
Peinture. Le temple camembert
Théâtre. Histoires d'A
Livre. Le mauvais fils
N° 306
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Ziraoui

Livre. Le mauvais fils

(DR)

Après deux ouvrages consacrées à la vie carcérale, Driss Bouissef Rekab s’essaie à un nouveau genre littéraire : le roman. Fiche de lecture.


En 1989, alors qu’il croupit dans une prison de Kénitra pour délit d’opinion, Driss Bouissef Rekab publie À l’ombre de Lalla Chafia aux éditons l’Harmattan. Une autobiographie qui figure parmi les premiers témoignages sur l’univers carcéral durant les années de plomb. Préfacé par Gilles Perrault, l’auteur du sulfureux Notre ami le roi, l’ouvrage relate les treize années d’emprisonnement de cet ancien militant d’Ilal Amam. Mais visiblement, les comptes du passé sont réglés : aujourd’hui, pour son troisième livre, Driss Bouissef Rekab a opté pour le roman et la chronique sociale. “L’autobiographie est un exercice passionnant, mais je n’allais pas passer ma vie à raconter mon histoire”, plaisante l’auteur.

Paru aux éditions Velours fin 2007, Le fils du souk retrace la courte existence de Mohamed, un petit voyou devenu un dangereux criminel, autant par opportunisme que par instinct de survie. “J’ai écrit ce livre au milieu des années 80, alors que j’étais toujours en prison, nous
explique son auteur. Je l’ai mis de côté durant de nombreuses années. Quand je l’ai relu six ans après, j’ai estimé qu’il ne pouvait pas paraître en l’état. Je l’ai donc profondément remanié”.

Né dans un bidonville casablancais, de père inconnu et d’une mère (Fatma) surnommée “la dévergondée” par les voisines, Mohamed, le personnage central du roman, hérite aussi de sobriquets. “Khouna”, dans les bons jours, “le fils du souk”, les mauvais jours, en rapport avec son statut d’enfant illégitime. Son premier jour à l’école coranique donnera le ton de sa relation avec l’enseignement, et l’autorité en général. Si El Hadi, son maître, l’homme qui dégaine le bâton plus vite que son ombre, lui infligera une sévère correction. “Ce premier rapport marqué par la violence sera déterminant dans la vie de Mohamed. J’essaie de montrer comment les facteurs externes tels que l’éducation influent sur l’itinéraire d’un enfant”, estime Driss Rekab.

Tuer le père
Cet instituteur se trouvera être, hasard de la vie (il n’y en a peut-être trop dans le livre), le père de Mohamed. Coureur de jupons devant l’éternel, Sid El Hadi repart à la reconquête de Fatma, après l’avoir abandonnée quelques années plus tôt. Celle-ci finit par céder aux avances de son prétendant, tandis que son fils délaisse de plus en plus l’école, pour de menus larcins. Accompagné par Mbarek, compagnon d’infortune, Mohamed parfait son éducation à l’école de la rue. Alcool, drogue, violence, sexe… le livre ne souffre d’aucun tabou. Dans un style simple, parfois simpliste, Driss Bouissef tente de retracer la réalité de son pays. “Ce livre, c’est le Maroc de la seconde moitié du 20ème siècle. Il est le fruit de mon imagination, et non de quelconques témoignages recueillis durant mon séjour carcéral, pour la simple raison que nous autres, prisonniers politiques, n’étions pas en contact avec les prisonniers de droit commun. Cela dit, les histoires que conte mon livre n’ont rien de surréaliste”. Malgré l’amour qu’il voue à sa mère, le fils du souk ne supporte pas l’idée qu’elle puisse entretenir une liaison et “salir davantage sa réputation”. Sa soif de vengeance lui dicte d’assassiner celui dont il ignore être son propre père. Il se contentera finalement de le brutaliser. Scène après scène, chapitre après chapitre, la machine destructrice semble entraîner Mohamed inexorablement vers son destin, conférant ainsi au roman de Driss Bouissef de nombreuses similitudes avec La machine infernale de Jean Cocteau. “Je ne me suis pas inspiré du mythe d’Œdipe pour mon œuvre, à moins que cela ne se soit fait inconsciemment”, analyse l’auteur.

Jusqu’à ce qu’il tue son personnage dans un commissariat, tout se passe comme si l’auteur faisait tout pour rendre son héros antipathique au lecteur, à mesure que sa personnalité se dévoile. “Je comprends la haine de mon personnage. Mais j’estime qu’il ne mérite pas de sympathie. Je suis né moi-même dans un quartier populaire, j’aurais pu finir comme lui si j’avais voulu”. Reste la principale qualité de ce roman : une aversion assumée pour le misérabilisme, faisant du Fils du souk une sorte de manuel de l’anti-héros.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2008 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés