Forum social. Le Maroc des alters
Maroc-Israël. Les liaisons secrètes
Société. Un rapt à Mohammedia
Reportage. Une vie de facteur
Italie. La chute de Prodi
Développement. Des agences pour le Maroc inutile
Interview. Tahar Ben Jelloun
Cinéma. Tolérable cruauté
N° 309
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Maria A. Daïf

La semaine.

“Rapprocher le livre des cotoyens” :
voici le crédo du SIEL 2008.
(TNIOUNI / NICHANE)

Salon du livre de Casablanca. On prend (presque) les mêmes


La 14ème édition du Salon international de l’édition et du livre (SIEL) se tiendra à Casablanca du 8 au 17 février, avec la France comme invité d’honneur. Pour le ministère de la Culture, c’est l’occasion de marquer le coup, au début de l’ère Touria Jabrane. C’est fait, le budget du salon a été doublé, pour atteindre 8 millions de dirhams. Le commissaire du salon, Rachid Jebbouj, avance l’objectif de “rapprocher le livre des citoyens”. Cette année, en tout cas, pas de polémique autour du raz-de-marée des livres islamiques ; les soucis sont internes.
L’éditeur Bichr Bennani crie au scandale : “Le ministère nous a interdit de salon !”. Pour avoir envoyé leur demande de stand trop tard, les maisons d’édition Aïni Bennaï, Malika et Tarik, ainsi que la librairie Kalila wa Dimna, n’ont pu réserver d’emplacement. “Dans tout salon digne de ce nom, il y a des délais à respecter”, explique M. Rachid Jebbouj, catégorique, disant regretter l’absence d’éditeurs nationaux. Pour ce libraire de la place, l’argument ne tient pas : “Des stands, il y en a à revendre”. L’atelier, prévu sur une journée pour permettre aux professionnels du livre de débattre d’édition, risque donc de tourner court sans les trublions. Faute de rassembler, le salon s’étend à d’autres activités et espaces, extérieurs du Palais des expositions de l’OFEC. Le complexe culturel Touria Sekkat et ceux de Sidi Belyout ou Moulay Rachid accueilleront des activités qui dépassent largement le thème du livre : concerts (H-Kayne, Casa Crew), pièces de théâtre (Masrah Al Hay ou le petit bijou de Faouzi Bensaïdi) et autres animations pour enfants. Tahar Ben Jelloun présentera son dernier roman Sur ma mère (voir article p. 50). Le Salon du Livre, c’est (à) la “Foire” de Casa.


Sortie. Légende numérique

C’est l’histoire d’un légendaire tueur de monstres, qui surgit de nulle part pour tuer une bête féroce semant la la mort dans un royaume du nord de l’Europe. Intronisé à la mort du roi, Beowulf (c’est son nom), ne résiste pas au charme d’une femme (normal, elle s’appelle Angelina Jolie), qui n’est autre que la mère du monstre occis… à mi-chemin entre le conte médiéval et la fresque fantastique, La légende de Beowulf séduit moins par son scénario ou le jeu de ses acteurs que par son inventivité technique. Le film, signé Robert Zemeckis (Retour vers le futur, Forrest Gump) inaugure en effet une nouvelle technologie, dite Performance capture, qui consiste à recréer en image de synthèse les gestes et expressions des acteurs. à l’écran, cela donne des personnages à la frontière du dessin animé, mais avec toujours suffisamment de chair et de matière pour rester dans l’univers du cinéma. C’est de la haute technologie, du cinéma plutôt pour jeunes, à consommer sans déplaisir… et à oublier aussi vite.

“La légende de Beowulf”, au Mégarama.



Concours. Esprit sportif

Avant les médailles, le travail ! Dans les jours qui viennent, quelques milliers de lycéens casablancais plancheront sur un QCM musclé pour montrer ce qu’ils ont appris en visitant l’expo photo itinérante, dédiée aux Jeux olympiques, dans le jardin des Beaux-Arts. À l’arrivée de ce concours “Casa-Pékin 2008”, doté de 2 millions de DH et lancé par le Lycée Lyautey avec l’Académie du Grand Casa, 24 lauréats (22 de lycées publics marocains et 2 de la mission française) voyageront aux JO de Pékin. De retour de Chine, ils pourront s’investir deux ans dans un projet associatif défendu en entretien et porté par les valeurs de l’olympisme : sport, développement, paix, citoyenneté. Podium !


Cinéma. Une voilée en danger

Nassim Abbassi, le réalisateur qui a préféré Mohammédia à Londres où il était installé, vient de donner la touche finale à son second long-métrage Bila Houdoud, désormais fin prêt. Bila Houdoud, que son réalisateur décrit comme “un thriller marocain sur le mode hitchcockien”, raconte l’histoire de Yousra, une jeune Marocaine qui travaille dans un centre de sport et qui assiste au meurtre de son petit ami. Yousra est alors doublement poursuivie, par les meurtriers et par la police qui la croit complice du meurtre. Particularité de Yousra : elle porte le voile ! Un choix expliqué ainsi par l’auteur-réalisateur du film : “Beaucoup de femmes marocaines portent le voile, pourquoi ces femmes-là ne seraient-elles pas représentées au cinéma ? Par ailleurs, Yousra porte certes le voile, mais c’est surtout une femme moderne et audacieuse. Mais attention, le voile n’est pas le propos du film!”. L’actrice Alia qui campe le rôle principal partage le haut de l’affiche avec Fahd Benchemsi, Abdellah Lamrani et Abderrahim Tounsi (l’éternel Abderraouf).


Théâtre. Ammi Driss à Kaboul !

Ils sont comédiens. Ils sont quatre. Driss Karimi (Ammi Driss), Mehdi Ouazzani, Mostafa El Houari, jeune lauréat de l’Isadac (Institut supérieur d’art dramatique et d’animation culturelle) et enfin Mohamed El Hafi, acteur et réalisateur résidant en Espagne. Leur point commun : être à l’affiche de la pièce Homebody Kabul de l’Américain Tony Kushner. Belle prouesse doublée du fait qu’ils jouent dans la langue de Cervantès. Homebody Kabul, c’est l'histoire d’une femme anglaise qui, peu satisfaite de son existence, décide de partir pour l’Afghanistan. Pour préparer cette tragi-comédie, le célèbre dramaturge américain, dont certains connaissent peut-être “Angels in America” (un grand succès qui lui a valu le prix Pulitzer et qui a été adapté à la télévision et interprété entre autres stars par Al Pacino et Meryl Streep), a séjourné un an dans la capitale afghane. C'est par ailleurs Tony Kushner qui a écrit le scénario de Munich, réalisé par Steven Spielberg.


Arts plastiques. La relève est là

Tétouanaise et diplômée de l’École des Beaux-Arts de sa ville natale, où elle décrocha son diplôme en 1998, Safaa Erruas fait partie des artistes-plasticiens de la relève. À 30 ans, elle a déjà pas mal roulé sa bosse. Enchaînant les expositions au Maroc et en Europe, elle participe en 2002 à la Biennale de Dakar, expose une année plus tard à Londres auprès de mastodontes de la peinture marocaine et en 2006, elle est la plus jeune des artistes de l’exposition “Un siècle de peinture au Maroc”, organisée par l’Institut français de Rabat. Un parcours sans faute et un talent indéniable qui la destinent sans aucun doute à une carrière des plus prometteuses. Multipliant les modes d’expression (peinture, installation, photographie,…), Safaa Erruas réinvente l’espace et y accroche perles, aiguilles, lames de rasoir, fils, coton ou gaze : une marque de fabrique qu’elle cultive à merveille.

À la galerie Delacroix de Tanger jusqu’au 17 février.



Piratage. À l’abordage

Las de voir prospérer les “zones de non droit” du piratage, onze producteurs et distributeurs de l’audiovisuel et de la musique font cause commune en créant l’Association marocaine de lutte contre le piratage. Objectif : se donner les moyens de l’efficacité, avec un budget musclé par des cotisations avoisinant les 2000 DH minimum. “Il ne faut plus en faire un problème sectoriel mais global”, assène le président de l’Association, Nabil Ayouch, qui est allé frapper à la porte des ministères de l’Economie, de la Justice, de l’Intérieur et des Affaires étrangères. Si l’association (qui compte parmi ses membres Rachid Hayeg de Chada FM, Lhoussine Faouzi de FaouziVision ou encore Khalid Nokri de l’APPEP) croit encore aux vertus de la sensibilisation pour convertir les pirates au légal, elle veut aussi pouvoir peser sur les décideurs pour instaurer une taxation sur l’importation de DVD vierges.


Expo. Terre à terre

Calme, taciturne et silencieux, Abderrahmane Rahoule laisse parler la nature pour expliquer la dialectique de son art “tellurique”. Céramiste, peintre et sculpteur, l’artiste poly-instrumentiste révèle grandeur nature quatre-vingts pièces créées entre 2006 et 2007, à partir de sable, poudre de marbre, papier de soie, terre cuite patinée ou bronze. Que la matière se noue en courbes souples et généreuses, ou s’intègre aux tableaux sous la forme de subtils reliefs, elle donne envie de s’approcher pour toucher, de près ou de loin, les sensations d’une enfance populaire à Derb Soltane et l’atmosphère apaisante du cadre familial et communautaire.

Du 7 février au 6 mars à l’Institut Cervantes de Casablanca, puis à l’institut français de Meknès.



Le livre.

Qui mieux que Carlos Fuentes, fils d’ambassadeur et lui-même diplomate, pouvait décrire avec autant d’acuité les intrigues de couloirs de la politique mexicaine ? Dans Le Siège de l’Aigle, l’auteur prend le prétexte de la politique-fiction pour mieux explorer l’âme du politicien. Le récit démarre en 2020. Le Mexique se retrouve coupé du monde après que les Etats-Unis ont désactivé le satellite qui irrigue le réseau de télécommunications du pays. Le président paie son opposition à l’invasion de la Colombie par les voisins du Nord. Commence alors une période de crise que le lecteur vit à travers les échanges épistolaires des intrigants, qui s’allient et se déchirent pour accéder à la magistrature suprême : le bien nommé siège de l’Aigle. Croustillant.

Carlos Fuentes, Le Siège de l’Aigle ; Folio.




Humeur.
Prolongations

Hassan Hamdani
h.hamdani@telquel.info

Henri Michel est la tête de turc numéro 1 des Marocains, depuis l’élimination de la sélection nationale de la Coupe d’Afrique des nations. Il a réussi à détrôner Abbas El Fassi dans leur coeur. Forcément, ça donne envie d’aimer Henri. Et Michel aussi, même si les deux prénoms du sélectionneur du Maroc font très franchouillard au prime abord. Ils ne sonnent pas à l’oreille le hourrah football. Plutôt le club de province où ça sent la chaussette de sport dans les vestiaires. Du bourrin, du bourru, du pas bandant. C’est sûr qu’Eric Cantona n’a pas aidé dans l’affaire. L’attaquant de l’équipe de France avait traité Henri Michel de “sac à merde”, un jour où il était mal luné, c'est-à-dire toujours. ça vous fait des réputations indélébiles, une fatwa de Cantona du temps de Manchester. Quand Eric était God comme Clapton. Et puis Cantona a enflé, plus des chevilles, seulement du ventre qu’il essaie de perdre en jouant à la baballe sur des plages du bout du monde. Simpson de la Canebière un jour, Pelé sur le retour un autre. Assurément, ça fait voir d’un autre œil Henri Michel. Avec le recul, il fait moins beauf. Et davantage rockn’roll. Il a été plus Cash que Johnny, Michel. Il a balancé aux Marocains qu’ils avaient une équipe de bras cassés. Des footballeurs qui gagneraient à se recoiffer moins et à sentir un peu plus la chaussette de sport. Ce ne sont pas des choses qui se font, ici. ça aussi, ça donne envie d’admirer Henri...



Soirées hip hop. Jeudi oui !

Faire du neuf avec du vieux, c’est hype ! Le 24 janvier, au resto-lounge Niagara de Casa, la boîte de prod’ Funky Noise et le quotidien L’Espoir citoyen ont ouvert le bal Funky Town. Des soirées hip hop bimensuelles, spécialement dédiées au bon son en voie de disparition : priorité à la bonne vieille old school façon De La Soul ou Arrested Development, sans oublier les vibrations funk soul et les grands classiques du rap US des années 90. Aux platines, la bande Funky Crew - DJ Key Lord Kamaz et DJ Rash - se partage le travail pour sevrer les oreilles de la soupe commerciale habituelle. Même si l’info circule essentiellement sur Internet, y en aura pour tout le monde : prochaine session, jeudi 7 février, à 22h au Niagara.

Entrée à 50 DH.



Caftan 2008, en avant !
Le rendez-vous de la haute couture marocaine revient le 3 mai prochain à Marrakech pour une 13ème édition et un thème ultra-branché : le “Glam’Rock”. Comment les stylistes vont-il l’aborder ? Eléments de réponses dès le 3 avril prochain, lors des présélections à Casablanca.


Choukri sucré
Liés par une écriture libre, qui secoue leurs sociétés ankylosées par les tabous, les livres du Marocain Mohamed Choukri, du Franco-Tchèque Milan Kundera, du Saoudien Ibrahim Badi ou de la Libanaise Hanane El Cheikh ont été interdits d’entrée en Egypte pour la Foire du livre du Caire 2008. Pathétique.


Florence expose…
Florence Arnold, installée au Maroc depuis un an, aquarelliste émérite, peint l’émotion plus que le sujet, capte la luminosité “propre à l’Afrique” et la magnifie, tire sa force du travail de la couleur et s’inspire des femmes, des foules et des kasbahs. à la galerie marrakchie Noir sur Blanc, du 2 au 23 février.

 
 
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