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N° 310
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Maria A. Daïf

La semaine.

Khaled, roi du raï, tête
d’affiche du Festival.
(AFP)

Festival de Dakhla. Le vent nous portera


Mars 2007. Comme une bourrasque printanière, le Festival de Dakhla débarquait toutes voiles dehors dans l’horizon des grandes rencontres culturelles du royaume. Du 27 février au 3 mars prochain, la fête de la glisse et de la musique replante son bivouac géant dans la lagune du sud pour confirmer ses promesses. Après les affrontements nautiques des champions de surf, kitesurf et windsurf dans le grand large ou au creux du spot de Foum Labouir, place à la virtuosité acoustique. Si la rumeur d’un certain Ben Harper est tombée à l’eau, la scène de Dakhla
2008 n’en sera pas moins garnie, du roi du raï Khaled au folk éthéré de Daby Touré, de l’icône panafricaine Tiken Jah Fakoly au bogoss oriental Kazem Saher, en passant par la coqueluche du chaâbi Najat Atabou, le virtuose du break beat Eklips, le collectif touareg Désert Rebel, l’impertinent duo d’Origine contrôlée, l’icône guest-star Amazigh Kateb ou les mythiques Tagada. Honneur également aux porte-voix du hassani, Seddoum, Zghailina, Doueh et Ssalmou, pour une rencontre transculturelle avec la jeunesse urbaine de la nouvelle scène marocaine : H-Kayne, Fez City Clan, DJ Key, Haoussa et Bleu Mogador. Dans la chaleur du grand Sud, les platines de Zayane Freeman et Kinox fusionneront sous le nom de Zaynox, avant des fins de soirée délicieusement chillout, orteils en éventail face à l’océan. À moins de vouloir garder la forme pour les résidences du lendemain. Un bémol avant l’envol : hélas pour son festival !
Dakhla est mal desservie par les lignes aériennes.


Sortie. Adieu Juifs

Il fut un temps au Maroc, où le juif était le voisin, l’ami, l’associé ou le collègue du musulman. Un temps où le juif avait un visage, une présence concrète, et ne se résumait pas à l’image du soldat de Tsahal ou du colon israélien. C’est ce temps-là qu’évoque Adieu mères. Le réalisateur, Mohamed Ismaïl, a choisi le début des années 60 pour situer les faits de son film. Une période assez particulière, car elle marque le début de l’exode des juifs marocains vers Israël. Un départ encouragé par une propagande sioniste agressive et accéléré par le début de l’installation d’un climat de haine, lié à la création de l’Etat d’Israël et ses guerres contre ses voisins arabes. Adieu Mères jette un regard nostalgique sur la présence juive au Maroc et les rapports harmonieux qui existaient entre juifs et musulmans dans ce pays, avant que les choses ne prennent une tournure dramatique. Ce film est également une immersion dans la ville de Casablanca des années 60, avec ses boulevards et ses derbs, ses immeubles modernes, ses synagogues et ses mosquées...et ses gens, juifs et musulmans. Salam, Shalom.

Adieu mères, en salles à partir du 13 février.



Talent. Jazzy Bouzidi

Ses parents le voulaient médecin, mais Yacine Bouzidi a choisi de soigner les plaies de l’âme en musique. Avec son album, Un homme infâme, il dispense ses paroles sur l’amour, le désir et l’infidélité, entre humour et mélancolie. Le tout aux sons jazz, oriental ou électro. Une première pour le Casablancais. “J'ai jusque-là endossé la casquette de pianiste, compositeur, auteur, mais jamais celle d'interprète.” Après une participation au Festival Gnaoua d’Essaouira en 2001, sa chanson “Incha Allah” signera son retour, “probablement sur les ondes marocaines en mars ou avril”. En attendant, ses gammes résonneront pour un premier concert à Paris le 13 février courant.


Livre. SILT te plaît !

Créé en 1996 par l’Institut français du Nord, le SILT, Salon international du livre de Tanger, est passé en quelques années de modeste rencontre entre happy few amoureux de la lecture et de l’écriture à une véritable messe du livre, par laquelle sont passés, entre autres prestigieux noms, Driss Chraïbi, Elias Sanbar, Hubert Reeves, Mohamed Choukri ou encore Mohamed Arkoun. Le cru 2008, qui se déroulera à la fois à Tanger, Tétouan, Larache et Chefchaouen, promet du 27 février au 2 mars, rencontres, débats, ateliers, lectures et dialogues de haut vol. Intitulée Identités fugitives (l’expression vient d’un essai de Abdelfattah Kilito, essayiste et professeur de littérature, sur les maqamat), l’édition attend une kyrielle de romanciers, poètes, penseurs et essayistes, dont Juan Goytisolo, Zakya Daoud, Gilles Clément, Rachid Benzine, Abdellah Zrika, etc. Cette 12ème édition investira la galerie Delacroix pour une expo de l’anticonformiste Mounir Fatmi, et prévoit un concert de Rachid Benabdeslam. Un hommage sera rendu à Driss Chraïbi, avec une projection du documentaire de Ahmed El Maânouni, Conversations avec Driss Chraïbi, (en présence du réalisateur).


Anniversaire. Les 10 ans du Boulevard

L’Boulevard, dorénavant estampillé plus grand festival de musique urbaine en Afrique, récidive du 19 au 22 juin prochain. Le petit tremplin devenu grand boulevard fêtera donc son dixième anniversaire dans une édition bilan qui verra se produire sur scène plusieurs ex-groupes et artistes underground devenus stars de la scène locale. Ces têtes d’affiche viendront compléter la compétition habituelle de rock, fusion, hip hop et électro. Avis donc aux talents en herbe : l’appel à candidature est lancé et les groupes ont jusqu’au 14 mars pour déposer leurs dossiers complets, accompagnés d’une maquette audio et d’une vidéo (informations supplémentaires et dossiers à télécharger sur boulevard.ma). Quant aux scènes, si le COC et le RUC sont pressentis, rien n’est encore confirmé. Du pain sur la planche attend l’équipe du Boulevard puisque l’année dernière, le jury de présélection a dû trancher entre 80 maquettes reçues des quatre coins du royaume.


Expo. Pour l’amour du thé

Mustapha Boujemaoui n’est pas le roi des communicateurs. Timide, discret, l’artiste est du genre à faire son expo avant de disparaître pour un bon moment. “Il est comme ça”, disent de lui ses amis. Ce sont eux, justement, qui sont allés le sortir de sa semi-retraite pour exposer de nouveau, cette fois à Bab Rouah à Rabat. Bien leur a pris. Boujemaoui est un artiste rare, qui fait des tableaux comme il imagine des concepts. “Ce qui m’intéresse, c’est une certaine marocanité”, explique le peintre, qui a toujours eu un faible pour “le thé”. Oui, le thé. Adepte des petits formats et des matériaux légers (journaux, valises, globes, etc.), Boujemaoui multiplie les variations autour du thé, sa consommation, les verres où il est servi… Après un travail remarquable sur les errances et le voyage, à la fin des années 90, l’artiste nous fait enfin son come- back. Alive and well.

“Le verre de thé”, depuis le 1er février à la galerie Bab Rouah, à Rabat.



Danse. Rue de la soif

Huit silhouettes comme fraîchement pétries d’argile, implorant à genoux la clémence de la source. C’est ainsi que le chorégraphe Abdelillah Mesbah donne corps à une vision d’effroi : “Le jour où je suis revenu dans mon village, j’ai vu la terre craquelée et j’ai ressenti la souffrance”, celle du manque d’eau “qu’on prie et qu’on gaspille”. Formée dans les banlieues casablancaises, exutoire d’un inextinguible exode rural, la compagnie Macadam incarne “Source de vie”, spectacle à fleur de peau où se mêlent deux mondes, villes et campagnes, et où la profondeur des rites traditionnels de taghounja rencontre l’énergie des arts populaires (hip hop, danse, percussions). Avec aussi Mehdi Kennar, Amine Rami, Saïd Fakhir, Rachid Samoda, Iliass Fouari, Youness Aboulakoul et Khadija Kabli.

Le jeudi 14 février à 20h30 et le vendredi 15 à 10h, IF Casa.



Underground. Graffitis chez les Croates

L’art de la rue endosse ses habits de noblesse et entre dans la cour des grands avec une exposition à l’ambassade de la République de Croatie. Trois artistes marocains, Rabie de Meknès, Issam et Ismaïl de Casablanca, présentent une vingtaine de leurs travaux, peints à la bombe sur des installations allant jusqu’à trois mètres. Des copies d’anciennes créations et des nouveautés sont exposées pour faire découvrir cet art plus du tout clandestin, issu du hip hop. L’ambassadeur Darko Bekic entend justement apporter une reconnaissance à ces “jeunes très talentueux”, qui “méritent d’être appuyés par les autorités académiques et culturelles”. Et de citer en exemple la vente d’un graff’ du Britannique Banksy pour près de 2 500 000 dirhams !


Le livre.

Quatre nouvelles juxtaposées, espacées de près d’un quart de siècle et liées par la plume de leur auteur. Jean-Pierre Koffel, connu pour ses polars, se fait conteur et livre dans cet ouvrage une réflexion sur la vie et la mort, plus romancée que philosophique. Ses histoires prêtent à sourire parfois, touchent souvent sincèrement et sonnent toujours justes. L’abondance des descriptions détaillées ajoutent en réalisme à la sobriété du style. L’auteur, qui a vécu et enseigné au Maroc pendant vingt-ans, nous promène des Pyrénées à El Jadida, pour vivre le quotidien simple de Jean Echeyenne, petit retraité veuf, de Tibari, jeune chômeur, de Mimom Amil, émigré déraciné en France, et d’Yves, gamin tyrannisé par sa mère. Touchant.

Jean-Pierre Koffel, Argaz izgane L’homme immobile et trois autres romans ; Éditions Aïni Bennaï.




Humeur.
Les gens du nord

Hassan Hamdani
h.hamdani@telquel.info

La chanson d'Enrico Macias parle de “gens qui ont dans leurs yeux le bleu qui manque à leur décor”. De types qui “ont dans le cœur le soleil qu'ils n'ont pas dehors”. Des gens du nord de l'Europe, des quidams vivant dans des pays avec un “ciel si bas qu'un canal s'est pendu, avec un ciel si bas qu'il fait l'humilité, avec un ciel si gris qu'il faut lui pardonner” et patati et patata, puisque tout le monde connaît la chanson. ça doit pousser vers la mine, des climats pareils, vous raboter les ailes, vous faire courber l'échine. Et vous offrir pour seul horizon des destins de tuberculeux en phase terminale. Que de vilaines choses ! Bon pour Brel et Macias tout ça. Pas valables quand on est cerclé du bleu de la Méditerranée, entouré de montagnes comme vaches qui pissent et propriétaires de villas comme s'il en pleuvait. Marina Smir, Restinga Smir...que des noms de stations spatiales soviétiques et des comportements de nouveaux riches. Du clinquant, des grosses cylindrées, l'argent facile. Du Miami Vice sans Michael Mann, hélas ! Ils ne choquent plus personne au nord les trafiquants de fumette se rêvant Tony Montana des Jbala. Ce sont des gens communs, des petits riens du quotidien, juste des voisins ayant tout compris du commerce international. Et de la vie, et de l'économie aussi. Ces gens du nord se sont bâti un sud. Un paradis où le temps dure un million d'années. Toujours en été, et patati et patata puisque tout le monde connaît la chanson…



Récompense. Leila Ghandi honorée au Sénat

La jeune globe-trotteuse casablancaise a été choisie par l’Association France Euro Méditerranée pour recevoir le trophée de la réussite au féminin, le 10 mars au Sénat, à Paris. La récompense distingue le parcours de dix femmes, originaires de pays différents et aux activités variées, issues de la société civile, du monde de l’entreprise, des arts ou du sport. L’histoire de Leila Ghandi a séduit par son côté “exploratrice des temps modernes” voyageant seule avec son sac à dos et l’humanisme qu’elle en rapporte pour “créer le dialogue et la paix entre les peuples”. Ce prix, un “honneur” pour la jeune femme, devrait lui être remis pas la secrétaire d’Etat à la politique de la ville Fadela Amara. Mabrouk a lalla.


Toc Toc Garorock
Choisis par Arte comme ambassadeurs de la nouvelle scène marocaine dans l’émission Metropolis, Haoussa et Mobydick referont équipe début avril sur la scène de Garorock 2008. Les punks déjantés et l’auteur du bijou hip hop “Toc Toc” y côtoieront notamment le grand Emir Kusturica. Pour un festival plus undergound, tu meurs.


Enfants du flow
Respect, bravoure, unité, loyauté. Parce qu’il brandit les valeurs d’un hip hop humaniste, le collectif créé autour du poète Abd Al Malik, dont l’opus Spleen et Idéal vient de sortir, s’est choisi le nom de Béni Snassen, en hommage à la confédération tribale de l’est marocain. Un clin d’œil qui donne envie de tendre l’oreille.


Distinction
C’est une Marocaine qui a remporté le prix Ramon Llull, la plus importante distinction littéraire catalane. Najat El Hachmi, originaire de Nador et installée en Espagne, a été récompensée pour sa nouvelle “L’ultim Patriarca” (Le dernier patriarche), qui raconte les conflits entre un immigré marocain et sa fille adolescente.

 
 
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