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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ahmed R. Benchemsi

2009 Daba

Ahmed R. Benchemsi
(SEBASTIEN MICKE/PARIS MATCH)

Les communales ont toujours été le théâtre d’innombrables coups fourrés. Il n’y a pas de raison pour que ça change.


Déboussolée par le désastre des législatives, la classe politique marocaine se cherche un nouvel horizon. Ce sera 2009, année des élections communales. Chacun de son côté, les partis politiques se mettent en ordre de bataille. Untel organise une “université d’hiver spécial communales 2009”, tel autre (devinez lequel) une “tournée des bonnes mœurs pour contrer le délitement moral”, tel autre encore se penche sur la “réorganisation de (ses) structures locales”…

La crainte n°1, bien sûr, c’est la réédition du drame de 2007 : un taux de participation historiquement bas, qui confirmerait le discrédit général des partis politiques. Déjà, un sondage du ministère de l’Intérieur a filtré, selon lequel 60% des Marocains compteraient boycotter le prochain scrutin. Du coup, le département de Chakib Benmoussa examine une option révolutionnaire : abandonner les cartes d’électeur et y substituer, en guise de document permettant de voter, la carte d’identité nationale. Excellente idée ! Il faudra juste, d’ici juin 2009, doter les bureaux de vote d’ordinateurs, les brancher tous en réseau avec le ministère de l’Intérieur, former des dizaines de milliers d’utilisateurs, et prévoir un back up en cas de panne, arrondissement par arrondissement. Bon courage à Si Chakib.

Mai le problème, d’ores et déjà, est ailleurs. Les communales, historiquement, ont toujours été le théâtre d’innombrables coups fourrés. Sans rentrer dans les complexités du mode de scrutin, rappelons juste que les citoyens marocains n’élisent pas directement les présidents des municipalités, mais uniquement les conseillers de leurs arrondissements. Lesquels, deux semaines plus tard, se réunissent pour élire leurs présidents respectifs. C’est pendant cet “entre deux tours” à la marocaine que s’épanouissent les fraudes et actes de corruption en tous genres. En 2003, les négociations s’étaient déroulées dans un indescriptible chaos. Malgré la “nouvelle ère”, on avait assisté à la réédition d’un “must” des années Basri : la disparition de centaines de conseillers, “séquestrés” (de leur plein gré) par les candidats aux présidences dans des résidences tout confort, loin de chez eux, et sans possibilité d’utiliser le téléphone. Forcément : ils avaient déjà touché la contrepartie de leur futur vote “démocratique”, il ne s’agissait pas de les laisser ouvrir les enchères avec les autres candidats ! En 2009 comme en 2003, cette pratique sera difficile à contrer.

Et puis il y a les coalitions partisanes. Qui fera alliance avec qui ? Et selon quelle logique ? En 2003, le socialiste Khalid Alioua, immédiatement après avoir perdu la très convoitée mairie de Casablanca, avait dénoncé un “coup d’Etat contre la majorité” - entendez, celle du gouvernement Jettou, qui brassait large. L’idée : les partis qui s’étaient coalisés pour former le gouvernement étaient censés reconduire la même coalition pour former les bureaux communaux. La belle blague ! On avait assisté aux alliances les plus invraisemblables, des “ennemis” sensément irréductibles faisant front commun contre les supposés “alliés” de l’un ou de l’autre, des partis issus du “mouvement historique national” s’acoquinant avec des formations aussi peu fréquentables que celle du commissaire Archane, etc. Sans parler des transfuges, toujours aussi nombreux et toujours aussi amoraux…

C’est pour ces raisons (et bien d’autres, du même tonneau) que les Marocains n’y croient plus. On aura beau créditer le ministère de l’Intérieur de la meilleure volonté du monde, cela ne suffira pas pour changer tout cela. C’est une véritable révolution des mœurs politiques marocaines qu’il faudrait. Rien, strictement rien, n’indique qu’elle soit en cours.

 
 
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