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Par Malika Guillemain-Loudifa
Société. Désirs dAsie
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La cuisine asiatique sest fait
une place dans les murs
alimentaires marocaines.
(DR)
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Tourisme, bien-être, décoration, arts culinaires
depuis quelques années, le consommateur marocain sest laissé séduire par lart de vivre made in Asia. Un engouement qui dépasse le simple exotisme.
Dans le petit vestibule sobrement décoré, le client est accueilli par des fumées dencens, des murmures deau et une musique apaisante. Les mains jointes près du visage, Jindakul Anueng, la gérante thaïlandaise des lieux, sincline dans un Sawadee-kha de circonstance (bonjour dans la langue asiatique), avant dinviter le visiteur à abandonner ses |
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chaussures
et ses soucis. Bienvenue chez Swayna, un institut de massage thaï, ouvert en août dernier dans le quartier Gauthier à Casablanca, par Fatim-Zahra Samoudi. Cette ancienne cadre financier, qui a passé plusieurs années en Asie, en est revenue adepte du yoga et avec une ferme croyance aux vertus du massage thaï. Un vrai soin thérapeutique, qui a autant de points communs avec la version rapportée par des touristes libidineux quun danseur étoile avec un sumotori. En Thaïlande, où il existe autant de salons de massage que dépiceries au Maroc, le soin fait même lobjet dune formation diplômante, reconnue par le ministère de la Santé. Des salons de massage comme Swayna, il y en a de plus en plus dans la ville blanche, proposant une large gamme de soins, prodigués par un personnel asiatique, souvent thaïlandais, parfois philippin. Une clientèle fidèle vient sy délester du stress de la vie urbaine et se ressourcer avec les recettes de la tradition asiatique. Et à en croire la propriétaire du centre de remise en forme, celle-ci est de plus en plus nombreuse.
Le même constat émane de Raja Gharbi, présidente de lAssociation marocaine de yoga (AMY, créée en 1987), et qui dirige avec son mari, Driss Benzouine, le centre de yoga et de développement personnel Sadhana. Au début, ce sont principalement les étrangers qui pratiquaient le yoga. Mais les Marocains sont aujourdhui de plus en plus nombreux, toutes catégories sociales confondues, à sy intéresser. Même les entreprises sy mettent !.
Question : que cherchent les yogis marocains, dont leffectif est estimé à un millier par lAMY ? Respirer, se détendre et un bien-être dénué de toute religiosité
sachant quils ont chacun sa propre croyance, répond Raja Gharbi.
Autre pratique de relaxation également en vogue, le reiki, une technique curative dorigine japonaise pour le corps, le mental et lesprit, qui se transmet par limposition des mains, précise Rima Fadili Toutain, professeur de yoga et maître-reiki à Rabat, qui ajoute : Cette technique est en corrélation avec nos pratiques ancestrales basées sur les massages, les plantes médicinales et le hammam. Créé à Rabat en 2003, le Centre de pratique et denseignement du reiki traditionnel au Maroc (CEPRUM) attire de nombreux adeptes. 120 praticiens y ont été formés depuis sa création et certains exercent dans des domaines plus ou moins inattendus. Depuis janvier 2007, le Centre intervient auprès des enfants abandonnés du Centre Lalla Hasna, senthousiasme Rachida Bouiri Dinia, présidente du CEPRUM.
Destination en vogue
À ces voyages intérieurs, dautres préfèrent le voyage tout court. Et depuis quelques années, lAsie a le vent en poupe dans les bons de commandes des agences de voyage, la Thaïlande en tête. Une destination manifestement à la mode, comme le confirment les chiffres de visas accordés à des ressortissants marocains. À en croire Rajaâ Belarbi, de lAmbassade royale de Thaïlande à Rabat, cette dernière a délivré, ces trois dernières années, entre 3000 à 4000 visas. Surtout que ce sont des visas plus faciles à obtenir que ceux des pays européens, les Etats-Unis ou le Canada, fait remarquer Amina Essakalli, dirigeante dune agence de voyages à Rabat.
Hormis son exotisme, lautre raison du succès de la destination réside dans les prix pratiqués. Aujourdhui, un voyage en Thaïlande coûte beaucoup moins cher qu'un séjour classique en Espagne ou dans dautre pays européen. Le séjour de quinze jours coûte aujourdhui entre 11 000 et 14 000 DH par personne, tout compris, explique Tarek Lahmamsi, responsable tourisme dEurasia, tour-opérateur spécialiste du continent asiatique et dont les ventes sur la destination ont doublé en quatre ans.
LAsie chez soi
Et quand on hésite à se déplacer en Asie, on en fait entrer un petit bout chez soi. Meubler zen nest en effet plus réservé aux happy few voyageurs, qui auront rapporté deux ou trois souvenirs de vacances. La tendance mondiale du mobilier asiatique na pas épargné le Maroc. En outre, les artisanats asiatique et marocain, qui ont en commun le travail du bois, se mélangent plutôt bien, remarque un commerçant casablancais, spécialisé en mobilier en provenance de Thaïlande, du Vietnam et de Birmanie. Mais cest surtout une certaine élite qui ladopte. La classe moyenne nen a pas encore les moyens, sempresse-t-il de nuancer. Lignes dintérieur, une galerie ethno-chic casablancaise, sest même fait une spécialité des meubles contemporains et des antiquités asiatiques. Le concept est né de ma connaissance des cultures asiatiques et de la richesse de leur artisanat. Le vide sur le marché et lenvie quont les Marocains de meubler autrement ont fini par me convaincre, précise Farida Amara, propriétaire de cette salle des trésors.
Et quand ce nest pas le meuble, cest lesprit asiatique qui fait son entrée dans les foyers marocains. Une tendance notée par Yasmine Lahlou, jeune décoratrice casablancaise qui a adopté le feng shui, art daménagement intérieur chinois de plus en plus demandé par sa clientèle. Miloud, artiste de profession, est plutôt fasciné par lesthétisme des jardins japonais, cette approche minimaliste qui a lair simple à réaliser, mais qui demande une grande adresse. Un peu comme des sushis. Les sushis, justement. Autrefois symbole des mets exotiques, le plat nippon sest aujourdhui fait une place de choix dans les murs alimentaires des habitants (aisés) des grandes villes marocaines : de Tanger à Agadir, en passant par Casablanca, Fès et Rabat, les restaurants japonais poussent comme des champignons noirs. En 2004, Hicham El Bouanani et Mehdi Hsissen, deux amis denfance, inaugurent le premier restaurant de la chaîne Kiotori à Casablanca. Quatre ans plus tard, ils sapprêtent à ouvrir le sixième, à Tanger. Même frénésie pour la franchise Matsuri, qui a annoncé son implantation prochaine à Agadir, Marrakech et Tanger. Le succès du filon nippon a suscité des vocations. Ainsi, en janvier 2007, Kamal Alami sassociait à deux Coréens pour ouvrir le Seoul Garden à Casablanca, premier restaurant spécialisé dans la cuisine du pays du matin calme. À Rabat, Sukhothaï, un restaurant 100% thaï, a ouvert à la même période. Là encore, succès assuré, moyennant une petite acrobatie culinaire, comme lexplique le gérant du restaurant : Le chef thaï a conçu une carte plus adaptée à nos habitudes alimentaires. Il est vrai que, dans nos contrées, le dépaysement gustatif a ses limites
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Lexique. Zen, soyons zen !
Yoga, reiki, feng shui
en Asie, le mieux-être fait partie intégrante de la culture locale. Et derrière chaque discipline existe une véritable doctrine, le plus souvent dénuée de tout fondement mystique ou religieux. Le yoga (littéralement union) est une philosophie de vie indienne vieille de plus de 4000 ans, qui considère le corps et lesprit comme un tout indivisible. Reconnue pour ses vertus thérapeutiques, elle permet dassouplir le corps et, surtout, de maîtriser son stress et ses émotions. Le reiki (source de vie universelle en japonais) a été fondé par Mika Usuï vers la fin du XIXème siècle à partir de pratiques ancestrales du bouddhisme japonais. Via une imposition des mains du donneur sur le corps du receveur, cette technique permettrait déquilibrer les canaux dénergie de ce dernier et lui faciliterait la maîtrise de sa force mentale. Le feng shui, littéralement vent et eau, est un art daménagement intérieur chinois millénaire. Selon cette technique, en agençant lespace, les meubles et les objets dune manière bien précise, il est possible dinfluer sur la circulation de lénergie au sein dun lieu. |
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