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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari

Gouvernement. Les 100 jours de Abbas

Le 13 octobre 2007. Abbas El Fassi
présente ses félicitations au roi,
à l’occasion de Aïd Al Fitr, dans
le sillage de son prédécesseur,
Driss Jettou.
(AFP)

Le Premier ministre est sur le point de boucler une période de bizutage, au cours de laquelle il aura laissé beaucoup de plumes. Comme prévu.


Non, il n’y a pas eu de révolution, “et il n’y en aura jamais avec Si Abbas”, comme nous l’explique ce proche du Premier ministre. Le contraire eût été étonnant. Abbas El Fassi fait tout comme prévu. Il n’a rien changé à ses habitudes, ou alors certains détails et gestes de la vie quotidienne. Du pur anecdotique, du style “Abbas roule en Mercedes noire conduite par un chauffeur”. C’est à peine si une légère aspérité
fait épisodiquement saillie dans le déroulement de la journée de Si Abbas : le Premier ministre, qui n’est pas connu pour être un matinal, s’est fait un peu violence en chamboulant les heures fixées pour l’alarme de son réveil. “S’il vous donne rendez-vous tôt le matin, il viendra, sinon, vous n’avez guère de chance de le croiser”, nous confirme notre source dans l’entourage de Si Abbas. Cela veut dire que le successeur de Driss Jettou à la primature délègue de plus en plus la gestion de ses affaires “matinales” à son adjoint, et gendre, le ministre des Affaires générales, Nizar Baraka, mais aussi à son chef de cabinet, Hassan Abdelkhalek, membre du comité exécutif de l’Istiqlal. Les deux hommes déblaient un peu le terrain pour le chef, et c’est très bien ainsi.

Changer ? Un peu, pas du tout
El Fassi (dé)roule sur du velours, entouré de proches et de supporters de toujours. Nommé le 19 septembre, mais entré en fonction le 15 octobre 2007, le numéro 1 de l’Istiqlal coule tranquillement les dernières heures de son délai de grâce : 100 jours, donc, où il a surtout brillé par sa discrétion. Conservateur, il l’a été, même dans sa gestion au jour le jour des membres de son nouvel entourage. Ne rien changer ou alors le faire à de telles doses homéopathiques que le changement se fait sans bruit ni vague. “À son arrivée, il n’a rien chamboulé, préférant s’appuyer sur les conseillers (à la primature) hérités de Driss Jettou”. C’est à peine si on lui prête, aujourd’hui, l’intention d’échanger un ancien conseiller, Fouad Zaïm, contre un nouveau, Mustapha Hanine, ex-parlementaire connu pour avoir siégé, au nom de l’Istiqlal, dans la commission (parlementaire) des Finances. On pense aussi que Si Abbas n’a toujours pas renoncé à l’idée d’adjoindre aux membres de son cabinet, ou à la cohorte de ses conseillers, l’ancienne journaliste-vedette des talk-shows politiques, Malika Malak, longtemps reine des plateaux marocains avec l’émission Wajhoun Wa Hadath.

Les 100 premiers jours de notre homme ont été marqués par une mini-crise, le curieux match Maroc - Sénégal de décembre 2007, où les deux pays amis n’ont heureusement pas joué les prolongations. Le reste porte un nom : la routine. Celle des visites officielles de chefs d’Etat étrangers, où Abbas El Fassi a plutôt joué les figurants, loin, très loin même, de l’impression dégagée par les premiers mois du règne de Jettou, pourtant pas le plus remuant des ministres du nouveau règne. Une phrase résume la posture effacée du nouveau Premier ministre : le titre paru dans les colonnes du Matin du Sahara du 15 janvier, à l’occasion de l’arrivée du roi Abdallah de Jordanie au Maroc : “Le souverain jordanien reçoit Abbas El Fassi”. Ah bon ? La formule obéit bien sûr aux contraintes d’un certain protocole (qui voudrait qu’un Premier ministre ne peut recevoir un roi). Mais elle renseigne, un peu malgré elle, sur le charisme et l’activité très peu visibles du Premier ministre. Comment affirmer le contraire quand on rappelle que, lors du passage de Nicolas Sarkozy au Maroc, en octobre 2007, le chef d’Etat français a annulé son seul tête-à-tête avec le Premier ministre marocain, sans que personne n’y trouve à redire. Même pas Abbas, bien entendu.

Un Premier ministre déplumé
À défaut de briller, El Fassi subit. Comme lorsque, en toute fin 2007, un décret, suivi d’un communiqué du cabinet royal, a officiellement délesté la primature de trois agences placées jusque-là sous sa tutelle : les Agences du Nord, du Sud et de l’Oriental. Le Premier ministre a reçu ce surprenant “cadeau” de fin d’année, laissant filer les trois agences vers l’Habitat, département ministériel dirigé par Taoufiq Hejira, il est vrai, lui aussi ministre istiqlalien. Un proche d’El Fassi commente le passage de témoin : “Hejira allait hériter des trois agences, c’était prévu. Et puis, entre nous, le vrai patron des Agences reste le ministère de l’Intérieur, puisque c’est lui qui contrôle les collectivités locales, principaux bailleurs de fonds, et que le tout est largement inscrit dans le cadre de l’INDH (Initiative nationale pour le développement humain)”. Abbas El Fassi se serait délesté sans déplaisir de trois agences dont le contrôle allait forcément lui échapper ? Soit. Mais cela relève plus du hasard, ou alors de la volonté royale, que d’une stratégie propre au leader de l’Istiqlal.

Et puis, cette opération de délestage n’est pas la première de son genre, puisque le Premier ministre a assisté, quelque temps auparavant, à un autre “glissement”. Celui de la Direction des investissements extérieurs (DIE), hier contrôlée par Driss Jettou, aujourd’hui passée dans l’escarcelle du ministère du Commerce et de l’Industrie, dirigé par Ahmed Chami. Abbas El Fassi s’apprête donc à boucler ses 100 jours de grâce, en y laissant déjà des plumes, donnant parfois l’impression de raser les murs, abandonnant des parts de terrain, sans rien gagner en échange. Et sans broncher ! Ce n’est peut-être pas fini, El Fassi n’en étant qu’au début de son mandat à la tête du gouvernement.
Bon courage pour la suite.



Istiqlal. Un Abbas III si Dieu (et le roi) le veut !

Une partie de l’avenir politique du numéro 1 de l’Istiqlal se joue aujourd’hui. Le cadre est celui du conseil national, l’une des trois instances de décision du parti avec le Comité exécutif et le comité central. “Abbas en est à deux mandats à la tête de l’Istiqlal et, pour pouvoir rester, il est obligé de faire changer les statuts du parti”, explique un dirigeant du P.I. Le Conseil national, réuni en conclave ce samedi, pourrait pousser à une révision des règlements pour permettre à Abbas El Fassi de briguer, légalement, un troisième mandat à la tête du parti fondé par Allal El Fassi. Les partisans d’un Abbas III ne sont pas les plus nombreux, mais, de l’aveu des nombreux adversaires de Si Abbas, “ils sont très actifs”. Au-delà de l’obstacle des statuts, qui ne semble pas si insurmontable, le secrétaire général de l’Istiqlal devra convaincre à plusieurs niveaux : celui du Comité de la présidence (une sorte de Conseil des sages mené par Mhamed Boucetta et Mhamed Douiri), du Comité exécutif, qui semble lui être majoritairement hostile, et… du Palais, qui appelle clairement au rajeunissement des élites politiques. Sans oublier, comme nous l’a expliqué avec ironie ce dirigeant istiqlalien, que Si Abbas est tenu de respecter une promesse faite aux siens : “Je ne toucherai pas aux lois (qui interdisent au numéro 1 de l’Istiqlal de rempiler plus d’une fois à la tête du parti)”, aurait-il déclaré dans l’une des dernières grands-messes de l’Istiqlal.

 
 
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