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Par Youssef Ziraoui
Affaire. Le prince de Facebook
Fouad Mourtada risque jusquà 5 ans de prison pour avoir créé une page au nom de Moulay Rachid sur un site communautaire. Histoire dune plaisanterie qui a tourné au cauchemar.
Mardi 5 février. Fouad Mourtada, ingénieur informaticien de 26 ans, quitte, comme à laccoutumée, son domicile casablancais aux alentours de huit heures du matin, pour se rendre sur son lieu de travail. Sur le seuil de la porte de son immeuble, il est interpellé par deux policiers en civil. Sans aucune forme dexplication, les deux agents lui bandent les yeux et lenveloppent dans une couverture. Ils lont mis dans une |
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voiture et lui ont fait faire un tour. Après une quinzaine de minutes, ils lont embarqué dans un autre véhicule avant de le conduire au commissariat, confie un membre de sa famille. Dans les locaux de la police, Fouad est enfin fixé sur son sort : il comprend quil est accusé davoir usurpé lidentité du prince Moulay Rachid sur le site communautaire Facebook.com, sur lequel il a créé un profil au nom du prince. Commence alors un interrogatoire qui aurait, à en croire le jeune homme, rapidement viré à la séance de torture. J'ai été roué de coups et de gifles. Ils mont craché dessus, insulté, humilié. On m'a frappé pendant des heures sur la tête et sur les jambes, raconte-t-il à ses proches. Son supplice durera au moins 24 heures, même si laccusé passe rapidement aux aveux. Il a dès le départ reconnu avoir créé le profil de Moulay Rachid, comme de nombreux internautes dédient des blogs et des sites à des personnalités, raconte son entourage. Sur la Toile, en effet, les stars jaugent leur célébrité au nombre de pages qui leur sont dédiées. Sur Facebook, il existe par exemple 41 Nicolas Sarkozy, 10 prince William dAngleterre, autant de Jacques Chirac, George Bush, Oussama Ben Laden
, rappelle un communiqué publié par la famille Mourtada. La charte du site Facebook se désengage avec ironie de toute responsabilité liée à ce genre de pratique : On ne va pas se mettre à enquêter sur les faux noms ou des noms de célébrités. Eh mec, tout le monde sait que tes pas Paris Hilton. Quant aux célébrités qui soffusquent de voir un faux profil à leur nom (communément appelé fake), ils ont toujours la possibilité den faire part aux responsables du site, qui suppriment aussitôt le profil incriminé. Il y a quelque temps, Facebook retirait ainsi le faux profil du politicien français Alain Juppé à la demande de son entourage. Dailleurs, même le profil de Moulay Rachid a rapidement disparu du site.
Porté disparu
Pourtant, lhistoire ne sarrête pas là. Fouad Mourtada aura droit à un traitement digne dun terroriste. Son matériel informatique est saisi, de même que son téléphone portable. Et, surtout, personne ne sait où il est détenu. Alertée par le colocataire de Fouad, 36 heures après sa disparition, la famille Mourtada, qui fait le déplacement depuis Goulmima, imagine le pire. Nous avons cherché Fouad dans les hôpitaux et à la morgue. Nous avons cru quil lui était arrivé malheur. Mais le pire nest pas loin, et la famille va bientôt sen rendre compte.
Jeudi 7 février, les Mourtada apprennent, via une station-radio, quun jeune ingénieur a été appréhendé par la police pour avoir usurpé lidentité du prince Moulay Rachid. La dépêche très officielle de la MAP ne leur laisse aucun doute. Le nom de Fouad est cité et le ton est plus quaccusateur : Les services de sécurité marocains ont procédé à l'arrestation, mercredi à Casablanca, pour pratiques crapuleuses, d'un individu qui a usurpé l'identité de Son Altesse Royale le Prince Moulay Rachid sur le site Internet Facebook.com. Pour la présomption dinnocence, il faudra repasser.
Pis encore, ladite dépêche affirme que son interpellation a eu lieu le mercredi, alors quen réalité, le jeune homme a été enlevé une journée plus tôt. Les policiers ont annoncé son arrestation un jour après quelle a eu lieu. Sa garde-à-vue a donc duré 72 heures, alors quelle était censée se limiter à 48 heures, croit savoir Ilyas Mourtada, le frère de Fouad. Même en sachant quil est désormais entre les mains de la police, la famille narrive toujours pas à prendre connaissance de son lieu de détention, baladée entre les commissariats et le tribunal. Ce nest que le vendredi 8 février, soit trois jours après sa disparition, que son frère finit par trouver un indice. Dans un bureau de la préfecture de police, jai reconnu le sac à dos de Fouad. Un policier a fini par me confier quil allait comparaître incessamment devant le substitut du procureur du roi, raconte-t-il. Prise de court, la famille de laccusé a à peine le temps de sattacher les services dun avocat, accosté dans la rue. Il a failli prendre la fuite quand il a vu le chef dinculpation, poursuit le frère. Fouad comparaît du coup sans avocat durant la première audience de son procès, tenue au Tribunal de première instance de Casablanca laprès-midi même.
Élan de solidarité
Entre-temps, la blogosphère marocaine a pris fait et cause pour le jeune ingénieur. Des groupes de soutien sont créés sur le Web. La famille met aussi en ligne le site helpfouad.com (visité 4000 fois en deux jours) et fait circuler une pétition pour sa libération. Elle adresse aussi une lettre ouverte au prince Moulay Rachid, implorant sa clémence : Fouad na pas cherché à utiliser le nom de Votre Altesse à des fins malhonnêtes. Il sagissait simplement pour lui dun jeu virtuel, dont il na pas mesuré la gravité. Les excuses faites, les Mourtada ne comptent pas en rester là et envisagent même de porter plainte contre Facebook. La raison ? Le site aurait divulgué ladresse IP à la police, bafouant les règles les plus élémentaires du secret informatique. Interrogé via Internet sur son implication dans cette affaire, un des responsable du site nous a répondu en ces termes laconiques : Pour des raisons relevant de la sécurité et de la vie privée, nous ne pouvons vous livrer aucune information concernant ce sujet. Une réaction étonnante de lavis de cet observateur, car le site se targue de protéger la vie privée de ses membres. Sils ny sont pour rien, les responsables du site auraient dû saisir loccasion pour démentir la rumeur. Sur le Web, une autre rumeur voit le jour, celle dune éventuelle collaboration de Maroc Telecom avec la police pour pister Fouad Mourtada. Réponse dune source autorisée chez lopérateur téléphonique : La confidentialité des clients est un droit, mais lautorité judiciaire est habilitée à nous demander ce genre dinformations. Dans le cas despèce, nous ne faisons pas de commentaire. Laffaire est entre les mains de la justice.
Les affabulateurs ne manquent pas non plus sur le Net. Certains prétendent que Fouad se serait livré à un trafic de faux contrats de travail. Cest complètement farfelu. Vous imaginez un internaute demandant un emploi au prince Moulay Rachid sur le Net ? Soyons sérieux, analyse un collègue de laccusé. Ce dernier, de son côté, ne cesse de marteler : Je n'ai jamais envoyé un message à quiconque depuis ce compte. Mardi 12, soit une semaine après son arrestation, la famille Mourtada rencontre enfin Fouad au centre pénitentiaire de Oukacha. La visite dure une vingtaine de minutes, juste le temps de prendre de ses nouvelles. Ce qui lembêtait le plus, cest que sa famille se soit autant inquiétée pour lui, nous a déclaré un membre de sa famille. À la veille de son procès, qui souvrait le 15 février, la famille Mourtada venait tout juste de lui trouver un avocat. Et laffaire savère compliquée puisque unique en son genre. Le Code pénal comprend une kyrielle darticles se rapportant à lusurpation didentité. Mais aucun ne mentionne le cas dInternet, fait remarquer un avocat casablancais. Toujours est-il que le jeune ingénieur risque, selon le Code pénal, jusquà cinq ans de prison. |
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Imposture. Vraies fausses célébrités
Sur le site communautaire Facebook.com, un prétendu Mahmoud Ahmadinejad est lami de Leon Trotsky. La star argentine Diego Maradona échange de nombreuses vidéos avec Albert Einstein. Quant à Rambo, il est copain comme cochon avec le Comte Dracula. Abdelaziz Bouteflika est un solitaire sur le site communautaire alors que Bruce Lee a récemment rejoint le réseau Maroc ! Il existe même un profil au nom de Mohammed VI sur Facebook.com Mais, en début de semaine, les internautes assidus ont pu se rendre compte quil sagissait également dune (gentille) imposture. Têtes couronnées, célébrités du showbiz, sportifs de renom
personne nest dupe quant au clonage numérique sur le fameux site Internet. Mais pour éviter toute méprise, la très officielle agence MAP a tenu a mettre les points sur les i : Les membres de la famille royale ne disposent ni de site Internet, ni de blog (
). La seule façon davoir des informations sur les membres de la famille royale reste le site officiel de la MAP. Et dire que beaucoup croyaient que Maghreb Arab press était, comme son nom lindique, une simple agence de presse
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