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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Nadia Lamlili

Shopping. Solde qui peut !

Au Maroc, la pratique des rabais
n’obéit à aucune réglementation.
(TNIOUNI / NICHANE)

En ce début d’année, les grandes enseignes du prêt-à-porter se lancent dans la course des soldes. Mais en l’absence d’une réglementation, l’activité connaît de sérieux dérapages. Tour des rayons.


Perplexe, une adolescente replie un énième pull ausculté sur l’étagère. “Mais ce n’est pas possible, il n’y a que du XXL”, marmonne-t-elle, après avoir vérifié les étiquettes de tout le rayon. “Restez zen, on ne peut pas tout avoir, le prix et les tailles”, réplique une autre cliente à côté d’elle. Zen ! Le mot prête à sourire. Dans cette boutique du
Maârif, à Casablanca, les filles se pressent devant les cabines d’essayage, les bras chargés d’articles, tandis que d’autres font défiler les cintres ornés d’étiquettes fluo, marquées “-30%” ou “- 50%”. Pour un jour de semaine, l’achalandage est inhabituel, et les vendeuses fatiguent déjà de devoir ranger des piles de vêtements… pour les voir aussitôt dépliés. “À ce rythme, nous allons tout écouler en une semaine”, lâche une vendeuse au milieu d’un tas de pulls. C’est dire si les soldes ont démarré sur les chapeaux de roue chez Marwa, la fièvre acheteuse s’étant emparée des clientes dès le samedi 5 janvier, premier jour de braderie. “Le chiffre d’affaires a été multiplié par deux et demi ce jour-là. Un record !”, se félicite Karim Tazi, le patron de l’enseigne marocaine. Celle-ci est l’une des premières enseignes à dégainer en matière de rabais. Hormis l’Espagnol Mango et le Français Jennyfer, la plupart des boutiques du quartier Maârif n’étaient pas encore rentrées dans la course en ce début de semaine. Les très attendues soldes de Zara ne devaient commencer que le jeudi 10 janvier. Sur la même rue, les vendeuses de Promod et de Stradivarius (propriété du même groupe détenteur de la carte Mango) étaient sur les starting-blocks pour le même jeudi. Sinon, les autres enseignes n’avaient aucune visibilité sur les dates de démarrage. “Nous ne savons pas encore”, répète-t-on chez Celio, Etam, Océane et autres marques étiquetées jeunes. Rien à brader, circulez…

Petites ruses entre soldeurs
En ce début d’année, les boutiques de prêt-à-porter bradent, comme d’habitude, en rangs dispersés. En l’absence d’une réglementation, les soldes sont assujetties au bon vouloir des enseignes. Certaines confondent allégrement soldes et liquidation, en profitant pour racler leurs fonds de boutique, replaçant dans les rayons tous les stocks invendus des saisons précédentes. D’autres, certes moins connues, ne se gênent pas d’afficher “Soldes” toute l’année avec des publicités mensongères sur les taux de rabais: -50%, -60%, jusqu’à -70% ! L’astuce ? Gonfler les prix quelques jours avant le début des soldes, pour les casser à nouveau. “À Rabat, nous avons surpris une grande marque de chaussures qui soldait ses produits à -15%, alors que les mêmes articles se vendaient au même prix, mais sans soldes, à Casablanca”, témoigne Mohamed Ouhssine, membre de l’Association de protection du consommateur et de l’environnement. “Comment envisager une réglementation des périodes de soldes, alors que certains magasins n’affichent même pas leurs prix, en violation de la loi sur la concurrence !”, s’indigne Mohamed Tamir, président de l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (AMITH). Difficile de résister à la tentation d’une comparaison avec les pays européens : “En Europe, les marques rachètent les invendus de leurs fournisseurs à bas prix, et les mettent en soldes à des rabais encore plus intéressants, analyse Khadija Mekouar, de l’Observatoire de la franchise. Mais au Maroc, les taxes douanières sont trop élevées et il n’y a pas de zone franche où les opérateurs pourraient déstocker leurs marchandises. Ceci sans compter les retards de livraison”. Bref, les entreprises du secteur ont d’autres chats à fouetter. Et la réglementation des soldes “n’est vraiment pas la priorité du moment”, de l’aveu même de cet industriel du textile.

En attendant une loi
Pourtant, un projet de loi existe. Il s’agit de la fameuse loi sur la protection du consommateur, que les gouvernements successifs promettent depuis une dizaine d’années, sans jamais l’adopter. Celle-ci comporte un article consacré à la pratique des soldes, qui oblige les opérateurs à indiquer les anciens prix comme les nouveaux, la date du début et de la fin des soldes ainsi que les taux de remise appliqués. Et si ces conditions ne sont pas remplies, l’utilisation du terme “soldes” ou de ses dérivés est tout simplement interdite. “Ce texte a fait l’objet d’un premier examen en Conseil de gouvernement, en décembre 2006. Il est prévu qu’il soit reprogrammé durant le premier trimestre 2008”, promet Mounia Boucetta, directrice du commerce intérieur au ministère du Commerce. En attendant, celle-ci se félicite de l’organisation spontanée que connaît le secteur, avec l’apparition des grandes surfaces, des franchises et des centres commerciaux. Suivant la politique de leurs maisons-mères, les enseignes étrangères pratiquent les ventes en solde avec un planning bien déterminé. Chez Zara, par exemple, les rabais commencent avec un jour ou deux de décalage dans tous ses magasins, aux quatre coins du globe. L’enseigne baisse les prix sur toute sa collection d’hiver, et pas sur des invendus ou des fins de série. Néanmoins, si la remise peut atteindre les 70%, le taux dépend avant tout du succès du produit : plus un article est demandé, moins le rabais est intéressant. Et les livraisons font souvent défaut : “Nous recevons toujours de petites quantités pour pouvoir les écouler le plus rapidement possible”, explique une responsable de l’enseigne espagnole. Résultat : même chez les marques mondialement connues, le consommateur n’est pas toujours sûr de trouver son compte. “Il n’y a pas d’aussi bonnes affaires que dans les magasins français. Ici, les bons articles partent très vite et ne restent jamais jusqu’aux soldes”, se plaint une habituée de la marque. “Au Maroc, les soldes ne sont pas intéressantes parce que c’est le fast fashion qui prime. Les boutiques changent leurs produits à un rythme très rapide”, surenchérit Karim Tazi, patron du groupe Richbond et ancien président de l’AMITH. Malgré tout, les opérateurs sont unanimes : le consommateur marocain a réellement attrapé le virus des soldes. Tout l’enjeu reste donc de mettre fin à l’anarchie qui caractérise la pratique. Mais pour cela, il ne faut pas trop compter sur les opérateurs… qui ont déjà du mal à s’organiser en association professionnelle. L’association marocaine des commerces en réseau, créée par les gros distributeurs, a rapidement sombré dans des guerres d’intérêts pour ne devenir aujourd’hui qu’une coquille vide. La plupart des opérateurs préfèrent l’adoption d’une loi en bonne et due forme. Mais visiblement, le législateur a d’autres chats à fouetter…



France. Des soldes ultra-réglementées

Des files interminables, constituées aux premières heures du matin, des magasins qui ferment leurs portes pour empêcher les clients de se piétiner… nous sommes en France, où le phénomène des soldes déclenche une indescriptible cohue. Cette année, le démarrage officiel a eu lieu dans tout le pays le 9 janvier. Mais il faut savoir que la détermination des périodes reste une affaire régionale, les dates étant fixées par le préfet. Mais tous les magasins obéissent à une réglementation stricte. Les soldes ne sont autorisées que pendant deux périodes par an, et leur durée ne peut dépasser les six semaines. Par ailleurs, ces opérations ne peuvent porter que sur des marchandises proposées à la vente et payées depuis au moins un mois avant la date de lancement des soldes. Par ailleurs, les ventes doivent être précédées ou accompagnées d’une publicité, et sont conditionnées par de réelles réduction de prix. On comprend alors pourquoi une bonne partie de la bourgeoisie marocaine aime les escapades parisiennes, en début d’année. Surtout que les soldes en Europe touchent aussi les produits de luxe. C’est même dans cette catégorie d’articles que les rabais font la différence et les bonnes affaires le sont vraiment.

 
 
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