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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Sanaa Elaji


Société. Un rapt à Mohammedia

Hanae E., en compagnie
de son époux, tenant dans
ses bras le petit Yassine.
(TNIOUNI / NICHANE)

Mohammedia a été secouée par l’enlèvement d’un nouveau-né. Une semaine de suspense avant que la police ne mette la main sur la coupable. Retour sur un fait divers cauchemardesque.


Trois jours après avoir récupéré son enfant, Hanae E. ne s’est toujours pas remise du terrible cauchemar qu’elle a vécu, une longue semaine durant. Avec des mots hésitants, où la tristesse le dispute à la colère, la jeune femme raconte son calvaire, serrant d’instinct son bébé dans ses bras. “On avait beau la consoler, elle culpabilisait d’avoir remis elle-même son fils à la kidnappeuse. Elle restait là, silencieuse, le
regard perdu”, se remémore le père de Hanae. C’est le 18 janvier que débute le drame de la jeune mère. Alitée dans sa chambre de l’hôpital Moulay Abdellah à Mohammedia, deux jours après son accouchement, elle voit débarquer une femme plutôt bon chic bon genre, qui se présente comme l’infirmière du service. Après s’être enquise de la santé des deux patientes et de leur progéniture, elle explique à Hanae qu’elle allait prendre son nouveau-né pour changer ses couches. La prenant pour une vraie infirmière, même sans blouse blanche, Hanae se laisse convaincre. Elle confie son enfant à la jeune femme, qui lui remet des pilules supposées calmer les douleurs de sa césarienne, mais “qui se sont avérées être des somnifères”, précise son mari. “En lui remettant mon fils, j’avais remarqué que ses pieds tremblaient. Quand je lui ai posé la question, elle m’a répondu qu’elle était fatiguée d’avoir travaillé toute la nuit”, se rappelle la maman. Inquiète de ne pas voir revenir son enfant, Hanae décide de quitter sa chambre pour aller à sa recherche. Mais elle doit rapidement se rendre à l’évidence : on vient de kidnapper son petit Yassine. “J’étais en pleine crise de nerfs. Je me cognais la tête contre les murs et hurlais de toutes mes forces”, raconte-t-elle. Au bord de l’hystérie, elle garde suffisamment de lucidité pour alerter son mari. Ce dernier prévient aussitôt la police. “La première initiative à prendre en pareil cas relève de la compétence de la police. Celle-ci se charge d’informer toutes les pharmacies de la ville pour que tout achat de lait pour nourrisson lui soit signalé”, explique Abderrahim, le grand-père de l’enfant, encore sous le choc.

Accouchement fictif
Mais ce n’est pas grâce à ce dispositif que la police allait retrouver, une semaine plus tard, les traces du petit Yassine et de sa ravisseuse. Cette dernière, la dénommée S.K., est une femme de 24 ans qui, après trois fausses couches, allait apprendre qu’elle ne pouvait avoir d’enfants. Désespérée, elle décide d’écheveler, puis d’exécuter, un scénario digne d’un mauvais conte bollywoodien. Elle commence d’abord par persuader son époux qu’elle était tombée enceinte. Ce dernier, visiblement crédule, continuera d’ailleurs à croire à sa paternité jusqu’à ce que tombent les résultats, sans appel, des examens ADN. Après l’enlèvement du nourrisson, qu’elle sort de l’hôpital dans un vulgaire panier, S.K. poursuit l’exécution de son plan. Arrivée chez elle, elle fait appeler sa voisine, l’informe qu’elle était en train d’accoucher et lui demande de lui ramener un biberon et des médicaments de la pharmacie. La voisine accourt mais, une fois sur place, elle ne constate aucun signe d’accouchement, ni sur la prétendue mère, ni sur le nouveau-né.

La visiteuse trouve la chose étrange, mais pas plus. Jusqu’au jour où elle rencontre, par le plus grand des hasards, une infirmière de l’hôpital, qui lui conte l’histoire du rapt. Faisant le lien avec sa voisine, elle fait part de ses doutes à l’infirmière. “Celle-ci lui a alors conseillé d’aller voir la police, sous peine de passer pour une complice”, explique le père de Hanae. À l’arrivée de la police, la cérémonie du baptême battait son plein : le mouton était égorgé et les tolba récitaient les versets du Coran. Face aux accusations et malgré toutes les évidences, S.K. maintient sa version, même durant sa confrontation avec Hanae. La police poursuit son enquête, accumulant les preuves contre la “fausse mère”, dont le témoignage de la voisine de chambre de Hanae à l’hôpital et, surtout, l’analyse ADN. S.K. finit par s’effondrer et tout avouer. Elle raconte ainsi qu’elle s’était trompée de chambre, qu’en réalité, elle ciblait “l’enfant d’une maman célibataire, qui a accouché dans le même hôpital et qui avait décidé d’abandonner son bébé”.

Devant la caméra de 2M, le père de Yassine avait promis de ne pas poursuivre le ravisseur en justice. Bon prince, il tient sa promesse. C’est finalement le procureur du roi qui s’en chargera…

 
 
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