Rien sous tous rapports
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Ahmed R. Benchemsi
(SEBASTIEN MICKE/PARIS MATCH)
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Un Etat, ça se juge sur des résultats, pas sur des excuses. En tout cas, dans les démocraties.
Un nouveau rapport catastrophique de la Banque Mondiale vient de tomber. Encore un, direz-vous
Elle est loin lannée 1995, où le premier document de ce genre faisait trembler lélite politico-économique du royaume. Depuis, des rapports comme ça, il en tombe trois ou quatre par an et plus personne ne sy intéresse. Cest quils répètent chaque année la même chose : les mêmes problèmes se creusent et se compliquent, les résoudre est encore plus urgent. Treize
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ans plus tard, je vous laisse imaginer où ça en est
La conscience de la crise sest banalisée, lurgence nest plus quun slogan. En fait, tout le monde sen f
Oh, cela ne veut pas dire que le Maroc nait avancé sur rien, bien au contraire. Sur de nombreux plans, notamment les infrastructures, le code du statut personnel, louverture du paysage médiatique, les libertés publiques, le règlement des années de plomb
le Maroc a accompli, depuis le nouveau règne, des pas de géant. Bravo et tant mieux. Mais les trois tares capitales pointées par le rapport fondateur, celui au sujet duquel Hassan II déclarait au Parlement, en 1995, que le Maroc est au bord de la crise cardiaque
eh bien là-dessus, rien de nouveau depuis treize ans. Il sagit, pour ceux qui ne sen souviennent pas, de trois secteurs-clés : ladministration (pléthorique et inefficace), la justice (inféodée et corrompue), et lenseignement (totalement inadapté, créant des exclus et des chômeurs à la chaîne).
Pour ladministration, il y a eu le programme de départs volontaires, cest bien. Beaucoup de fonctionnaires ont quitté le navire. Assez ? On nen sait rien. On sait, par contre, que les partants étaient les meilleurs. Pauvre navire. Pour le reste, on a vu quelques réformes ici et là, mais on na pas encore entendu que le citoyen sest réconcilié avec el idara. Loin de là, même.
Or, cest tout ce qui compte. Pour la justice, est-il besoin den rajouter ? Inféodée et corrompue, elle lest plus que jamais. Même les timides tentatives de requalifier les tribunaux commerciaux (on y a cru, au début) se sont révélées largement insuffisantes. Le dernier rapport de lONU sur le commerce et le développement vient détablir que les défaillances de la justice constituent le premier obstacle à linvestissement au Maroc. Quant aux affaires civiles, cest toujours la loterie, cest-à-dire linverse même de la justice.
Quant à lenseignement
Cest lobjet, justement, du dernier rapport accablant de la Banque Mondiale. Dans le parcours du primaire à la faculté (...), nous perdons pratiquement un tiers des élèves à chaque cycle, commente le conseiller royal Abdelaziz Meziane Belfqih, en personne. Primaire, secondaire, faculté : ça fait trois cycles, donc trois tiers. Autrement dit, le taux de ceux qui vont au bout de leurs études (publiques), au Maroc, est statistiquement négligeable. Et parmi ces rares qui vont au bout, seul un pourcentage infime réussissent vraiment dans la vie. Grâce à leur génie propre, pas à ce quils ont appris à lécole publique. Des trois secteurs, celui-là est sans doute le plus sinistré, et le plus lourd de menaces pour lavenir de notre pays.
Mais sur ce secteur-là, en revanche, quelque chose a été fait : une étude de lEtat, celle de la COSEF. Une étude globale, sérieuse, conclue par un programme daction audacieux autant quindispensable. Et quen a-t-on fait, depuis huit ans quil a été remis ? Rien qui vaille la peine dêtre rapporté. Suffisamment pour quun énième rapport nous rappelle que notre enseignement va encore plus mal quavant, et pousse lhumiliation jusquà révéler que nous sommes le cancre de notre région (déjà pas très reluisante sur ce plan-là). Pourquoi le programme de la COSEF na-t-il pas été appliqué ? Entre la valse des ministres et des programmes, les syndicats politisés et paralysants, la difficulté à lever des budgets suffisants, il y a sans doute plein dexcuses (sans doute valables). Mais un Etat, ça se juge sur des résultats, pas sur des excuses (même valables). En tout cas, dans les démocraties. |