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Par Souleïman Bencheikh
Parlement. La tribu de Si Fouad
Les poids lourds du groupe.
Fouad Ali El Himma.
Président de la Commission des Affaires étrangères, de la Défense nationale et des Affaires islamiques.
Najib Ouazzani. Chef du groupe parlementaire
Hamid Narjiss. 5ème Vice-président du Parlement |
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Dans l'hémicycle, aux côtés de Najib Ouazzani et Hamid Narjiss.
(TNIOUNI / NICHANE)
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Que fait Fouad Ali El Himma depuis son arrivée au Parlement ? À quoi ressemble son groupe et peut-il, un jour, se transformer en parti politique ? Analyse.
La première session parlementaire de la législature prend fin ce 16 janvier. Une trêve hivernale de trois mois, qui marque le début dun nouvel épisode politique. Alors que les derniers mois, riches en rebondissements, ont tenu en haleine les passionnés de politique, la période qui souvre sannonce beaucoup plus monotone. Exit la démission surprise du numéro 2 du régime, digérée la nomination dun |
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Premier ministre improbable, oubliés les partis mis à la porte du gouvernement en une nuit. La place est désormais faite à un gouvernement orchestré par Abbas El Fassi et composé des partis de lancienne majorité qui, à lexception du Mouvement populaire, ont rempilé pour cinq ans. Cest dire le triste ennui qui sannonce ! Heureusement, El Himma est là ! Lex-secrétaire dEtat à lIntérieur continue de perturber la douce quiétude de la vie parlementaire. Autant son hyperactivité a été âprement commentée, autant ses absences sont dûment consignées. Après un été et une rentrée surchargés (démission, candidature aux Rhamna, victoire électorale, constitution dun groupe parlementaire, présidence dune commission), Fouad Ali El Himma semble avoir disparu du circuit officiel. On le disait depuis peu député assidu, il est désormais aux abonnés absents à la Chambre des représentants. Il a subitement disparu, depuis quelques semaines, des allées du Parlement, confie ce député. On le disait membre officiel de la délégation marocaine à Manhasset pour les négociations avec le Polisario, on le croit aujourdhui participant officieux. Fatiha Layadi, sa colistière aux Rhamna et porte-parole du groupe Tradition et modernité, est pourtant catégorique : Il ne fait pas partie de la délégation officielle. Il ne faut pas prêter attention aux rumeurs.
De la liste au groupe
Tête de liste aux législatives, El Himma présentait à ses côtés Hamid Narjiss, son oncle maternel, et Fatiha Layadi, ancienne journaliste politique. Le trio a réussi ce que tout le monde attendait : rafler les trois sièges de la circonscription à la barbe de ténors bien implantés. Et avec la manière : le taux de participation record aux Rhamna a fait figure de modèle, la campagne El Himma et la communication organisée autour nont suscité que des éloges. Répondant à nos questions, Fatiha Layadi concède volontiers que la victoire de cette liste SAP doit beaucoup au symbole que représente Si Fouad et à sa proximité de Mohammed VI. Et après son éclatante victoire, El Himma sest évertué à entretenir le suspense sur son rôle à venir dans le paysage politique marocain. Certains lont vu Premier ministre, dautres ont insisté sur son discours presque anti-islamiste. Le raz-de-marée du PJD évité et le gouvernement nommé, il a fallu se rendre à lévidence : non seulement El Himma na pas rempilé dans lexécutif, mais il ne semble pas non plus avoir pesé - du moins directement - dans la composition du casting gouvernemental. Que restait-il dès lors à cet homme habitué aux premiers rôles ? Pouvait-il se contenter de la simple casquette de député ?
On lui a alors prêté lintention de créer un parti, son parti, et surtout celui du roi. Dans limmédiat, cela risque de ridiculiser (davantage) une classe politique dont la crédibilité se réduit déjà comme une peau de chagrin, note un observateur. Pas de parti, donc. Du moins pas pour linstant. Il nempêche que dès quil met les pieds au Parlement, El Himma se lance dans une véritable campagne de recrutement. Les trois SAP des Rhamna ont ainsi été rejoints, en quelques jours, par 33 députés : 12 élus de lalliance PND - Al Ahd, 14 de petits partis et quelques transhumants du MP et du RNI. Satisfait de ses 36 députés, El Himma ferme les portes. Il a juste assez délus pour doubler sur le fil lUC et ses 27 élus. Il ne lui en faut pas plus pour devenir le sixième groupe parlementaire, de quoi sassurer la présidence dune commission et un siège dans la cascade des vice-présidences du Parlement.
Un parti sans programme
Trois mois plus tard, quont fait ces 36 élus ? Ont-ils une autre ambition que celle de peser au Parlement, une institution elle-même très affaiblie ? Fatiha Layadi est presque agacée par les interrogations que suscite le groupe parlementaire dont elle est la porte-parole. La presse en a trop parlé ! Et elle ne sy intéresse que parce quEl Himma en est membre, peste-t-elle. Quoi de plus normal. Le groupe Tradition et modernité, apprend-t-on, se réunit au rythme de deux à trois heures par semaine, comme le feraient les membres dun vrai parti. Un parti à la composition aussi hétéroclite que possible (Ce qui compte, cest la qualification des personnes, pas leurs origines politiques, argumente cette source proche dEl Himma), qui veut exister politiquement, mais sans prendre de couleur politique, pour reprendre lexpression de sa porte-parole. Nous ne voulions pas nous adosser à un grand parti et prendre une couleur politique. Nous nen avons dailleurs toujours pas. Le clivage droite - gauche nexiste plus vraiment. Regardez ce qui se passe en France !.
Le choix même du nom du groupe, Tradition et modernité, manifeste une volonté de rupture avec les clivages classiques. Ce faisant, le groupe de Ali El Himma se construit une identité consensuelle. On se souvient du tracteur choisi comme symbole de campagne, une icône simple et très terre-à-terre. Cest de ce pragmatisme que veut se prévaloir le groupe parlementaire, surtout que sa virginité politique lui permet de se positionner en dehors du jeu partisan
tout en se gardant une marge pour y contribuer. Si le groupe dEl Himma nourrit quelque ambition, plus quun parti, il serait un rassemblement. Un peu comme létaient, à une autre époque, les indépendants dAhmed Osman, avant de se muer en formation politique en 1978. Car en refusant de prendre une couleur politique et en optant pour le consensus, le groupe Tradition et modernité ne peut évoluer vers autre chose que le parti du roi.
On nen est pas encore là. Pour le moment, El Himma se contente de son groupe, ce qui ne loblige pas, à la différence des partis classiques, à fournir un programme. Sa position de soutien au gouvernement est pourtant diversement appréciée. Le groupe Tradition et modernité sera-t-il le gendarme du gouvernement ? El Himma sera-t-il le censeur dEl Fassi ? La seule session automnale du Parlement ne suffit pas à fournir les (bonnes) réponses.
Les yeux rivés à gauche
Dans tous les cas, lex-numéro 2 du régime a déjà fait le nécessaire en semparant de la présidence de la Commission des Affaires étrangères, de la Défense nationale et des Affaires islamiques. Une commission taillée sur mesure, qui couvre les compétences des trois ministères de souveraineté les plus sensibles. En endossant la responsabilité du domaine royal, il se fait le rempart de Mohammed VI au Parlement, sans pour autant empiéter sur un domaine économique, chasse gardée de Mounir Majidi. Il a presque les mêmes questions à étudier quauparavant, mais avec nettement moins de prérogatives. Utile sans être encombrant, en somme. Loin du ministère de lIntérieur, où il tirait les ficelles du champ politique, il ne reste théoriquement au député El Himma que de sy plonger pour lorgner, au mieux, une casquette de chef de parti version nouvelle ère. Sauf que cest une autre paire de manches. Il est plus facile de récupérer des députés déjà élus que de faire élire des députés ou des conseillers communaux, note un observateur. Les élections supposent un appareil structuré capable de mobiliser des militants aux quatre coins du royaume. Même les structures quasiment avalées via son groupe (comme le PND, Al Ahd ou même le MDS) risquent de ne pas suffire si un éventuel parti El Himma se lance dans larène électorale.
Ce dernier a en fait besoin dun bien plus gros poisson. Et force est de constater que tous les yeux sont aujourdhui rivés à gauche, surtout avec la fenêtre dopportunité quoffre la démission de Mohamed Elyazghi. Il y a une crise identitaire au sein de la gauche. LUSFP doit réussir sa mue et elle pâtit de sa mauvaise gestion de la transition démocratique : trop de scissions lont affaiblie. Le problème est maintenant de savoir ce que veulent les caciques, lance Fatiha Layadi. Le groupe Tradition et modernité se fait ainsi lécho du mécontentement palpable du souverain face à une classe politique qui peine à se renouveler. Lentrée de Fouad Ali El Himma au Parlement suffit, à elle seule, pour témoigner de la piètre estime qua le Palais pour les formations politiques. Comme un Prométhée envoyé parmi les hommes, El Himma semble être là pour rehausser le blason de lhémicycle. Et tout le monde semble sen accommoder
sauf peut-être les islamistes du PJD qui, les premiers, ont perçu la menace quil pouvait représenter. Car lhypothèse dun El Himma dépêché à lhémicycle pour mener la dragée haute au PJD, donné favori aux législatives, est crédible. Lorsquil était encore au ministère de lIntérieur, il a montré tous ses talents de négociateur, en arrachant aux amis dEl Othmani des concessions sur les communales de 2003. Sans doute était-il le plus apte à jouer pour le roi le rôle dépouvantail anti-islamiste. Mais tous les pronostics ont été déjoués : le PJD na pas raflé la mise. El Himma et son groupe se retrouvent dans une situation difficile pour exister politiquement. Dans lattente de sortir du bois, peut-être se contenteront-ils de meubler les cinq ans à venir. Comme tant dautres. |
[voir la carte]
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Ali El Himma. Un député pas comme les autres
Ce nest pas la première fois que Fouad Ali El Himma siège dans lhémicycle. Déjà en 1995, il était élu communal et avait accédé au Parlement suite au décès dun député MP. Absentéisme oblige, ses deux années en tant que député avaient été plutôt insignifiantes. En 2007, la donne est différente. Son entrée à la Chambre des représentants sest faite par la grande porte. Conscient de son poids, il a demandé des locaux à la mesure de son statut. Un fonctionnaire du Parlement se souvient : Il réclamait un grand bureau, bien équipé. Mais on ne pouvait en accorder à un simple député !. Un ancien président de groupe, rodé au jeu parlementaire, note justement que la présidence de la commission qua obtenue El Himma lui permet de bénéficier de moyens intéressants (locaux, matériel, personnel), un peu comme un chef de groupe. Un autre fin connaisseur des rouages parlementaires rappelle quun chef de groupe parlementaire doit être prêt à prendre fréquemment la parole. Le poste réclame un tribun. Par contre, la présidence dune commission est beaucoup plus une planque : jouer le médiateur sans être trop exposé, avoir des moyens sans trop dépendre de son groupe. |
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