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Par Abdeslam Kadiri,
(avec agences)

Italie. La chute de Prodi

Romano Prodi n’est finalement resté qu’un peu plus d’un an à la tête du gouvernement italien.
(AFP)

Rome est sans vrai gouvernement depuis la démission de Romano Prodi. Alors que Silvio Berlusconi réclame des élections immédiates, la gauche tente de gagner du temps...


Une semaine après la démission de Romano Prodi, c’est la crise en Italie. Après avoir rencontré une vingtaine de délégations politiques pendant quatre jours de tractations, le chef de l’Etat, Giorgio Napolitano, a déclaré mardi 29 janvier, qu’il se donnait “un temps de réflexion” avant de prendre une décision. En clair, Napolitano est face à un dilemme : convoquer des élections anticipées, comme le demande
la droite, ou former un gouvernement de transition comme le souhaite le centre-gauche. Mais coup de théâtre ! Mercredi matin, le président italien a demandé à Franco Marini, le président du Sénat, de former un gouvernement de transition... Si Silvio Berlusconi, le leader de la droite, qui demande des élections immédiates, ne se laisse pas convaincre par cette option, le président italien devra dissoudre le Parlement ou nommer un autre chef de gouvernement (on parle de l’actuel ministre de l’Intérieur, Giuliano Amato), pour mener le pays jusqu’aux législatives. Berlusconi devra donc ronger son frein. Comment en est-on arrivé là ?

Romano Prodi a jeté l’éponge le 24 janvier, après un vote de défiance du Sénat. Après la défection d’un parti centriste catholique, l’UDEur (à la suite de la démission du ministre de la Justice), Romano Prodi s’est retrouvé sans majorité. Finalement, 161 sénateurs ont désavoué le chef du gouvernement tandis que 156 lui ont accordé leur confiance. La majorité étant de 160 voix, le gouvernement Prodi a finalement chuté… d’une voix !

Une loi électorale piège
Visiblement, la coalition de Romano Prodi, qui rassemblait tous ceux qui étaient contre la droite, était tributaire d’un système qui favorise l’émiettement du paysage politique et où les petites formations avaient une importance démesurée. La défection de l’UDEur, qui ne représentait pas plus de 1% de l’électorat, a entraîné la mise en minorité du gouvernement italien. Prodi, qui s’attendait à un tel fiasco, a appelé à une réforme de la loi électorale afin d’éviter “les tragédies (…) et la fragmentation politique”. En fait, l’actuelle loi électorale avait été votée par la majorité de Silvio Berlusconi en décembre 2005, à quelques mois des législatives d’avril 2006 pour empoisonner la législature de son successeur, Prodi en l’occurence. L’auteur de la loi, Roberto Calderoli, l’avait lui-même qualifiée de “cochonnerie”. Cette loi a contraint Romano Prodi à rassembler une majorité de 13 partis, dont les divisions constantes ont fini, après 20 mois au pouvoir, par faire chuter son gouvernement. C’est que le cabinet Prodi était miné de l’intérieur avant le vote des sénateurs. Au lendemain de la chute du gouvernement Prodi, la presse s’est penchée sur l’impossible résurrection du centre-gauche. À commencer par La Repubblica, journal proche de la majorité sortante, dont le directeur Ezio Mauro explique que “la mort politique de Romano Prodi est due à l’échec d’une ample coalition qui regroupe tout ce qui peut être alternatif à la droite”. Mauro ajoute toutefois “qu’il serait erroné de penser que son agonie a été principalement provoquée par la défection d’un petit parti centriste. Ce serait sous-estimer les litiges incessants entre centristes, radicaux, verts, communistes et autres”.

Après Prodi, Berlusconi ?
Le gouvernement Prodi, victime de crises intestines et de tiraillements internes, a fini par imploser. La droite, opportuniste et revancharde, se frotte déjà les mains. Cette crise permet au leader de la droite, Silvio Berlusconi, de se replacer au centre de la scène politique. Il Cavaliere réclame des élections rapides, alors que la gauche, divisée, refuse tout scrutin avant 2009. Berlusconi sait pertinemment que sa coalition de droite est créditée d’une large avance de 10 à 12 points en cas de tenue immédiate d’élections. “Il n’y a pas d’autre voie que de retourner aux urnes pour donner au pays le plus rapidement possible un gouvernement opérationnel”, plastronnait-il après son tête-à-tête avec le président Napolitano. Il balaie aussi d’un revers de la main les critiques sur la loi électorale : “Nous considérons que cette loi, étant donné le paysage politique, peut garantir immédiatement une majorité en mesure de soutenir un gouvernement pendant cinq ans”.

Quant à la gauche, elle est désormais représentée par Walter Veltroni. Le chef du nouveau grand parti de centre-gauche, le Parti-démocrate (PD), est opposé à des élections anticipées, la gauche étant donnée perdante. Il a proposé au président Napolitano de laisser un gouvernement transitoire s’occuper d’une réforme électorale et convoquer ensuite des élections. Un scénario que rejette bien évidemment Berlusconi.

Pari difficile pour Veltroni
Avec la chute de Romano Prodi, Veltroni affronte sa première grande épreuve. Le maire de Rome sait qu’il manque d’épaisseur : il n’a été élu que depuis trois mois pour relancer une gauche en perte de vitesse. “Cette crise est arrivée beaucoup trop vite pour Veltroni, qui n’a pas encore eu le temps de mener à bien une réforme de gauche, déclare à l’AFP Marc Lazar, politologue français spécialiste de l’Italie. Le PD est encore trop jeune pour espérer l’emporter”. Marc Lazar va plus loin dans son analyse : “Bien que son élection en octobre, lors des primaires, ait mobilisé 3,5 millions de sympathisants, Veltroni n’a pas réussi à s’imposer face aux éléphants des ex-communistes des Démocrates de gauche (DS) et des catholiques réformistes de la Marguerite”, les deux partis qui ont fusionné pour former le PD. Veltroni souhaite une refondation de la gauche italienne. D’après lui, le PD doit être plus qu’une addition de ses principales composantes pour pouvoir assurer une majorité stable aux gouvernements de centre-gauche. Mais la chose est loin d’être aisée. “Il doit affronter de multiples résistances, des divisions sur des questions épineuses comme la laïcité ou la réforme de la loi électorale. Sa marge de manœuvre est très limitée”, poursuit Marc Lazar. Pire, Veltroni affronte un autre danger, venant probablement de… Romano Prodi. L’opiniâtreté de ce dernier, qui a ignoré les appels à la démission, dont celui de Veltroni (pour ne pas aggraver la crise), indique clairement que l’ex-chef de gouvernement entend continuer de peser sur la scène politique. En coulisses, les deux hommes ont une vision opposée de la gauche : Prodi défend le concept d’une large coalition de centre-gauche, alors que Veltroni déclare vouloir aller seulement avec le PD aux élections. “En voulant se présenter sans les alliés communistes et verts, Veltroni fait un pari sur l’avenir en espérant une clarification du jeu politique”. Un pari pour le moins risqué, et qui pourrait avantager un Berlusconi revigoré.



Napolitano. L’arbitre de la crise

Vétéran de l’antifascisme, ex-membre du Parti communiste italien, Giorgio Napolitano se comporte en arbitre depuis le début de la crise politique italienne. C’est la première épreuve que traverse le président
italien de 82 ans depuis son élection en mai 2006. Napolitano avait le choix entre la dissolution du Parlement, qui implique un retour aux urnes, et un gouvernement provisoire. Homme de modération, Napolitano a tranché pour la seconde option. Il a demandé mercredi matin à Franco Marini, le président du Sénat, de former un gouvernement transitoire.
Né le 29 juin 1925 à Naples, Napolitano s’est engagé à 17 ans dans un groupe de résistants communistes, avant d’entrer au parti en 1945 et d’être élu au Parlement pour la première fois en 1953. Juriste, poète à ses heures, il s’est intéressé à la question méridionale, devenant le responsable du PCI pour le Mezzogiorno. Constamment réélu, il est entré en 1962 à la direction nationale du parti, où il sera chargé de l’économie (1976-1979), puis responsable de la politique extérieure (1986-1989). Respecté par toute la classe politique, figure rassurante pour les Italiens, il ne cesse d’appeler le pays à avoir confiance en son avenir et la classe politique à moderniser les institutions pour les rendre plus efficaces.

 
 
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