|
Par Jean Berry
Cinéma.
Zineb Oukach. Une Casaouie à Hollywood
Jeune et jolie, talentueuse et déterminée, lactrice marocaine est à laffiche de Détention secrète, un thriller politique où elle côtoie quelques pointures de Hollywood. Portrait.
Un conte de fée. Cest un peu le mot qui vient à lesprit lorsquon écoute Zineb Oukach évoquer sa carrière naissante. Attablée dans un café de Montmartre, à deux pas de son appartement parisien, la jeune actrice de 25 ans raconte ses débuts dans les ateliers de théâtre de la FOL, ses séances photo pour des magazines féminins durant ses années lycée et son départ en France il y a trois ans. Inscrite au Cours Florent |
|
et multipliant les stages avec Jack Waltzer (de lActors Studio), Zineb fait sa première apparition sur le petit écran dans la peu mémorable sitcom Une famille très respectable, de Kamal Kamal. Elle enchaîne avec un premier rôle au cinéma, dans Parfum de mer, de Abdelhay Laraki. Aujourdhui, elle est à laffiche de Détention secrète (Rendition), film hollywoodien au casting prestigieux, tourné en partie à Marrakech et attendu incessamment dans les salles marocaines. Sa prestation dans ce thriller politique lui a valu les éloges des critiques, certains allant jusquà lui pronostiquer une nomination à lOscar du meilleur second rôle féminin
Peut-être pas pour cette fois. Mais on ne sait jamais : à Hollywood, ils sont assez imprévisibles, tempère la jeune femme, qui tente de garder les pieds sur terre. Le film, qui aborde le sujet sensible des programmes de détention illégale de la CIA dans le cadre de la lutte anti-terroriste, a suscité la polémique dans le pays de lOncle Sam. Il nen est pas pour autant pressenti pour figurer au palmarès de la 80ème édition des Oscars, prévue pour le 24 février.
Parmi les grands
Un conte de fée, donc, qui commence forcément par un événement fortuit. Un jour, mon prof dart dramatique, Georges Bécaud, est venu me voir en me disant : Zineb, il y a un casting et il est pour toi, raconte la comédienne. Et ça marche ! La Marocaine décroche le rôle et se retrouve transportée dans une autre dimension. Fini le Cours Florent. Direction les Etats-Unis et le Maroc, pour des semaines de tournage sur un plateau pour le moins relevé, aux côtés de Meryl Streep, Reese Witherspoon, Jake Gyllenhaal et le réalisateur sud-africain Gavin Hood. Quelques mois après le tournage, cest la tournée de promotion américaine, en décembre 2007. Entre suites de grands hôtels, séances quotidiennes de maquillage et journalistes qui défilent, la jeune Casablancaise prend de lassurance et de la bouteille. Depuis, elle a rencontré Ridley Scott à Londres, passé un casting pour un rôle de James Bond girl (trop jeune, pas assez espagnole, regrette-t-elle). À Paris, celle qui semble promise à un bel avenir radieux croise Mohamed Lakhdar Hamina, le fameux réalisateur algérien (Chroniques des années de braise, 1975), Yamina Benguigui, avec qui elle a failli tourner le téléfilm Aïcha, rôle finalement décroché par Sofia Essaïdi, ou encore Rachid Bouchareb, le réalisateur dIndigènes
mais lactrice nen dit pas plus sur ses prochains projets.
De foi et de désir
Pourtant, tout na pas été si facile. À commencer par des parents peu enthousiastes quant au choix de leur fille de suivre une carrière artistique. Ils auraient préféré me voir médecin ou avocate, faire un métier plus classique. Du coup, ils ne mont jamais encouragée dans cette voie, se souvient-elle, avant de poursuivre : Ma sensibilité artistique sen est retrouvée un peu étouffée. Jai dû la protéger. Mais quand on a la foi et le désir, on y arrive. Je me suis jetée dune falaise et, maintenant, il faut que japprenne à voler pour ne pas me casser la figure. Aujourdhui, cest contre tout un système quelle estime se battre : En France, ce nest pas facile dêtre Marocain et acteur, on nous fait constamment sentir quon est typé, arabe ou musulman. Mais je continue, parce que, de toute façon, si ma place est ici, je finirai par la prendre.
De la détermination, et une certaine idée du cinéma. La jeune actrice dit avoir dévoré le cinéma européen, cite Antonioni, Mastroianni et Une journée particulière, Bergman et Truffaut. Idem pour le cinéma américain indépendant, Cassavetes et Dustin Hoffman. Les Américains ont une technique que les Européens nont pas. Mais ces derniers ont autre chose, une émotion : Pénélope Cruz, cest lEspagne, et Sofia Loren, lItalie, poursuit-elle, se laissant aller à un patriotisme bon teint : Si demain je suis une star, je serai une star marocaine. Lavenir du cinéma ? Cest dans les pays du Sud quelle le voit : Le Maghreb, lAsie, les pays de lEst
nous avons dautres choses à raconter, une nouvelle vision. Les Américains et les Européens ont déjà tout dit.
Désormais, cest au Sud que ça se passe. Pas étonnant dès lors de la retrouver dans un film éminemment politique. Avant de lire le scénario, je redoutais de retrouver un film typiquement américain, avec une vision stéréotypée et manichéenne des arabes. Finalement, je lai trouvé assez juste dans lécriture, avec des personnages pas trop caricaturaux, juge-t-elle. En plus, ce qui a été formidable, cétait la confiance que mont accordée la production et le réalisateur. Cela ma permis dapporter ma touche au personnage.
Un rôle de composition
Détention secrète raconte le parcours dun ingénieur américain dorigine égyptienne, kidnappé par la CIA et détenu dans un pays dAfrique du Nord ou du Moyen-Orient non identifié, et le combat de sa femme, qui fait tout pour retrouver sa trace et remonte aux plus hauts échelons de lEtat. En parallèle, un analyste de la CIA découvre, pour sa première mission, une police secrète qui nhésite pas à emprisonner en toute illégalité et torturer un homme sur la base de simples suspicions. Dans cet entrelacs de destins mêlés, Zineb Oukach incarne une adolescente arabe qui veut devenir une femme, mais fait face à un conflit générationnel et culturel avec son père. Et ce dernier nest autre que le tortionnaire. Driss Roukhe, autre Marocain au casting, parle dun film très différent du premier long-métrage de Gavin Hood, Mon nom est Tsotsi (Oscar du meilleur film étranger en 2005, ndlr). Un film à la fois politique et psychologique, avec des personnages complexes, explique lacteur, qui avait déjà donné la réplique à Zineb Oukach dans Parfum de Mer. Il évoque justement une actrice très professionnelle, qui arrivait sur le plateau dans la peau de son personnage, et gardait toute son énergie pour son rôle. Un rôle de composition, difficile, avec un personnage tourmenté. Du sur mesure pour Zineb ? |
 |
Détentions secrètes. Le Maroc cité
Le film Détention secrète, dans lequel joue Zineb Oukach, entend dénoncer la procédure de rendition, instituée par Bill Clinton et renforcée par Georges W. Bush. Cette clause aurait permis à la CIA darrêter des centaines de personnes soupçonnées de terrorisme, avant de les déplacer et les détenir en secret dans différents pays, au mépris des lois internationales. La CIA aurait envoyé des personnes vers lArabie Saoudite, lEgypte, la Jordanie, le Maroc, le Pakistan et la Syrie, souvent en affrétant des avions loués à des compagnies écrans, lit-on dans les pages consacrées à Amnesty International dans la note de production du film. LONG a également reçu des informations concordantes faisant état de centres de détention secrets fonctionnant ou ayant fonctionné sous la direction des Etats-Unis en Afghanistan, à Guantanamo, en Irak, en Jordanie, en Ouzbékistan, au Pakistan, en Thaïlande et en dautres lieux, en Europe et ailleurs, notamment à Diego Garcia, territoire britannique de lOcéan Indien. Certaines personnes sont ensuite réapparues dans des centres de détention officiels des Etats-Unis, conclut lONG. |
|
|