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Par Mohamed Jibril
Livre. Naissance dune nomade
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Nicole de Pontcharra
(DR)
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Dans Une enfance sirocco, Nicole de Pontcharra raconte son enfance blessée, où Marrakech fut la source dune initiation à la beauté et à louverture aux autres.
De lécrivain française d'origine russe, née à Lyon et ayant vécu à Marrakech de 1945 à 1955, on connaît essentiellement luvre poétique, égrenée au long douvrages tantôt liés au voyage, tantôt dédiés à des artistes-peintres maghrébins. On la connaissait aussi la commissaire du Salon du livre de Tanger, entre 2000 et 2006. Aujourdhui, Nicole de Poncharra dévoile, dans un livre |
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autobiographique, le récit peu commun de son enfance. Demblée, Une enfance sirocco vous saisit à la fois par sa densité et sa retenue, avec ce ton pudique dans lévocation des évènements tragiques qui ont marqué lunivers et les choix dêtre de lauteur. Par touches sobres, défile son enfance franco-russo-marrakchie sur fond de protectorat déclinant au Maroc.
Décimée par la révolution de 1917 en Russie, puis par la Deuxième guerre mondiale en France, la famille russe de Nicole de Pontcharra a connu des pertes cruelles. Sa mère a été fauchée à Lyon par une balle allemande, sous les yeux de ses très jeunes filles. Recueillies en avril 1945 par leur tante Catherine, qui vivait à Marrakech, les deux orphelines vont connaître une seconde naissance dans une maison de Djenan ben Chegra, adossée au Palais El Bahia. Etrange petit monde, en rupture avec la ville européenne du Guéliz, lové dans la médina et, comme la décrété laustère tante, sans liens avec les origines russes.
La narratrice a longtemps appris à façonner son propre enracinement. Loin des identités closes, elle a cultivé des attaches multiples qui, à lâge mûr, traceront une trajectoire où (elle) circule depuis longtemps démotion en émotion, noir, lumière, noir, lumière, accumulant les strates.
Limage de la tante
Sa tante Catherine a profondément marqué lauteur : Elle ma appris la résistance, lexigence, même si la sienne, excessive, la conduite à une solitude absolue. Personnage intense, secret et douloureux, Catherine est passionnée par lunivers marrakchi, par ses gens, ses arts, mais elle se garde de toute fusion ou abandon de soi. Elle a transmis à ses nièces le goût de lauthenticité, de lattention vraie et le refus des conformismes et des préjugés. Il fallait goûter heure après heure aux quartiers, aux pauvres et aux riches, aux textes, comme elle le faisait, pour savoir la couleur, la densité de la terre marocaine, sa dureté aussi. Si lauteur affirme sêtre construite en fonction de ce quelle aime et de ce quelle rejette en Catherine, elle retient comme une maxime les paroles de celle-ci : Maintenant, tu sais ce qui est important : la dignité et la beauté.
Avec le peintre Jacques Azéma, marrakchi dadoption, la narratrice enrichit son horizon esthétique et malgré les sombres appréhensions de son initiateur, elle ne veut pas se résigner à la perte de lenchantement du pays et de la vie. La voix poétique de Nicole de Pontcharra trouve là une de ses sources vives. Au lieu dabdiquer face aux malheurs et aux désillusions, elle souvre au voyage, à la découverte renouvelée des autres et de la beauté qui, pour elle, est impérative : Les chambres ardentes consument le rêve sans lépuiser. Cet entêtement vital, à la limite du raisonnable, elle la retrouvé et aimé chez de grandes poétesses russes, telles Anna Akhmatova ou Marina Tsvétaéva. Au cur de cet élan qui fera delle une âme nomade, toujours sollicitée par les invitations au voyage, se trouve toujours Marrakech : Je la garde sous la peau, reliquaire magique et rédempteur. Cest sur les traces de lartiste Mohamed Abouelouakar, fils de Marrakech vivant le plus souvent en Russie, que lauteur va découvrir plus en profondeur le pays de ses ancêtres, resté mythique et lointain pour elle. Le chemin de Marrakech passe aussi par les marais de Diatlovo, écrit-elle en évoquant le hameau où elle a accompagné ce peintre. Une métaphore qui résume le chemin de Nicole de Pontcharra, où la quête obstinée de la beauté et la densité des rencontres et des liens sont, finalement, sa seule vraie patrie.
Une enfance sirocco de Nicole de Pontcharra, éditions Non lieu, Paris, 2007 (144 pages).
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