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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Ziraoui

“La subversion m’habite”

Bichr Bennani, éditeur
(AIC PRESS)

Antécédents

1948. Naissance à Casablanca.
68-78. Part en exil en France, puis en Angleterre.
1979. Retourne au Maroc.
1980. Ouvre la librairie Karama.
1999. Crée Tarik éditions.

Smyet bak ?
M’hamed Ben Jilali Bennani.

Smyet Mok ?
Zahra Bent El Ghali Kettani.

Nimirou d’la carte ?
Je ne l’ai pas sur moi, désolé.

Monsieur ne craint pas les contrôles d’identité ?
Souvent, les flics se contentent de reconnaître ma tronche.

Ah oui… vous êtes une star ?
Disons que certains me (re)connaissent. Cela fait quarante ans que la subversion m’habite.

Votre maison d’édition est absente du Salon du livre, qui vient de s’ouvrir à Casablanca. Vous snobez l’évènement ?
Bien au contraire. Nous aurions aimé y participer mais certains au niveau du ministère de la Culture (qui organise le Salon) en ont décidé autrement.

Vous pouvez étayer ?
Le ministère de la Culture nous a tout simplement refusé la participation, prétextant que nous avions remis notre demande de participation en retard. Il semblerait que dans ce pays, on favorise la bureaucratie et la médiocratie. La véritable raison de cette éviction réside dans le fait que je ne cesse de pointer du doigt certains problèmes, comme la mainmise de l’Etat, qui consacre une enveloppe de plus de 8 millions de dirhams à l’évènement.

Cela fait bientôt dix ans que vous êtes dans l’édition. C’est que ce doit être un business florissant, non ?
En aucune manière.

Pourquoi ne pas mettre les clés sous la porte alors ?
Parce que je fais ça par passion et par conviction. C’est une sorte de sacerdoce. Il doit y avoir une production culturelle, libre et indépendante au Maroc.

Vous êtes l’un des premiers à avoir publié des récits importants sur les témoignages des années de plomb. Mais, depuis quelques années, plus rien. Le filon est épuisé ?
Je suis persuadé que non. Nous n’avons même pas recueilli un millième des témoignages sur ces années. Même les instances officielles qui se sont penchées sur la question disent la même chose.

Ces dernières années, l’oppression a touché les islamistes. Vous accepteriez de publier des témoignages de prisonniers salafistes par exemple ?
Si on me propose un texte qui a une valeur ajoutée significative, je n’hésiterai pas à le faire.

Vous êtes proche des milieux de la presse. Pourquoi ne pas avoir créé votre propre journal ?
Peut-être parce que je n’ai jamais réussi à former l’équipe adéquate. Mais je n’ai pas abandonné ce rêve, je travaille actuellement, avec des intellectuels et autres acteurs culturels, sur un projet de revue, à défaut d’un quotidien.

Vous avez fait des études en économie et en management, c’est assez loin de la culture tout ça…
Oui, mais je n’ai pas fait que dans la culture. A mon retour au Maroc, j’ai travaillé dans une grande banque. C’était pour passer inaperçu, car je craignais d’être arrêté.

Ah bon, c’est nouveau ça ! Et pour quelle raison ?
J’étais ce qu’on appelle un agitateur politique pendant les années soixante-dix.

C’est ce qui vous a poussé à partir en exil ?
Tout à fait. J’étais recherché par la police de Basri à cause de mon lien avec les mouvements d’extrême gauche de l’époque.

Vous avez la réputation d’être à la fois bourgeois et marxiste. Comment vous réussissez ce grand écart ?
C’est parce que je ne peux pas rester indifférent face à l’injustice, la misère et le sous-développement culturel.

Le soutien de la cause palestinienne est un autre de vos chevaux de bataille. Cela ne vous dérange pas de manifester aux côtés de barbus qui scandent des slogans antisémites ?
Non, à partir du moment où je ne le suis pas moi-même (antisémite). Ce qui m’embête le plus, c’est de voir de plus en plus de gens renoncer à leurs convictions. Cela me chagrine plus que de voir d’autres se joindre à une cause noble.

On dit de vous que vous êtes colérique. Vous confirmez ?
Plutôt oui. Je parle avec mes tripes. Mais à mon âge, je ne peux pas me refaire. En même temps, c’est ce qui me permet de rester en phase avec mes convictions, mes idées, mes fondamentaux.

 
 
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