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Par Nadia Lamlili
Société. Chouette, ma bonne parle anglais !
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Même (et surtout) à lécole,
les enfants sont tabassés, dans
le plus pur respect des châtiments
traditionnels.
(DR)
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Les domestiques venues dailleurs sont à la mode dans les petits cercles de la bourgeoisie et (de plus en plus) dans une partie de la classe moyenne. Enquête sur une tendance aux allures de phénomène de société.
Elles sappellent Betty, Madeleine, Fanny ou Gerry. Elles ont entre 25 et 40 ans et travaillent en tant que domestiques ou nourrices dans des familles marocaines. Ces nounous venus dailleurs sont aujourdhui à la mode dans les milieux bourgeois qui les emploient, un succès quelles doivent, nous explique-t-on, à leur discrétion et à leur sérieux dans la |
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gestion des affaires domestiques. Depuis quelques années, un véritable marché sest constitué autour de ces domestiques étrangères, particulièrement les Asiatiques et les Sénégalaises. Aucune donnée officielle ne mentionne leur nombre, ni leur mode de recrutement, qui passe de toute évidence par des canaux informels. Ce qui est certain, en revanche, cest quelles sont de plus en plus nombreuses dans les ménages marocains.
Mieux quau Moyen-Orient
Ce sont les Marocaines anciennement installées dans les pays du Golfe qui ont initié, les premières, la vogue des employées de maison dorigine asiatique. Ces domestiques ont trouvé au Maroc une nouvelle destination de travail, rémunératrice et surtout humainement valorisante. Pour elles, lemployeur marocain se comporte bien mieux avec son personnel que ne le ferait un Saoudien ou un Jordanien. Une différence de traitement due certainement à la mentalité de la classe sociale où elles travaillent. Contrairement à leurs homologues dans les pays du Golfe, corvéables à merci, les employées de maison philippines au Maroc font généralement partie de tout un staff au service de la famille, et ont donc des tâches bien spécifiques. Quand jétais au Koweït, je moccupais toute seule dune grande maison. Mes employeurs me traitaient comme un animal. Je mangeais dans la cuisine et je restais enfermée quand ils voyageaient, se rappelle Fanny, Philippine qui a dépassé la trentaine.
Sa compatriote Betty garde des souvenirs aussi douloureux de son passage en Jordanie. Employée depuis huit mois dans une riche famille casablancaise, elle espère désormais sauver sa jeune sur, séquestrée à Amman. Je veux bien la faire venir au Maroc, où elle pourra mieux vivre. Mais son patron lui a confisqué son passeport, raconte-t-elle.
La pratique de rétention des passeports est aussi très courante au Maroc, même sil ny a pas de volonté de nuisance derrière, concède une employée de maison. Cest le seul moyen de les retenir si jamais elles songent à partir sans nous en aviser, renchérit une maîtresse de maison. Et pour cause : recrutées via le marché informel, la plupart des domestiques nont pas de contrat de travail en bonne et due forme, leur engagement avec leur employeur restant strictement oral. Du coup, en attendant létablissement de leur carte de résidence, rien ne protège ce dernier au cas où certaines commettraient un délit ou rejoindraient les filières de la prostitution ou de limmigration clandestine en partance vers lEurope.
Mais globalement, ces employées à demeure se sentent mieux au Maroc, même sil leur arrive, parfois, davoir de mauvaises surprises. Mon premier employeur, un médecin connu à Rabat, me séquestrait et menaçait de me présenter à la police pour vol chaque fois que je demandais à partir, raconte Betty. Finalement, au bout de plusieurs mois de calvaire, la jeune femme a pu rejoindre une autre famille à Casablanca, qui a dû verser 25 000 DH à lancien employeur pour la libérer. Cétait le montant quil avait déboursé à lagence de recrutement jordanienne pour sattacher mes services, explique-t-elle. Parfois, les employées sont empêchées de quitter la maison pour de pures questions de sécurité, comme lexplique Madeleine, qui travaille chez une famille à Rabat : Madame ne me laisse pas sortir parce que je nai pas encore de carte de résidence. Elle redoute un contrôle de police.
Une petite communauté fermée
Dun niveau dinstruction moyen, et ayant appris leur métier de nounou sur le tas, ces domestiques sont payées en moyenne entre 150 et 200 dollars par mois. Elles bénéficient dune journée libre par semaine (souvent le dimanche), ainsi quà des congés tous les deux ans, quelles mettent à profit pour rentrer au pays, généralement aux frais de lemployeur (un billet davion Casablanca-Manille coûte environ 10 000 DH).
Ces jeunes femmes forment aussi une véritable petite communauté, qui vit dans une grande discrétion. En plein centre de Casablanca, Fanny et Gerry ont loué un appartement avec trois compatriotes, qui travaillent comme cuisiniers dans des restaurants asiatiques. Tout ce beau monde cotise pour payer le loyer, qui sélève à 3500 DH.
Cette petite communauté se retrouve régulièrement à la messe, dans une église située au Boulevard Abdelmoumen à Casablanca. Quant aux sorties, elles se résument au strict nécessaire, et toujours en groupe. Le contact avec la population locale reste très sommaire et empreint dune certaine méfiance. Dans la rue, nous ne nous sentons pas en sécurité. On nous harcèle, on nous prend pour des prostituées. La plupart nous confondent avec des Chinoises, juste parce que nous avons des yeux bridés, témoigne Gerry, la quarantaine bien entamée. Le contact nest pas plus facile avec leurs collègues marocaines, employées de maison. Les domestiques marocaines nont pas toujours le sens des priorités. Elles peuvent laisser un bébé pleurer pour aller faire autre chose ou ne rien faire du tout. Et puis, je ne comprends toujours pas comment elles peuvent regarder la télé et écouter la radio à la fois, sexclame, avec un certain humour, cette Philippine qui a roulé sa bosse à Singapour avant datterrir au Maroc. Cest que malgré ses quatre années passées à Casablanca, Gerry narrive toujours pas à se faire à la mentalité locale.
Première qualité : le multilinguisme
Même si elles ont toutes appris à cuisiner marocain et à comprendre tant bien que mal la darija, ces gouvernantes narrivent pas encore à sadapter aux habitudes culinaires. La nounou de mes enfants a des habitudes différentes des nôtres. Elle ne mange que du riz, quelle mélange avec de la mortadelle frite et du ketchup. Cest son repas préféré, raconte Salma, mère de deux fillettes, qui insiste cependant sur la compétence de sa nounou, surtout dans léducation des enfants. Ce que jaime chez elles, cest leur discrétion et leur professionnalisme. Elles sont très attentionnées et très douces avec les enfants, témoigne-t-elle. Rompus à la discipline, elles ont aussi lavantage de maîtriser une langue étrangère : langlais. Et pour beaucoup de familles, faire baigner sa progéniture dans ce plurilinguisme dès la naissance est dune grande richesse éducative.
Depuis quelque temps, les gouvernantes sénégalaises sont également très recherchées, pour les mêmes qualités de rigueur et de sérieux prêtées aux Philippines. Natifs du Sénégal ou y ayant étudié, beaucoup de Marocains nhésitent pas à en revenir avec de jeunes dadas
comme le faisaient leurs aïeux autrefois. Avec les enfants, elles sont à la fois tendres et strictes. En plus, on ne ressent pas vraiment un grand décalage culturel avec elles, constate Zakia, très contente de sa nounou quelle paie 1700 DH par mois, sans compter les extras (habillement, argent de poche, voyages
).
Comme pour le reste du personnel de maison étranger, il est impossible de mesurer cet engouement pour les gouvernantes sénégalaises. Le seul indice est malheureusement laugmentation des plaintes que reçoit lAssociation des ressortissants sénégalais au Maroc. Contrairement à leurs collègues asiatiques, ces immigrées du sud sont relativement mal payées (à partir de 800 DH le mois). Mais nous ne pouvons pas parler de discrimination ou dexploitation spécifique à nos compatriotes. Parce que, au final, les bonnes marocaines ne sont pas mieux traitées, tempère Abdou Diop, président de lAssociation. Les dures règles du métier demployée de maison ne font pas de différence entre les nationalités. |
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Recrutement. Une filière informelle
Le marché des employées de maison en provenance dAsie prospère dans le flou total. Généralement, celles-ci atterrissent au Maroc via des agences de recrutement installées pour la plupart en Jordanie. Là-bas, les candidates subissent des tests médicaux et psychologiques pour attester de leur aptitude à travailler, mais ne signent aucun contrat pour autant. Par la suite, cest lemployeur marocain qui se charge de les faire venir sur place
dune manière tout aussi informelle. Salma, une mère de famille casablancaise, a dû verser 3000 dollars à lagence de recrutement, y compris le prix du billet davion Amman - Casablanca. Sans mentionner le nécessaire pot-de-vin, véritable droit de passage payé à la douane philippine pour laisser sortir la future employée. Une invitation touristique ne suffit pas. Il faut absolument avoir des connaissances à laéroport, que ce soit à Manille ou à Casablanca, témoignent des maîtresses de maison contactées. Evidemment, la tour de vis sécuritaire autour de limmigration clandestine a fortement compliqué la procédure. Faire entrer une nounou étrangère nest pas une tâche aisée, même si, en principe, un certificat dhébergement suffit pour accueillir légalement une ressortissante sénégalaise au Maroc. En revanche, en vertu de la loi, un employeur marocain ne peut recruter du personnel étranger que dans le cadre dune société, et de surcroît moyennant certaines contraintes. Il doit en plus le déclarer à la CNSS et prouver que le poste proposé ne peut être occupé par un(e) Marocain(e). Mais il faut croire que toute loi est faite pour être transgressée
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