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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Ziraoui

“Je suis le khasser du cinéma”

Rafik Boubker, acteur
(DR)

Antécédents

1971. Naissance à Casablanca.
1996. Premier rôle au cinéma, dans le film italien Les jardins d’Eden.
1998. Joue dans son premier film marocain, Le goût de l’espoir.
2000. Rencontre sa femme.
2005. Maîtrise en communication audiovisuelle à Turin, en Italie.
2006. Joue dans Les anges de Satan, d’Ahmed Boulane.

Smyet bak ?
M’hamed Boubker.

Smyet Mok ?
Saïda Naji.

Nimirou d’la carte ?
BJ 113915

À bientôt quarante ans, on vous qualifie toujours de star montante du cinéma marocain. C’est pour quand la consécration ?
Il est clair que cela a duré trop longtemps, et j’attends toujours. Mais je sens que ça vient (rires). J’ai comme qui dirait un pressentiment. En revanche, je n’aime pas trop le qualificatif de star : j’habite un quartier populaire, je suis un fils du peuple et je compte bien le rester.

On connaît votre manière particulière de rouler les “r”. Cela vous plairait de jouer Larbi Batma à l’écran, qui avait à peu près le même défaut de prononciation ?
Figurez-vous que j’ai déjà eu une proposition dans ce sens, de la part de Hamid Basket, mais le projet n’a pas encore vu le jour. D’ailleurs, tout comme Larbi Batma, je suis natif du quartier de Hay Mohhammadi. Pour la petite histoire, ce défaut de prononciation, je suis le seul à l’avoir dans ma famille. Je me suis pris pas mal de baffes pour ça de la part de mes instituteurs. Mais rien à faire : c’est un don, ou plutôt une tare (rires).

Dans Les cœurs brûlés, d’Ahmed Maânouni, vous campez un fan de Bob Marley. Dans la vraie vie, vous êtes plutôt reggae ou chaâbi ?
À vrai dire, ni l’un ni l’autre. Je suis loin de ce personnage.

Vous êtes plus proche du personnage d’ex-chemkar, que vous jouez dans le film éponyme ?
Non plus. Dans ce film, je joue le rôle d’un ex-SDF qui a réussi dans la vie… en tournant dans des films pornographiques.

C’est un rôle habillé ?
Oui, oui, rassurez-vous. C’est juste suggéré dans le film.

Vous n’avez pas l’impression de vous enfermer dans un même genre de rôle, celui de personnages un peu marginaux ?
Il est vrai que les personnages que j’interprète se ressemblent. Je me retrouve dans ce genre de rôles, qui me permettent d’explorer le subconscient du peuple. Mais j’ai aussi envie d’autre chose. Le problème, c’est qu’on me propose rarement des rôles qui sortent de ce moule. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai étudié la réalisation. J’ai envie de jouer des personnages sur mesure, un peu comme le fait Woody Allen.

Bonjour la référence ! C’est pas un peu prétentieux ?
Pas vraiment. Dans la vie, il n’y a pas de secret : il faut travailler, point.

Le cinéma pour vous, c’est donc du sérieux !
Au début, c’était une sorte de folie. Personne ne me prenait au sérieux. Mais depuis quelques années, ça commence à prendre, je sens une petite évolution. Les cachets sont de plus en plus corrects et on peut vivre de ce métier.

Vous êtes un adepte de la méthode Actor’s Studio, qui prône une identification totale de l'acteur avec son personnage ?
Oui, plutôt. Quand je rentre dans la peau d’un personnage, je le fais à 100%. Pour vous dire, souvent, je rêve de mes personnages. Par exemple, quand je joue le rôle d’un délinquant, je me documente, je fréquente des gens pour apprendre les codes. Il m’est arrivé de ne pas pouvoir sortir d’un rôle. J’ai même dû consulter un psychanalyste pour que cela cesse.

Vous avez une vie rangée ou plutôt désordonnée ?
Je suis du genre complètement déphasé. Je déjeune à 16 heures et je dîne à 4 heures du matin. Je pense que cela veut tout dire.

Vous pensez quoi de la pub ? C’est honteux, ou plutôt nécessaire pour vivre ?
J’ai déjà passé des castings pour des pubs, mais je n’ai jamais été pris. Il faut croire que je n’ai pas la gueule de l’emploi. D’autres acteurs le font très bien. Ils ne tournent pas forcément beaucoup, mais au moins, ils sont crédibles. Vous pouvez même les rencontrer au café en costume-cravate ! Moi je suis du genre khasser.

Un peu comme Bigg ?
Oui, sauf que moi, je suis le khasser du cinéma.

 
 
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