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Par Youssef Aït Akdim, Wafaa Lrhezzioui et Ayla Mrabet
Livre. Dans les allées du SIEL
| Amoureux des pages jaunies, fan des derniers best-sellers ou simplement en quête dun lieu de vadrouille, le Salon du livre de Casablanca vous attend. De 7 à 77 ans. |
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Ambiance. Une foire (pas) comme les autres
Le salon du livre, cest aussi une sortie à la Foire. Sur les étagères, les ouvrages attendent sagement que des yeux curieux se posent sur leurs couvertures. En cet après-midi du mercredi, les stands se peuplent et se dégorgent dans un désordre poli : parents qui retiennent leurs enfants dune main, pendant que lautre aggripe les sachets dachats, couples discrets faisant la causette entre les allées de contreplaqué, ados en panoplie tecktonik
Le SIEL est aussi un éventail de tranches de vie, avec ses femmes en burka, suivant au pas leurs compagnons affublés de la barbe et de la gandoura réglementaires. Des marmots débraillés, qui ont réussi à franchir le cordon des vigiles, courent partout à la quête de chapardages, sarrêtent vivement devant les couleurs des livres. Ce brassage urbain détonne parfois avec la tristesse de certaines publications qui semblent attendre dêtre remarquées, feuilletées, (voire) achetées. Pas de plan ou dindications : le visiteur vaque de rayon en rayon, déditeur local à librairie étrangère, le tout ponctué de pauses café, de clins dil dragueurs et de haltes photos pour ceux qui nont pas pu croiser leur auteur fétiche. Dehors, la foule se presse pour entrer et sortir, avec la Mosquée Hassan II en toile de fond. Les vendeurs ambulants font leur petit commerce dans le chahut ambiant et ajoutent leurs sachets de pop-corn aux sacs demplettes. Les exposants ont les traits tirés de fatigue. 10h-20h non stop, le livre aussi est un sport de combat. |
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Achats. Les bons plans
Nécoutez pas les grincheux : le SIEL est une aubaine pour les férus de lecture. À défaut dune organisation irréprochable, le Salon reste une occasion (trop rare dans lannée) de suivre lactualité éditoriale et de dénicher quelques inédits. Vous cherchez les uvres complètes de Nizar Qabbani, les biographies détaillées des signataires du Manifeste de lindépendance, un guide du poker ou une vieille édition des Lagarde et Michard ? Qui flâne trouve ! En général, les livres francophones, plutôt bien distribués en dehors du Salon, réservent peu de surprises. Cette année, la production locale est plutôt chiche en nouveautés, loccasion pour les bibliophiles de combler leur retard. Ces derniers ne manqueront pas le stand des bouquinistes rbatis de Dakhaïr Al Maghreb. Les bonnes pioches sont plus nombreuses en arabe, de nombreux éditeurs du Machrek ayant fait le déplacement. Une mention spéciale pour les Cairotes de Dar Al-Shourouq (éditeurs de Naguib Mahfouz, Khayri Shalabi), la maison dédition berlinoise (si, si !) Dar Al-Jamal, et Dar At-Taliâh de Beyrouth. Cette dernière, qui assume une ligne pro-laïque, présentait une série encyclopédique sur lislam, sous différentes facettes : le populaire, le soufi, le militant ou celui des rénovateurs. Pour tous les goûts, on vous dit ! |
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Jeunesse. Entre encyclopédies et Titeuf
Cest en blouse et en rangs serrés que les écoliers pénètrent dans le hall du salon. Mais difficile ensuite de rester concentré. Les yeux sécarquillent devant les dizaines de stands et ce petit monde se faufile entre les grandes marionnettes déambulant pour louverture de la manifestation. La maîtresse veille au grain pour parcourir les allées en groupe. Lambiance de carnaval aide lenseignante à faire de la lecture une activité si ce nest festive, au moins récréative. Cétait sans compter avec les étals dautocollants Spiderman, de crayons géants et de DVD, qui attirent irrésistiblement les plus jeunes. Une fois quelques pièces dépensées, la maîtresse recadre sa classe sur l'objectif de la sortie et les balade douvrages scolaires en Harry Potter. Dictionnaires et livres thématiques pour les zélés, romans daventure ou policier pour les rêveurs et bandes dessinées pour les plus jeunes. Les classiques dAstérix trônent en bonne position sur les présentoirs, mais la concurrence avec Titeuf est rude. Et certains passionnés nhésitent pas à entamer leur lecture ici et tout de suite. |
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Morale. Censure vs Prêche
La maison dédition beyrouthine Riyad El-Rayess, qui publie notamment le poète palestinien Mahmoud Darwich, a connu un baptême haut en émotions. Pour sa première présence au Salon de Casablanca, son stand a reçu la visite impromptue dune commission de contrôle, composée de deux fonctionnaires du ministère de la Communication. Taciturnes, les deux hommes se sont présentés sous couvert de lorganisation du Salon et ont procédé à la confiscation déchantillons suspects. Les objets du délit : deux ouvrages de Zakaria Ouzoun, en fait de vieilles parutions sur lislam. On sait la censure très pointilleuse sur les ouvrages traitant de la religion dun angle critique, mais à quelques stands de là, on pouvait acheter pour 20 DH le best-seller de lantisémitisme, Les Protocoles des Sages de Sion. Pas loin de là, le stand du ministère saoudien des Affaires islamiques, du Prêche et de lOrientation trône comme une île dans le désert. Le royaume wahhabite noffre pas une vitrine à ses intellectuels en rupture de ban. Mais un préposé distribue des pochettes-cadeaux où le lecteur peut apprendre à se conformer à la sunna du prophète et au b.a.-ba de la prière pour malades et alités. La morale est sauve. |
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Prix. Des rabais variables
On sy promène, on sy amuse, on y découvre les dernières nouveautés ou des éditions anciennes
Mais y fait-on des affaires ? Si les prix sont généralement moins chers au SIEL quen librairie, les soldes restent une pratique limitée. Dans les allées du Salon, rares sont les étiquettes qui interpellent le badaud. Quelques bacs relaient des promotions et linscription 20 DH sur une pile de livres pour enfants crée un petit attroupement. Mais il faut souvent ouvrir louvrage sur la première page pour y trouver, griffonné au crayon, le montant à débourser. Voire parfois interroger le vendeur. Après cette recherche ou requête, difficile de comparer les tarifs aux prix courants. Selon les maisons dédition, les tarifs en euros sont simplement convertis ou adaptés au marché marocain, comme pour le dernier Tahar Ben Jelloun, Sur ma mère, vendu 85 dirhams. Les rabais oscillent autour de 20% et peu dexposants sont enclins à la négociation. En petit supplément, vous repartirez peut-être avec un marque-page ou
un éventail ! |
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Batma unplugged
Le quatrième (et dernier) volume de Malhamat Lhmam Houssam, luvre posthume et inachevée de Larbi Batma, est paru en plein Salon du livre. Léditeur Toubkal a joué le timing pour lancer sur le marché la fin de la deuxième partie de ce long poème en zajal, signé par le défunt leader de Nass El Ghiwane. Joli coup !
Ville nouvelle
Le nouvelliste Issam Eddine Tbeur, déjà distingué par le Grand Prix de la Nouvelle (Tarik éditions/TelQuel), a encore brillé dans le cadre dun concours organisé dans les médiathèques des Instituts français. Tbeur remporte le prix de la Meilleure nouvelle sur Casablanca avec Aïn Ayiss. Un recueil de toutes les nouvelles primées paraîtra chez lHarmattan.
Ce week-end
Les rencontres se poursuivent. À noter, ce samedi à 16h30, une conférence sur Le politique et le religieux dans le domaine islamique, de Mohamed Cherif El Farjani. Deux tables rondes mettront à lhonneur dimanche matin la critique de la poésie et, dans laprès-midi, la création musicale entre lenracinement et linnovation. |
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