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Par Karim Boukhari
Cinéma. Bladi, bladi !
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Nadia Alami et Mohamed Marouazi,
les héros de Coeurs brûlés.
(DR)
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On le croyait perdu à jamais. Le réalisateur de Alyam Alyam et Al Hal revient enfin au cinéma. Et au Maroc. Marhba.
Ahmed Maânouni a fait pire que Terrence Malick. Le cinéaste américain sétait endormi pendant 20 longues années entre son deuxième (Les Moissons du ciel, 1979) et son troisième film (La Ligne rouge, 1999). Maânouni, lui, a mis 26 ans, soit un peu plus dun quart de siècle, pour digérer son deuxième long : le cultissime Transes (Al Hal).
1982 2008. Une vie. Le lézard du cinéma marocain a, en plus, |
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attendu davoir 64 ans pour réaliser sa première vraie fiction. Les Curs brûlés a donc des allures de premier film. Un baptême de feu pour un cinéaste qui a touché, avant les autres, à des sujets comme lémigration clandestine, la légende de Nass El Ghiwane ou lhistoire complexe du protectorat, mais toujours sous langle documentaire. Aujourdhui, avec les mêmes ingrédients de base, la même quête du rustique, les mêmes odeurs de la terre et de la sueur sur les fronts, il ajoute une dose de romanesque, lisse son écriture et engage des comédiens professionnels. Le résultat est, selon la formule consacrée, tout à fait à la hauteur. Du cousu main. Un bon film par un bon cinéaste.
Adulte en France, enfant au Maroc
Cest lhistoire dun revenant, qui pourrait être Maânouni lui-même. Amine est un enfant de Fès, parti en France, rentré alors que plus personne ne lattendait. Il renoue avec les fragments de sa propre histoire, règle ses comptes avec le passé, redécouvre Fès (la ville est lun des personnages centraux du film). Et reste sur place, un peu suspendu dans le temps, comme gagné par la torpeur du bled. Amine, donc, ou le stéréotype de lenfant marocain, écrasé chez lui, grandi en Europe, mais re(de)venu petit, tout petit, à son retour au pays. Ladulte revenu de tout est resté un enfant aux yeux des siens. Il bute toujours sur les petites choses de la vie, lamour par exemple, incapable de développer un flirt ou de sapprocher du domicile de sa bien-aimée, sans sattirer les foudres de tout un quartier. Le scénario fait mouche par son écriture fluide, la marocanité qui transpire de tous les plans. Dans ce sens, on nest pas vraiment loin des premiers films de Maânouni, toujours aussi soucieux de la bonne note (de musique), du détail dans lexpression des visages, des tics qui trahissent une émotion. La continuité est palpable au niveau de limage, bien soignée, avec la nette impression dêtre travaillée au corps, sans oublier un grand travail sur la lumière, ici utilisée comme un élément du scénario.
La narration passe (un peu) par les dialogues, beaucoup par les instruments purs, propres à la cinématographie : limage, le son, le rythme, en un mot la technique, qui constitue à elle seule un important dispositif narratif. Cest lun des (nombreux) bonus du film, en plus dun casting réussi, mixant les figures connues (Marouazi, Bahloul, Khouloud) et les visages nouveaux, pour la plupart dénichés à Fès même. Les Curs brûlés a gagné le Grand prix du dernier Festival marocain du film. Il fait partie de cette belle cuvée 2007-2008, au sein de laquelle on a déjà découvert Adieu mères de Mohamed Ismaïl, ou Les Jardins de Samira de Latif Lahlou. En attendant, demain, deux importants films : le premier long du chorégraphe Lahcen Zinoun (Oud Al Ward), déjà auteur de trois courts très remarqués, et le quatrième film de Daoud Aoulad Syad, le très fort En attendant Pasolini, aussi déterminant que linitial Adieu forain.
Come-back and stay !
Le cinéma marocain va mieux, bien. Il était temps. Ahmed Maânouni, lui, réintègre un giron quil naurait jamais dû quitter : celui des cinéastes affranchis, libres de leur art, maîtres de leurs instruments, très simplement. On la attendu, attendu. Et il est revenu, comme le personnage principal de son nouveau film. Sauf quil nest pas si petit. Il a gagné en épaisseur, en étoffe. Il peut, comme nimporte quel bon cinéaste du monde, truffer son film de références personnelles, de lubies (la couleur et le noir et blanc, la fin mystico-poétique), sans alourdir son propos. Il peut, mieux, reposer une partie de son écriture, de ses ambitions pour le film, sur une lumière, un cadrage, un montage. Et ça, cest bien !
(Les Curs brûlés sort en salle le 20 février).
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