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Par Mehdi Sekkouri Alaoui
Révélations.
Maroc-Israël. Les liaisons secrètes
Un livre, publié la semaine dernière en Israël, revient sur les relations occultes entre le royaume et lEtat hébreu. Son auteur, Shmouel Seguev, qui se définit comme journaliste et ancien collaborateur des services secrets (israéliens), nous en trace les grandes lignes.
Ben Barka, Ben Gourion : une amitié, une trahison
Jai rencontré le leader de lopposition marocaine en 1958 à Florence, en Italie, du temps où jétais correspondant du journal israélien Maariv à Paris. Il participait à une conférence à linvitation du maire de la |
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ville. Lors de notre discussion, il ma avoué avoir une profonde admiration pour le modèle israélien des kibboutz et pour le Premier ministre de lépoque, David Ben Gourion. Il pensait que lexpérience des kibboutz aurait pu inspirer les responsables marocains. Mehdi Ben Barka est parti par la suite à la rencontre du conseiller diplomatique de lambassade dIsraël à Paris, qui était en réalité le chef du Mossad en France. Est-ce que Ben Barka connaissait la nature véritable de la mission du conseiller ? Je lignore. Dans tous les cas, il a demandé à son interlocuteur de largent et des armes pour organiser lopposition (à la monarchie) dont il était alors le symbole. Le diplomate - agent na pas donné suite à la demande de Ben Barka, mais il a tout de suite fait un compte rendu détaillé de la rencontre à Ben Gourion, qui sest empressé à son tour den faire part au roi du Maroc.
Le Mossad et le kiosque-boîte aux lettres
Le Mossad na rien à voir avec lenlèvement ou la mort de Mehdi Ben Barka. Oufkir a demandé de laide (aux services secrets israéliens) pour lenlèvement, mais il na pas reçu de réponse positive. Les Marocains ont beaucoup insisté, mais le Mossad les a seulement aidés pour repérer et retracer les itinéraires de Ben Barka. Le leader de lUNFP, qui voyageait beaucoup à travers le monde, avait pour habitude de se servir dun kiosque à journaux à Genève comme dune boîte postale, où il venait régulièrement récupérer son courrier. Le Mossad a été le premier à avoir cette information et la transmise aux services secrets marocains. Une fois informé, Oufkir a placé des hommes devant ce kiosque jour et nuit. Et il a fallu environ deux semaines pour que Ben Barka pointe son nez. Les agents marocains nont eu alors quà le suivre pour découvrir quil avait un pied-à-terre en Suisse.
Dlimi a tué Ben Barka, Oufkir la enterré
Le 29 octobre 1965, Mehdi Ben Barka est enlevé par des policiers français et conduit dans une voiture de location jusquà une villa en région parisienne. Pour moi, il est clair que Ben Barka était toujours vivant deux jours après son enlèvement, le 1er novembre. Il a été torturé par Ahmed Dlimi, dépêché clandestinement en France. Mais il a fini par le tuer accidentellement, alors quil tentait de lui faire avouer quil voulait la peau de Hassan II. Une fois informé du meurtre, le général Oufkir est arrivé à son tour à Paris pour organiser lenterrement. Ce dernier a eu lieu dans les jours suivants dans un chantier près dune autoroute. Contrairement à ce qui a été dit, le corps de Mehdi Ben Barka na jamais quitté la France.
Services marocains et israéliens, main dans la main
Lors du déclenchement de la Guerre des sables, en 1963, entre le Maroc et lAlgérie, le chef du Mossad, Meir Amit, doté dun faux passeport, sest rendu dans la région de Marrakech pour rencontrer le roi Hassan II. Il lui a assuré que le Mossad était prêt à lui apporter son aide et lui a fourni des informations déterminantes sur les unités égyptiennes (qui apportaient leur soutien à larmée algérienne). Meir Amit a également préparé pour Hassan II un compte rendu sur les activités de lopposition marocaine en Egypte, que le Mossad suivait de très près. Pour lanecdote, et toujours en 1963, le colonel Dlimi sétait rendu pour la première fois en Israël avec un passeport israélien, quil avait récupéré auprès de lambassade dIsraël à Paris.
Des instructeurs israéliens ont formé des officiers marocains de larmée de terre, des pilotes de Mig-17 soviétiques et des membres des services de renseignement. Ils ont aussi conseillé larmée marocaine lors de la construction du Mur de défense la protégeant des attaques du Front Polisario. Israël a également vendu des armes et de léquipement militaire au Maroc (radars, chars
) mais, le plus drôle, cest que le gouvernement marocain ne voulait pas traiter directement avec lEtat hébreu. On a donc fait appel au Shah dIran, qui a pris sur lui de tout acheter (auprès dIsraël) et de tout revendre (au Maroc).
Lexode juif, de Mohammed V à Hassan II
Durant le protectorat, lémigration des juifs marocains vers Israël était tout à fait légale. Les partants se voyaient même remettre des passeports français avant deffectuer le grand voyage. Mais tout le monde navait pas le droit de partir : il y avait quand même une politique de quotas.
Au lendemain de lindépendance du Maroc, Mohammed V ne voulait plus laisser partir les juifs marocains. Il devenait difficile dobtenir un passeport lorsque vous étiez juif, même si cétait pour se rendre ailleurs quen Israël. Le sultan considérait que les juifs étaient de très bons candidats pour assumer des postes de responsabilité au Maroc, et il craignait une sorte de fuite de cerveaux qui handicaperait un Maroc alors fraîchement indépendant. Le Mossad a alors réagi en montant lopération dite Encadrement, conjointement avec lagence juive de limmigration. Le but était de sortir des juifs du Maroc, mais clandestinement. Des agents du Mossad ont dabord fait le tour du royaume sous de fausses identités, rencontrant les juifs désirant quitter le pays. Ils les enregistraient et les faisaient embarquer dans des navires de contrebandiers en direction de Sebta et de Gibraltar. Dautres migrants juifs prenaient plutôt lavion, avec de faux papiers mis à leur disposition par les agents israéliens. Après la mort de Mohammed V et larrivée de Hassan II au pouvoir, les choses vont totalement changer. Les Israéliens, peu satisfaits du faible nombre de juifs qui arrivaient à quitter le Maroc dans ces conditions, voulaient plus. Ils entament des négociations avec les responsables marocains dans ce sens. Les rencontres entre Marocains et Israéliens ont eu lieu, dabord à Casablanca, ensuite à Paris puis à Genève. Elles se termineront par la conclusion dun accord. Cest ainsi que 76 000 juifs ont quitté le Maroc entre 1961 et 1964. Leurs passeports collectifs étaient signés de la main du général Oufkir, qui a chapeauté toute lopération. Les migrants transitaient par Gibraltar ou Marseille. Les responsables marocains auraient perçu, à titre de compensation, quelque chose comme 250 dollars par tête (de migrant juif) des mains des Israéliens. |
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Shmouel Seguev. Journaliste et ex-barbouze
En Israël, le géniteur de la énième version de la mort de Mehdi Ben Barka nest pas un inconnu. Cest un vétéran de la presse écrite, dit de lui ce journaliste israélien. Aujourdhui âgé de 81 ans, Shmouel Seguev a débuté comme capitaine dans les services de renseignement israéliens. Il atterrit dans le journalisme au milieu des années 50, via le quotidien Maariv, dont il est devenu très vite le correspondant en France, puis aux Etats-Unis. Seguev, qui trouve également le temps denseigner les relations internationales dans une université de New York, a déjà à son actif pas moins de 14 livres. Lun de ses ouvrages, publié en 1984, était déjà consacré à lexode des juifs marocains. Son dernier livre, intitulé La connexion marocaine, publié la semaine dernière aux éditions Mattar mais non encore traduit de lhébreu, se veut une radioscopie des relations entre le Maroc et lEtat hébreu. Ses sources ? Je me base essentiellement sur mes contacts avec des membres des services de renseignement israéliens, avec qui je suis en très bons termes, nous a expliqué lintéressé. Pour autant, il assure navoir eu accès à aucune archive et navoir jamais mis les pieds au Maroc. |
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Béchir Ben Barka. Oui, mais
Le fils de Ben Barka attend de lire et de rencontrer, éventuellement, lauteur de la nouvelle théorie sur la mort du célèbre opposant marocain. Il nous a fait part de ce premier commentaire :
Nous ne connaissons que des détails de ce livre, puisquil na pas été traduit de lhébreu, mais nous envisageons de contacter lécrivain. Nous souhaiterions savoir quelles ont été ses sources : cest très important. Nous avons déjà essayé, via la justice, davoir accès aux archives des services israéliens, en vain (
). Ce qui est intéressant dans ce livre, cest quil confirme que le Mossad a apporté une aide logistique (dans laffaire Ben Barka) aux services marocains (
). Sur lenterrement de Mehdi Ben Barka dans la région parisienne, cest une version parmi dautres. Elle a déjà été reprise par Antoine Lopez dans un de ses livres. Ce dernier avait même donné des précisions sur lendroit où le corps aurait été enterré. Le juge en charge de laffaire avait alors procédé à des fouilles, mais il na jamais rien trouvé (
).
Sur le fait supposé que Dlimi ne voulait pas tuer Ben Barka, mais simplement lui faire avouer quil complotait contre Hassan II, je considère que cela nest pas nouveau non plus, puisque beaucoup de versions ont circulé à ce sujet également. On a fini par sy habituer et cette hypothèse reste, à mon sens, tirée par les cheveux. Parce que cest aussi une manière de disculper le régime marocain (
). Mon père avait des contacts avec beaucoup de juifs, mais de là à dire quil était proche du Mossad, cest un peu trop facile. Ces affirmations ne sappuient sur aucune preuve. Aujourdhui, cest le Mossad. Hier, cétait les services secrets tchécoslovaques. Cela ressemble à une campagne destinée à salir la mémoire de Mehdi Ben Barka. Mais ils ne pourront jamais nous arrêter, nous, la famille, dans notre quête de la vérité. |
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