El Himma : lexplication ?
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Ahmed R. Benchemsi
(SEBASTIEN MICKE/PARIS MATCH)
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Et si le scénario El Himma avait été construit sur la perspective dune victoire du PJD ? Ça expliquerait tout !
Cinq mois après la démission de Fouad Ali El Himma du poste de ministre de lIntérieur bis, quatre mois après son élection au Parlement, la question reste posée. Pourquoi ? Pourquoi lintime du roi a-t-il abandonné le premier cercle exécutif, là où ça se passe, pour investir un hémicycle sans pouvoir de décision aucun ? Dis- grâce ? Non, décidément, ce nest pas crédible. Pour créer un parti ? Ce serait du déjà vu, et ce serait gros
Pourquoi, alors ? Jaimerais proposer une
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hypothèse qui, à ma connaissance, na pas été avancée jusquici : peut-être bien que ce scénario a été conçu, à lorigine, dans la perspective dune victoire du PJD aux élections. Dans ce cas, tout sexpliquerait !
Récapitulons, en partant de cette hypothèse. Quelques mois avant les élections, Mohammed VI croyait, comme tout le monde dailleurs, que la victoire des islamistes était inéluctable. Mais il comptait quand même appliquer la procédure démocratique standard : confier la formation du gouvernement au parti arrivé en tête, le PJD en loccurrence. Cest pourquoi il devait anticiper en créant, avant même que les élections naient lieu, un anticorps efficace au mal vert qui allait bientôt frapper le pays. En tant que stratège politique n°1 du pays (enfin, n°2), El Himma était tout désigné pour jouer ce rôle. Comment ? En se faisant élire député puis, par le jeu des alliances et des transhumances, en remodelant le paysage parlementaire à sa guise. Objectif : y rassembler une majorité (ou plutôt en faire lappoint, ce qui est plus discret), capable de faire tomber le gouvernement, si le roi le juge nécessaire. Dans cette hypothèse, le sacrifice dEl Himma, enfin, fait sens. Mohammed VI aurait assigné à son homme de confiance la mission la plus cruciale qui soit : contrôler un gouvernement islamiste !
Sous Hassan II, pour contrôler un gouvernement (socialiste, par exemple), Driss Basri bidouillait à lavance la carte électorale, avec un unique objectif : sassurer à lavance quil y aurait suffisamment de partis hors de la coalition gouvernementale pour, le cas échant, leur donner consigne de se coaliser et de voter une motion de censure qui ferait sécrouler lédifice. Ce nest jamais arrivé jusque là, mais enfin, le défunt roi prenait toujours ses précautions. Il se trouve que son fils a choisi la démocratie. Or la démocratie a cet inconvénient : on ne peut pas prévoir ce qui va sortir des urnes. Et peut-être aussi que Mohammed VI, toujours par respect pour la bonne règle, était davance rétif à lidée de souffler des consignes à la Basri. Noyauter le Parlement en y intégrant son plus proche collaborateur (avec la formidable force dattraction quEl Himma nallait pas manquer dexercer sur les députés, renverser le gouvernement serait un jeu denfant)
aurait donc été pensé comme une alternative au système Basri. Un système de contrôle moins grossier et, pour tout dire, plus nouvelle ère que le précédent
Voilà qui expliquerait la mémorable sortie dEl Himma sur 2M, quelques jours à peine après avoir été élu député. Encore sur sa lancée, il avait violemment tancé le PJD ! Parce quil était venu pour ça
Sauf que le scénario avait été construit sur une erreur de pronostic : le PJD a perdu. Programmé pour être une contre-force, El Himma, finalement, sest retrouvé en position de force
tout court. Tout seul, sans adversaire, et donc sans mission. Il lui faut maintenant en trouver une nouvelle. Donner lexemple aux autres députés, notamment par lassiduité ? Oui, bon
Il va vite sennuyer, le pauvre homme. Cinq ans à assister à des joutes creuses, ça lasse. Peut-être, finalement, va-t-il quand même créer son parti. Histoire de rentabiliser son intrusion dans le monde politique. Son enjeu initial (contrer le PJD) nest plus valable pour les cinq ans à venir. Mais il pourrait être réactivé en 2012. Sauf que cette fois, El Himma contrera les islamistes en amont, en les empêchant de gagner. C'est-à-dire en gagnant à leur place.
Peut-être bien, finalement, que tout cet échafaudage nest que pure spéculation. Ce qui est sûr, cest que la monarchie devait contrôler le jeu, et cest ce qui sest produit. Parce que telle est sa vocation, inscrite au cur de lADN hassanien : écraser la classe politique marocaine, quoi quil advienne. Il faut avouer que, vu son état, la classe politique marocaine mérite un tel sort. Mais ça, cest une autre histoire
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