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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

On a perdu. Zakaria Boualem fait la gueule, et il en veut à la terre entière.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Comme tout le monde, le moral de Zakaria Boualem a été indexé cette semaine sur les résultats de notre équipe nationale. Autant dire qu’il a vécu des moments difficiles. Il a commencé par assister à la plus belle demi-heure de football marocain depuis belle lurette - hors matchs amicaux s’entend. Le petit Alloudi qui marque trois buts et qui propulse les actions de Vivelle dans la stratosphère, Sektioui qui, en fin de carrière, se prend soudain pour Zidane et réussit tous ses dribbles avec son air de sortir du lit, le nouveau Basser qui réussit tous ses centres sans se décoiffer... Si on devait proposer une définition convaincante du bonheur selon Zakaria Boualem, ça ressemblerait à cette demi-heure, forcément. À la mi-temps, notre homme exulte. Il allume la guerre des clans en affirmant que c’est le Raja qui va ramener la Coupe d’Afrique. Puis, la tuile : Alloudi sur le flanc - touché en plein vol par un tackle sol-air, puis le même Alloudi, assommé par sa propre langue de bois, qui annone au micro de la TVM : “Hamdoullah, oui, je suis blessé, mais je vais pas me plaindre, hamdoullah, non, non, je ne suis pas déçu, même pas, hamdoullah, vraiment”. Un vrai numéro d’équilibriste : il ne faut pas se plaindre, sinon on a l’air d’un mauvais musulman, mais il ne faut pas avoir l’air content de soi, sinon on attire le mauvais œil. Et ça devient très compliqué. Si on continue comme ça, on ne pourra plus rien dire. Et puis, la Guinée. Comme tout le monde, notre homme était convaincu qu’elle n’avait pas d’autre ambition que celle de se faire battre par le
Maroc, rapidement si possible et sans blesser personne, et merci. Apparemment, personne ne les a prévenus du programme – probablement une erreur de l’organisation ghanéenne. Ils nous ont marché dessus, tout simplement. Le malheureux Moncef Zerka, tout seul en pointe, avait l’air d’un poussin à côté de Bobo Baldé, qui l’écrasait d’une seule cuisse.

1 m 90 pour 91 kilos, tbarek Allah tout de même. Que faisait Marwane Chamakh sur le banc de touche ? Pourquoi Kaïssi et Kharja ? Qu’avons-nous fait pour mériter cela ? Il a fallu plus d’une heure pour que les blancs, très élégants au demeurant, arrêtent de balancer des grands ballons aveugles dans l’espoir de voir Zerka se propulser au dessus de Baldé par une sorte d’insulte à la physique des matériaux. Zakaria Boualem avait l’impression de les voir tourner un remake de la pub Méditel, celle ou le ballon ne touche pas le sol. Au passage, il souhaite réclamer à 2M un peu plus de discrétion sur l’utilisation des logos des opérateurs de téléphonie mobile qui, lorsqu’ils ne cachent pas la moitié de l’écran, se contentent d’énerver tout le monde.

Bon, et donc on a perdu, et Zakaria Boualem fait la gueule, et il en veut à la terre entière. À Henri Michel de ne pas avoir fait entrer Chamakh plus tôt, à Zerka de ne pas avoir mangé les mêmes céréales que Bobo Baldé, à Alloudi de nous avoir laissé y croire, à Hadji d’être tout seul, à l’arbitre de ne pas avoir sifflé un penalty pour main, et à lui-même de ne pas être un supporter de badmington. On n’y gagne pas plus souvent, mais ça fait moins mal de perdre, c’est plus discret, et il paraît qu’on peut même faire semblant d’être fair-play quand on perd. Du coup, il devient un peu négatif, notre homme. Il cherche une solution. Faire jouer le match contre le Ghana au Stade de France ? Trouver une grand-mère marocaine à Baldé ? Jouer avec deux gardiens de but, juste pour éviter un nouveau but-casquette, qui nous oblige à démarrer le match avec un handicap d’entrée ? Ces erreurs de gardien nous esquintent le moral, un peu comme l’IR. Un truc apparemment obligatoire et inutile. Il est désemparé. Il s’en remet aux autorités compétentes pour trouver une solution. Sinon, c’est clair, il risque de devenir encore plus négatif. Eh oui, c’est possible ! Dernière chance lundi.

 
 
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