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Par Souleïman Bencheikh
MRE. Le Conseil de la discorde
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21 décembre 2007, palais royal
de Rabat. Abdellah Boussouf et
Driss El Yazami, lors de leur
nomination par le roi aux postes respectifs de secrétaire général
et président du CSCME.
(MAP)
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Le 21 décembre, le roi a nommé les 37 premiers membres du nouveau Conseil des MRE. Comment et pourquoi faire ? Enquête.
Une nouvelle étoile complète désormais la galaxie des instances dédiées aux Marocains de létranger. Dans son discours du 6 novembre 2007, soit un an après avoir demandé au Conseil consultatif des droits de lhomme (CCDH) démettre son avis pour une meilleure représentation des MRE, Mohammed VI a tracé les grandes lignes de leur nouveau Conseil. Principales dispositions : le CSCME (Conseil supérieur de la communauté marocaine à létranger) dépend |
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directement du roi et na quun rôle consultatif. Autre constat non moins significatif : les premiers membres de ce Conseil ne sont pas élus. Il sagit en effet dun Conseil transitoire, pour proposer, dans quatre ans, un mode de sélection plus démocratique. Depuis le 21 décembre, le CSCME a aussi un président. Il sagit de Driss El Yazami, longtemps pressenti au poste, un des hommes les plus en vue de la défunte Instance équité et réconciliation. Le Conseil compte également 36 autres membres nommés. Et sur les cinquante sièges que compte linstance, treize sont encore vacants.
La polémique, déjà
Les ajustements restent ainsi possibles, et beaucoup les appellent de leurs voeux. Car le jeune Conseil est déjà la cible de toutes les critiques. Les mécontents dénoncent autant le manque de représentativité des membres du CSCME que labsence de transparence qui aurait caractérisé le processus de leur nomination. Associatifs ou politiques, au Maroc ou à létranger, ils nont pas de mots assez durs. Florilège : Nous voulons informer le roi quil y a eu duperie. Les responsables de ce projet lui ont présenté leurs amis et non des personnes méritantes, nous confiait Aziz Saret, président de lAlliance mondiale des Marocains de létranger au lendemain des nominations. Saïd Charchira, directeur du Centre européen détudes et danalyses sur la migration, est lui aussi très amer : Une fois de plus, les responsables du dossier ont laissé échapper une occasion pour mettre en place un véritable Conseil au service des Marocains de létranger. Après un ministère sans budget et sans vision, on leur sert un Conseil sans âme et sans contenu. Au Maroc, du côté des partis politiques, même son de cloche. Dans un communiqué, les militants de lUSFP en Europe ont fait savoir leur refus absolu de la méthodologie suivie dans la désignation des membres. Le bureau politique du PSU sest lui aussi fendu dune franche condamnation du processus. Le PJD, le Mouvement populaire et dautres encore ont adopté une attitude similaire. Nos partis politiques retrouvent ainsi une habitude perdue en cours de route : contester, se rebeller, dire Non tout simplement. À leurs yeux, il y a de quoi : lesprit même de ce Conseil visait à en exclure la composante politique. En novembre 2006, le Congrès mondial des citoyens dorigine marocaine demandait déjà décarter les partis politiques du processus, au motif quils ne disposent pas dune réelle implantation dans les pays daccueil. Implicitement, on comprend la difficulté : il est risqué de donner une couleur politique au CSCME dans des pays où limmigration est un sujet éminemment sensible. Et il est toujours délicat de politiser des questions nationales quand elles peuvent interférer dans les relations internationales. Concrètement : quattend-on des émigrés marocains ? Quils sintègrent dans leurs pays daccueil ? Ou quils regagnent la mère patrie ? Et de quels émigrés parle-t-on ? Des étudiants, des ouvriers, des jeunes en difficulté, des cadres
? Pour les réponses, il va falloir attendre.
Peu après sa nomination à la tête du CSCME, Driss El Yazami a simplement indiqué, sur 2M, que le Conseil est appelé à jouer plusieurs rôles, dont celui dencourager le retour des compétences marocaines. Sera-t-il amené à traiter différemment les étudiants, les cadres et les autres ? Ne sadressera-t-il quà la frange la mieux lotie de la communauté marocaine à létranger ? Auquel cas, le discours sur la représentativité du Conseil na plus aucun sens : plus aucune nécessité dun Conseil élu, puisque le seul besoin est économique, celui de lefficacité et du développement. Décidément, les 50 milliards de dirhams quenvoient chaque année les quelque 3,5 millions de MRE pèsent très lourd dans la balance !
Sous le signe du CCDH
Si, dès sa naissance, le CSCME subit le feu des critiques, cest bien parce que, comme le souligne Saïd Charchira, il ny a pas pire difficulté que la mise en place dun Conseil dont la genèse est contestée. De fait, aucun consensus na été atteint, même au sein du groupe de travail qui a réfléchi à la mise en place du CSCME. Petit rappel des faits : le 4 novembre 2006, soit deux jours avant le discours royal confiant au CCDH la mission de plancher sur le futur Conseil des MRE, un groupe de travail de 14 personnes se réunissait à Marrakech à la demande du secrétaire général du CCDH, Mahjoub El Haiba. Driss El Yazami nen était alors quun consultant externe. Il fera son entrée au CCDH quelques mois plus tard, à la faveur du renouvellement de sa composition. Par la même occasion, il devient membre à part entière du groupe de travail. Mais en mars 2007, les membres de ce fameux groupe de travail, indépendants (du CCDH) pour la plupart, découvrent avec stupeur quils ont été mis hors-circuit. Abdelkrim Belguendouz, qui en faisait partie, dénonce ainsi une OPA du CCDH sur le travail accompli. Brahim Ouchelh, autre membre déçu du groupe des 14, est tout aussi catégorique : Très vite, il y a eu des divergences au sein de léquipe : des forces occultes interféraient dans le dossier, nous nen avions plus aucune maîtrise. Nous avons été manipulés. Notre caution morale a été dévoyée. En fin de compte, le groupe dexperts na même pas eu connaissance des recommandations et du rapport remis au roi par le CCDH. Joint par téléphone, Driss El Yazami, le président du CSCME, semble encore chercher sa réponse : Le Conseil tiendra une conférence de presse dans une quinzaine de jours, promet-il. Malgré sa bonne volonté, il pourrait avoir du mal face au feu nourri des critiques. Et il est obligé daller au débat, à la confrontation didées. Chose que lintéressé a préféré esquiver lorsque, sur le plateau de lémission Tayarat sur 2M, il a refusé davoir comme invité surprise un certain Abdelkrim Belguendouz. En tout état de cause, le CSCME est né dans la douleur et la contestation. Il a quatre ans pour tenter de répondre à cette double question : de quoi sera fait lavenir de la représentation politique des MRE ? Déjà exclus du Parlement, les émigrés marocains pourront-ils, comme le veut le roi, être représentés par un Conseil élu ? |
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Représentativité. Un fauteuil pour trois
La communauté marocaine à létranger est théoriquement représentée, quant à la défense de ses intérêts, par trois instances :
La Fondation Hassan II. Instituée par un dahir de juillet 1990, elle est entièrement dédiée aux MRE. Depuis 1996, elle est présidée par Lalla Meriem et Omar Azziman en est actuellement le président délégué. Ses champs daction sont la culture, le social et léconomie. Mais elle échappe au contrôle du gouvernement (notamment en termes budgétaires) et na aucune valeur représentative.
Le ministère des MRE. Créé en 1990, le ministère des MRE a tour à tour dépendu de la primature ou des Affaires étrangères. Mais il est toujours resté une coquille vide. Sous Youssoufi, il a même disparu pour devenir un sous-secrétariat dEtat. Prudente, lancienne ministre déléguée, Nezha Chekrouni, nous a confié quil faut trouver un meilleur moyen de coordination entre les différents acteurs de la question des MRE.
Le CSCME. Le nouveau Conseil est né des recommandations de lInstance équité et réconciliation (IER), formulées en 2005. Trois discours royaux se sont succédé depuis. En novembre 2005, le roi explique la nécessaire représentation des MRE au Parlement. Le 6 novembre 2006, il confie au CCDH la mission de formuler des propositions pour la création dun conseil représentatif. Et en novembre 2007, le CSCME voit le jour. Il doit remplacer le système préexistant des «amicales», qui réunissent des associations souvent noyautées par les sécuritaires. |
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