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Par Mehdi Sekkouri Alaoui
Politique.
Mahjoubi Aherdane. Je suis un exemple à suivre
Fringant, déterminé, léternel président de la Haraka, 87 ans, dément avoir démissionné. Et répond du tac au tac à toutes nos questions.
Etes-vous toujours le président du Mouvement populaire (MP) ?
Bien sûr que je le suis, pourquoi voulez-vous quil en soit autrement ?
Pourtant vous avez annoncé, dernièrement, votre intention de quitter la tête du parti
Mettons les choses au clair : je nai à aucun moment parlé de |
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démission. Une déclaration faite à une journaliste a été tout simplement mal interprétée et tout le monde sest empressé de crier victoire. Tout ce que jai dit, cest que je souhaitais créer au sein du MP une sorte de conseil dorientation, à linstar du conseil des sages de lIstiqlal. Cette instance aura pour but de veiller à lapplication des grandes orientations du parti avec, bien sûr, la possibilité dintervenir au besoin. Tout cela me permettra davoir plus de temps pour réfléchir, écrire, donner des conférences, etc. La gestion du quotidien (du parti) relèvera, elle, du secrétariat général (ndlr : coiffé par Mohand Laenser).
Vous êtes le seul leader historique à sattacher encore à son statut alors que tous vos collègues ont quitté larène politique
Ça les regarde, chacun fait de sa vie ce quil veut. Par contre, je trouve tout à fait aberrant que lon mépingle régulièrement pour mon âge. Jai droit à un traitement quon inflige habituellement aux voleurs ou aux escrocs. Et ça commence à être agaçant. On ne va quand même pas mempêcher de servir mon pays, alors que je men sens encore capable ! Vous savez, jaurais pu tout plaquer depuis bien longtemps, mais jai des obligations morales envers la famille harakie, et au Maroc on ne laisse jamais tomber sa famille.
Ny a-t-il pas un âge pour la retraite, en politique ?
Dans ce pays, le mot retraite ne veut pas dire grand-chose. Notre peuple a pour tradition de rester actif jusquau bout. Personnellement, je nai jamais pensé à me retirer parce que tant que je me porte bien, je préfère ne rien changer à ma vie. Je vais continuer à faire de la politique, écrire, peindre, monter à cheval
jusquà ce que Dieu me rappelle à lui. Et puis, entre nous, la retraite cest pour les esprits limités, et je ne pense pas du tout en être un.
Vous voudriez redevenir ministre ?
Jai dautres priorités.
Vous refuseriez le poste, si on vous le proposait ?
Je nen sais rien, mais cela dépend des arguments quon me donnerait. Mon principal souci nest pas de devenir ministre, mais de rester un Marocain digne de ce nom. Cela me suffit amplement. Je pense dailleurs avoir atteint cet objectif. Et, lorsquon menterrera, la terre ne me rejettera pas !
Est-ce que vous ne seriez pas tenté, comme tant dautres, de rejoindre le mouvement de Fouad Ali El Himma ?
Vous vous moquez de moi ? Quest-ce que vous voulez que jaille chercher chez cet homme ? Cest lui qui devrait normalement me rejoindre et non pas le contraire. Aujourdhui, sil y a quelquun à suivre, cest notre roi, chose que je fais depuis pas mal de temps, déjà.
Le mouvement dEl Himma ne vous rappelle-t-il pas le Front de défense des institutions constitutionnelles (FDIC) ?
Je me suis fait un peu la même réflexion, mais il serait prématuré de porter un tel jugement. Attendons un peu pour voir
Vous pensez apporter encore quelque chose à notre génération ?
Mais bien sûr ! Jai même beaucoup de choses à vous transmettre. À commencer par mon amour, mon affection et évidemment mon expérience. Je vous rappelle que jai plus dun demi-siècle de vie politique derrière moi, ce nest pas rien. Et noublions pas que je suis un exemple à suivre : je me suis fait tout seul et jai tout donné pour mon pays. Quon le veuille ou non, je suis un exemple de réussite et de patriotisme pour les jeunes daujourdhui.
Vous avez quand même 87 ans. Quel est le secret de votre longévité ?
Cest très simple, je suis encore jeune, de corps et desprit comme vous pouvez le remarquer. Quest-ce que vous voulez que je vous dise, je suis quelquun qui apprécie la vie, qui la croque à pleines dents. Je ne me laisse pas aller, je fais de la marche tous les jours, je fais du cheval
Je ne me plains pas, je remercie Dieu tous les jours pour ce quil ma donné.
Vous êtes homme politique, peintre, poète, écrivain
Comment arrivez-vous à vous organiser ?
Vous nallez pas me reprocher ça aussi ! Au risque de vous surprendre, je ne planifie rien du tout. Je vis ma vie au jour le jour. Cest très simple, quand jai envie de faire quelque chose je fonce, sans trop réfléchir. Quand je ressens par exemple une envie pressante de peindre, je peux my mettre à nimporte quelle heure. Même chose pour la marche, léquitation, lécriture, et le reste.
Justement, il paraît que vous écrivez vos mémoires ?
Absolument ! Jen ai écrit la moitié, il faut juste que je continue. Cest dailleurs pour my consacrer que je veux me retirer de la gestion quotidienne du Mouvement populaire. Je souhaite prendre le temps nécessaire pour terminer ce travail qui me semble très important pour la compréhension de la vie politique du Maroc.
Doit-on sattendre à des révélations fracassantes ?
Il y en aura à coup sûr, et tout le monde devra assumer ses responsabilités, du roi jusquau simple citoyen. Mais ce nest pas le plus important. Mon principal objectif est de rapporter lhistoire telle quelle sest véritablement passée. Mais tout ce qui portera atteinte à la stabilité de notre pays sera mis de côté.
Revenons à vos débuts. Pourquoi avoir choisi de faire une carrière politique alors quà la base, vous êtes un militaire ?
En effet, avant lindépendance jai eu une formation militaire et jai combattu au sein de larmée française en Italie puis en France. Mais jai très vite senti que je nétais pas dans mon élément. Dailleurs, si javais continué dans cette voie, je serais probablement maréchal aujourdhui ! À la création des Forces armées royales, Hassan II, alors prince héritier, mavait proposé le grade de colonel, que jai bien sûr refusé. Je nai pas choisi de faire de la politique non plus, mais cest un concours de circonstances qui a fait que je my suis retrouvé. Jai fait partie de la résistance et, au retour de Mohammed V au Maroc, beaucoup de choses ne mont pas plu. Devant les assassinats perpétrés par lIstiqlal et la terreur que ce parti avait réussi à instaurer dans le pays, je ne pouvais pas rester les bras croisés. Cest alors que jai décidé de mengager dans la vie politique.
Quest-ce que vous pensez de Hassan II aujourdhui ?
Avec le recul, cétait un homme exceptionnel, au grand cur, avec une mémoire déléphant. Il a joué un grand rôle sur le plan international, mais il aurait pu mieux faire sur le plan intérieur. Ce qui nous a porté tort, cest la tentative de coup dEtat de Skhirat (1971) qui la complètement transformé. Dailleurs, nous vivons encore à ce jour les séquelles de Skhirat. Avant cet évènement, Hassan II était proche des Marocains et écoutait leurs préoccupations
Mais dun coup, tout sest arrêté : il y a eu comme une cassure. Son entourage y a été pour beaucoup.
On dit quil na pas toujours été gentil avec vous
Cest peut-être moi qui ne létais pas, surtout avec son entourage. Avec le recul, je pense que jétais excessif. Heureusement, il y a eu une réconciliation vers la fin. Et cest tant mieux.
On vous dit également plus royaliste que le roi
Je corrige, je suis plus monarchiste que le roi. Parce que je sais que sans monarchie, ce pays irait à la dérive. Jespère seulement que notre roi ne nous décevra jamais, même si je sais que tout monarque quil est, il est avant tout un homme comme les autres.
Est-ce-que vous ne pensez pas que le MP a plus servi la monarchie que le monde rural quil prétend représenter ?
Il faut que les gens arrêtent de nous critiquer gratuitement. Le Mouvement populaire commence à peine à sorganiser aujourdhui. Jusquà lavènement de Mohammed VI, nous étions simplement obligés de nous battre pour exister. Et puis, nous navons jamais eu le pouvoir. Nous avons juste participé à quelques gouvernements, mais sans être aussi gâtés que dautres partis. Donnez-nous le pouvoir et vous verrez ce dont nous sommes capables.
Mohand Laenser a quand même été à la tête du ministère de lAgriculture
Oui, la pluviométrie a été pratiquement nulle durant son mandat, ce qui na pas arrangé ses affaires. De toutes façons, un ministre de lAgriculture a une marge de manuvre très limitée. Cest trop facile de dire que nous navons rien fait. Quon arrête de nous critiquer et de nous faire passer pour des ignares. Le véritable décollage du MP ne fait que commencer.
Comment expliquez-vous que le MP se retrouve aujourdhui hors du gouvernement ?
Tout le monde sait ce qui sest passé. On nous a fait des propositions qui ne sont pas à la hauteur de notre parti, il nétait donc pas question pour nous de les accepter. Vers la fin du règne de Hassan II, ce dernier nous avait demandé daccepter lAlternance pour le bien du pays, on la écouté. Mais aujourdhui cest une autre affaire, on ne peut pas dire oui à nimporte quoi.
Est-ce que vous êtes pour la loi sur la déclaration de patrimoine en gestation au Parlement ?
Si cest pour lintérêt de ce pays, pourquoi pas. Mais est-ce que vous pensez quelle changera quoi que ce soit ? Tout ceux qui se sont servis dans les poches du contribuable ont pris le soin de planquer leur argent à létranger. Il ne faut pas non plus être naïf.
Et vous, vous seriez prêt à déclarer votre fortune ?
Je nai même pas besoin de le faire. Tout le monde sait ce que je possède : jai ma maison, ma ferme avec quelques moutons et vaches, mes tableaux
Je nai rien à cacher.
Dernière question, Monsieur le président : que pensez-vous de la participation marocaine à la CAN 2008 ?
Ça peut vous paraître bizarre mais je ne regarde jamais le football. Contrairement à dautres, moi, je ne pense pas avec mes pieds ! Mais je peux dire que le tort des Marocains en général est de se relâcher lorsquils gagnent, ou croient gagner. |
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Berrkat Arbbi* !
Quand lAmghar reçoit
Mahjoubi Aherdane est un matinal. Quand il nous reçoit dans sa villa du Souissi à 9 heures, il a déjà entamé une bonne partie de sa journée. Malgré sa petite taille, sa fragilité extérieure, lhomme a le salut ferme. Et le verbe haut. Venez, mon fils, venez, nous dit lAmghar, qui choisit de recevoir
dans son atelier de peinture. Avec Mozart comme fond sonore ! Habillé en tenue de ville, Aherdane est flanqué de deux hommes (dont son fils Ouzzine) qui assistent à toute linterview
et qui sesclaffent à toutes les boutades, nombreuses, du président. Tout ce petit monde est pratiquement assis par terre, sur des tabourets extrêmement bas. Le cérémonial précédant linterview se prolonge de questions (dAherdane) autour de linterviewer, lhistoire de sa famille, la géographie du Maroc, etc. Quand lentretien démarre, enfin, la première question qui fâche le grand Mahjoubi a trait à son âge (officiellement 87 ans, bien plus assurent plusieurs sources) : Mais où allez-vous chercher des informations aussi imprécises ? Et quel est lintérêt de tout cela, dailleurs ?. Heureusement que le président, qui multiplie les coups de gueule et demande à relire le texte, garde son calme durant toute linterview. Et son humour !
*Bienvenue, en tachelhit
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De larmée à
lopposition
Mahjoubi Aherdane aurait pu être général aujourd'hui. Voire plus, maréchal !, corrige-t-il le plus sérieusement du monde. Il aurait pu, avec un peu de chance, s'il avait opté (beaucoup) plus jeune, pour une carrière militaire. En effet, après avoir servi au sein de l'armée française durant le protectorat, l'Amghar embrasse, dès l'indépendance, la vie politique. En 1958, il fonde avec son ami de l'époque, le Dr Abdelkrim El Khatib, le Mouvement populaire, histoire d'aider la monarchie à affaiblir l'Istiqlal. En retour, il est gracieusement remercié : il est d'abord nommé gouverneur de la province de Rabat puis ministre, respectivement, de la Défense nationale, de l'Agriculture, de la Coopération et des PTT. Au début des années 80, il a droit à sa traversée du désert suite à une mésentente avec Hassan II. Logiquement poussé hors du parti, il a été d'un coup rejeté par tout le monde , rappelle un de ses proches. Mais il ne s'avoue pas pour autant vaincu et crée le Mouvement national populaire (MNP). Il faudra attendre 2006 pour voir les deux Mouvements fusionner et le porter au poste de président, auquel il tient tellement aujourd'hui. Quand il ne fait pas de politique, Aherdane est un peintre de renom qui enchaîne les expositions dans le monde entier. Il est également poète, dessinateur et écrit
ses mémoires. |
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