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Aziz Akhannouch. Ministre à gros portefeuille
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Fahd Iraqi

Aziz Akhannouch. Ministre à gros portefeuille

Monsieur le ministre n’a
pas perdu le sourire !
(TNIOUNI / NICHANE)

Il a abandonné la présidence d’un empire évalué à 10 milliards de dirhams, pour prendre en charge un ministère sensible et politiquement ingrat. Premiers pas d’un businessman au sein de l’administration.


Le 17 octobre 2007, Aziz Akhannouch franchit, pour la première fois, le portail du ministère de l’Agriculture et de la Pêche maritime. Le capitaine d’industrie est désormais le nouveau locataire de cette bâtisse du quartier Chellah, à Rabat. Mais avant d’y mettre les pieds, Si Aziz est devancé par une équipe de déménageurs. Objectif : adapter l’office
ministériel au goût de son nouvel occupant. Une bonne partie du mobilier passe à la trappe : exit la moquette verte et sa colonie d’acariens (Akhannouch est asthmatique), comme les luminaires et les rideaux encrassés. Exit aussi l’antédiluvien poste de télévision 15 pouces, qui cède la place à un écran Plasma enfin digne du bureau d’un ministre. Bref, un nouvel agencement pour que Si Aziz retrouve un minimum de repères dans cet étrange univers administratif. “Ce n’est qu’un petit réaménagement d’ordre utilitaire. Il n’est pas du genre à changer pour le changement. La preuve : depuis une quinzaine d’années, il n’a pas touché à son bureau au siège d’Akwa”, confie l’un de ses proches.

Dupliquer l’approche du privé
De toute manière, Akhannouch, le multimilliardaire, n’a de comptes à rendre à personne : ce relooking, il l’a réalisé à ses propres frais. L’homme aurait même renoncé à son salaire de ministre ainsi qu’à ses frais de déplacements. “Pour son premier déplacement officiel à l’étranger, en Italie, fin novembre, le trésorier du ministère s’est étonné de voir que la note de frais du ministre n’a jamais été remplie”, raconte une source du département. Idem pour ses deux récents voyages à Madrid et à Berlin. Même les directeurs et les hauts cadres du ministère qui l’ont accompagné durant ces périples ont eu droit à un confort qu’ils n’auraient pu se permettre avec leurs dotations quotidiennes de 120 euros. Grand seigneur, Si Aziz l’est également avec le petit personnel de son département. Il leur a fait cadeau de la dizaine de moutons que ses cabinards et lui ont reçu à l’occasion de l’Aïd El Kébir. “Depuis, les femmes de ménage et les portiers du ministère le bénissent à chacun de ses passages”, raconte l’un de ses fidèles. En bon manager, Akhannouch semble dupliquer l’approche du privé dans la gestion de ses fonctionnaires. Le nouveau ministre ne veut pas trop brusquer les choses ou encore juger ses collaborateurs sur leur seule réputation. “Il leur a d’emblée expliqué qu’il faisait table rase du passé. Et que ce qu’il attend d’eux, c’est qu’ils soient réglos avec lui”. Pour autant, l’homme est conscient qu’il gagnerait à apporter du sang neuf à son département. “La plupart des directeurs arrivent à l’âge de la retraite dès l’année prochaine. Ça sera donc l’occasion de renouveler l’équipe et d’en découdre avec les vieilles pratiques”, confie un de ses collaborateurs. En attendant, Akhannouch s’appuie sur l’équipe réduite qui compose son cabinet. Une poignée de fidèles ramenés du groupe Akwa, ou encore des financiers, débauchés dans des banques de la place, constituent l’essentiel de sa garde rapprochée. “Nous avons chacun un rôle précis. Nous fonctionnons par mission”, confie un membre de son état-major. Et le boss est le premier à donner l’exemple en terme d’assiduité : “Quand il n’est pas en déplacement, il se pointe à 8 heures du matin au ministère. Il arrive même avant les Rbatis, alors qu’il fait la navette depuis Casablanca, ou Bouznika où il réside en été”, raconte-t-on dans les couloirs du ministère.

C’est que Si Aziz prend très au sérieux sa nouvelle fonction. Quelques semaines seulement après sa nomination, il a démissionné de la présidence du holding Akwa. Il siège désormais dans les conseils d’administration de sociétés ou offices sous sa tutelle, mais qui ne paient pas de jetons de présence. Toutefois, le ministre a tenu à conserver son titre de président de la région Souss Massa-Drâa. Probablement une manière de garder un pied en politique, pour cet homme aux penchants politiques malaisés à cerner : élu dans sa région en tant que SAP, réputé pour être proche du Mouvement populaire, il est membre du gouvernement sous la bannière RNI et l’un des premiers signataires de la “plate-forme” d’El Himma.

Bilan (déjà) honorable
En tout cas, il a souvent l’occasion de revenir dans son fief, où l’attend généralement son Porsche Cayenne sur le tarmac de l’aéroport d’Al Massira d’Agadir. Car Akhannouch est de tous les grands événements agricoles de la région : du Moussem du safran à Taliouine (à 70 kilomètres de Taroudant), au Salon international de la pêche, en passant par le Salon de la filière fruits et légumineuses à Agadir. Et par son statut de ministre, il n’hésite pas à batailler pour faire avancer des dossiers déjà amorcés à l’échelle régionale. De l’association OriGin (premier réseau international de producteurs d’indicateurs géographiques, dont il est membre depuis 2003) est sorti un projet de loi dédié à la protection des produits du terroir. Une proposition législative que Monsieur le ministre a pu caser dans le planning des députés avant la fin de la session parlementaire.

Son bilan provisoire ne s’arrête pas là. Dans la dernière ligne droite de l’adoption de la Loi de Finances, au niveau de la Deuxième chambre du Parlement, il a réussi à décrocher une rallonge de 100 millions de dirhams pour son fonds de soutien agricole. Mieux encore, dès le début de l’année, Akhannouch a signé avec son collègue des Finances, Salaheddine Mezouar, une convention pour faciliter l’accès aux subventions agricoles. “Nous sommes passés d’un délai moyen d’instruction du dossier de 13 mois à un délai d’un mois et demi seulement”, s’extasie l’un de ses collaborateurs. Les représentants du secteur agricole qui l’ont rencontré se disent à la fois charmés et impressionnés par leur nouveau tuteur : “Le courant passe mieux avec un opérateur privé, c’est l’un des nôtres. En plus, c’est un redoutable négociateur”, raconte un minotier qui a assisté aux tractations de son association avec l’équipe d’Akhannouch, au sujet de l’épineux problème de la subvention de la farine. Un dossier compliqué que le ministre a pu boucler dans des délais records.

Akhannouch sait aussi gérer son plan média. Exemple : il attend ce qui est devenu le grand événement agricole au Maroc (le Salon international de Meknès, prévu en avril) pour faire ses plus grandes annonces. Lors de cette manifestation, il est prévu d’officialiser l’accord - cadre signé avec la filière sucrière (depuis fin janvier) et surtout les résultats de l’étude sur l’agriculture commandée au cabinet Mc Kinsey (pour 25 millions de dirhams). Une autre étude est d’ailleurs lancée pour le secteur de la pêche. Un dossier que le nouveau ministre cherche à gérer sans tomber dans les filets du puissant lobby du secteur. “Les pressions sont énormes dans le secteur de la pêche et il ne veut surtout pas prendre de décisions hâtives”, confie un de ses proches. Le ministre peut se permettre de jouer la montre : il est à peine au début de son mandat.



Business. Quel sort pour Akwa ?

C’est désormais son associé Ali Wakrim qui a pris les rênes du groupe Akwa. Vice-président du holding depuis toujours, l’homme était plutôt effacé derrière l’aura et le réseau relationnel de Aziz Akhannouch. Nombreux sont d’ailleurs les observateurs qui voient dans cette nomination et sa démission de la présidence, un prélude à un éventuel désengagement de ses propres affaires. Il y a quelques semaines à peine, une rumeur insistante faisait écho de la reprise des activités du groupe Akwa par SNI-ONA, les holdings royaux. Et pour cause, le microcosme financier est conscient que la récente expansion du groupe d’Akhannouch est due à la bonne grâce des gestionnaires des affaires royales. Les exemples ne manquent pas : la reprise du groupe Somepi a été initiée par Attijariwafa bank et l’association avec des multinationales pour le terminal à conteneurs et pétrolier de Tanger Med sent fortement le coup de pouce invisible du Pouvoir. Surtout, le niveau d’endettement du groupe le laisse à la merci du financement bancaire et, donc, de la bonne volonté d’Attijariwafa. A priori donc, le groupe royal peut se servir quand il voudra dans le conglomérat du capitaine d’industrie.

 
 
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