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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ahmed R. Benchemsi

Lamentable !

Ahmed R. Benchemsi
(SEBASTIEN MICKE/PARIS MATCH)

Pour Elyazghi, le vote des Marocains n’a aucune valeur, seule compte la légitimité historique ! Et ça prétend incarner le progrès !!


Mohamed Elyazghi a donc été évincé, il y a un mois, de la direction de l’USFP (Union socialiste des forces populaires). Son intervention au conseil national tenu le week-end dernier était donc très attendue.

Première surprise (mais en est-ce vraiment une ?) : la mise à l’écart d’Elyazghi ne devait rien aux résultats calamiteux de sa formation aux
législatives du 7 septembre 2007. Ç’aurait pourtant été plus que légitime : de premier parti au Parlement, il a chuté à la cinquième position, perdant pas moins d’une vingtaine de députés ! Pensez-vous que cela lui ait été reproché ? Pas du tout ! Le problème, la raison profonde de la bronca anti-Elyazghi, menée par quelques gros pontes du comité politique de l’USFP, était… qu’il n’avait pas réussi à placer ces mêmes pontes au gouvernement ! Un impardonnable casus belli, selon les canons réels du parti. Elyazghi l’a compris, puisqu’il a confirmé son intention d’en abandonner définitivement le leadership.

L’USFP conservera donc une “direction collégiale” jusqu’au prochain congrès, prévu “au printemps”. Comme pour montrer qu’il part peut-être, mais que sa capacité de nuisance reste intacte, le vieux crocodile… est opposé à la formule ! Et au nom de quoi ? C’est là où cela devint comique : au nom d’un précédent en la matière qui s’était produit en… 1958, il y a un demi-siècle !! Et de convoquer le souvenir de Mehdi Ben Barka, de Abderrahim Bouabid, du Fqih Basri et de Abdellah Ibrahim… tous morts et enterrés depuis belle lurette ! La voilà, la vraie culture de l’USFP : celle du passé, de l’éternel retour aux figures légendaires et tutélaires, pour mieux s’aveugler sur les enjeux présents. Lamentable, il n’y a pas d’autre mot…

Mais ce n’est pas fini. M. Elyazghi s’est aussi justifié sur le problème (le vrai, donc) qui a fini par le mettre à terre : les ambitions contrariées des gros bonnets socialistes. En gros : “Ce n’est pas moi qui les ai écartés, c’est le roi. Il me l’a personnellement dit au téléphone !”. Et en creux : “Vous ne vouliez tout de même pas que je m’oppose au roi, quand même”. On imagine qu’après ce passage, on a dû entendre les mouches voler, au conseil national… En passant, cela enfonce un dernier clou dans le cercueil politique de Abbas El Fassi, qui, malgré ce qu’en ont dit des conseillers royaux (que personne n’a crus), n’a décidément pas eu son mot à dire dans la formation de son propre gouvernement.

Le détail des échanges de Mohammed VI avec Elyazghi (via son second Radi, dans un premier temps, puis directement au téléphone) vaut aussi son pesant de cacahuètes : à la question royale de savoir pourquoi l’USFP avait demandé 7 ministères pendant la négociation du gouvernement, début octobre, Elyazghi a répondu ceci : “J’ai dit que le parti ne pouvait pas être traité au vu de son seul poids électoral, mais en tenant compte de son poids politique et de son poids réel dans le paysage politique national”. Le “poids politique” et “le poids réel” seraient donc différents du poids électoral. Extraordinaire ! Le vote des Marocains n’a donc aucune valeur, la seule chose qui vaille la peine d’être prise en compte est la légitimité historique ! Et ces gens prétendent incarner le progrès !!

Et pour finir, le pompon : l’absurde “ministère d’Etat sans portefeuille” dont Elyazghi a été gratifié malgré cette collection de ratages consistait, dit-il, en “un geste du souverain pour faire bénéficier l’USFP d’un traitement particulier”. Même si rien ne le justifiait !! Voilà donc où en est la politique marocaine : des élections libres se tiennent, le principal perdant n’en tire aucune leçon, réclame des choses indues pour des prétextes fallacieux et le Palais, juste pour le consoler, lui propose un poste gouvernemental aussi inutile que ridicule. Et il accepte, et en fait une question de fierté !

Quand on voit tout ça, on comprend pourquoi seuls 37% (et encore) des Marocains font confiance en leur système politique. C’est même beaucoup trop, quand on y réfléchit…

 
 
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