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N° 311
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Le message de la police est clair pour ZB : ne venez plus nous embêter.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Les lecteurs les plus perspicaces de cette rubrique auront noté ces dernières semaines un très net affaissement de l’obsession de Zakaria Boualem pour notre glorieuse police nationale. Ce manque d’intérêt n’est, bien entendu, pas dû à une spectaculaire amélioration de la qualité de leur action. C’est en fait une illustration concrète de la pensée de Coluche, qui expliquait que “la dictature, c’est ferme ta gueule, et la démocratie, c’est cause toujours”. À force de parler de corruption de la police, de sa profonde méconnaissance de la notion de service public, on a fini par s’y habituer, sans que rien ne change. Selon Coluche, nous sommes donc en plein processus de démocratisation. Un paradoxe de plus dans un système qui en produit à la pelle. N’empêche, on va en parler, de la police, cette semaine. Voici deux histoires véridiques, rapportées à Zakaria Boualem par des personnes dignes de confiance.

La première met en scène un musicien à qui on a volé sa mobylette, une noble 103 de son état. Il décide de porter plainte, un peu par amour du geste inutile. S’il n’avait pas ce genre d’attitude, il n’aurait pas été musicien. Il arrive ce samedi dans la permanence de police de Bourgogne - à deux pas de la mosquée Badr - et explique les raisons de sa venue. On commence par lui demander d’aider les policiers à décharger une fourgonnette pleine de machines à écrire. Oui, cher lecteur, on continue chez nous à acheter ce genre de machines. Il y a
donc des gens qui les vendent, sans doute la police burkinabée qui s’est séparée de son stock pour passer sur Microsoft. Maintenant qu’il a déchargé, on lui demande… pourquoi il a les cheveux longs ! Il répond qu’il n’est pas venu postuler pour un stage mais pour porter plainte. Réponse de la police :

- Je refuse de te parler, tu as les cheveux trop longs, et puis d’abord tu fais quoi comme métier ?
- Musicien.
- Mais à part ça ?
- Musicien.
- Rentre chez toi avant que je ne m’énerve.

Il existe des pays où on dresse des statues aux musiciens, où on donne leurs noms à des avenues. Chez nous, on a du mal à accepter qu’ils existent, on les considère comme des dégénérés, sauf s’ils arrivent à tenir jusqu’à 69 ans, s’ils mettent une cravate et parlent en arabe classique de leur âge d’or avec des sanglots dans la voix, qu’ils ont très jolie au demeurant. Il faudrait être incroyablement naïf pour penser que cet immense mépris pour la culture n’a aucune incidence sur l’évolution de notre société.

Seconde aventure policière. Ça se passe à la préfecture de police de Casablanca, où un jeune est venu récupérer sa carte nationale. Il est en short. Pas en string, hein, en short long, parce qu’il est venu en vélo, et parce qu’il aime les shorts et qu’il a noté qu’aucune loi ne les interdisait. Le policier l’engueule, il lui demande s’il oserait venir habillé de la sorte à la mosquée, hein ? Le jeune lui répond poliment qu’on est pas dans une mosquée, ce en quoi on peut difficilement lui donner tort. Outré par tant d’insolence, le policier enferme notre jeune quatre heures dans une cellule, pour lui apprendre les bonnes manières, et c’est la fin de la seconde histoire.

Voilà, le message de la police est désormais clair, Zakaria Boualem l’a parfaitement compris. Ne venez plus nous embêter. Si vous avez des plaintes à déposer, sachez que non seulement elles ne servent à rien, mais en plus on ne fera même plus semblant de les noter. Si vous avez une carte nationale à récupérer, il se pourrait bien qu’on vous enferme un peu, histoire de rappeler à tout le monde qui est le patron. Ah oui, un dernier petit mot comique, histoire de terminer sur de la bonne humeur : “Etat de droit”.

 
 
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